Anthony Bouthier : "Nous vivions quelque chose d'incroyable et tout s'est arrêté d'un coup"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Anthony Bouthier
Anthony Bouthier | Laurent Lairys / DPPI via AFP

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Il est sans doute l’une des révélations du Tournoi des VI nations 2020. Anthony Bouthier, l’arrière du XV de France, auteur d’un coup de pied désormais devenu culte lors du premier match des Bleus face à l’Angleterre, est confiné chez lui près de Montpellier avec sa femme infirmière. Il nous raconte son nouveau quotidien et ses astuces pour ne pas tourner en rond.

Après plus d'une semaine de confinement en France, comment allez-vous ? 
Anthony Bouthier : "Pour le moment ça va. Je suis chez moi, à côté de Montpellier, avec ma femme qui travaille en tant qu’infirmière. Tout se passe bien. J’essaie de me maintenir en forme à la maison comme je peux. Je vais faire les courses ou je vais courir derrière chez nous pour sortir et changer un peu d’air, ça fait du bien ."

Votre femme étant infirmière vous devez faire respecter à la lettre les gestes barrières et les mesures à suivre durant ce confinement ? 
AB : "Oui, nous faisons attention mais ma femme n’est pas directement confrontée au coronavirus, parce qu’elle est infirmière en psychiatrie. Aujourd’hui c’est un peu plus dur que d’habitude parce que les patients sont un peu plus agités. Nous respectons les consignes de sécurité puisqu’elle sort beaucoup pour aller travailler et que moi je reste à la maison. Nous faisons attention quand elle rentre, même si elle est confinée dans un bâtiment, c’est des gestes qu’il faut prendre au sérieux ."

Vous avez d’ailleurs posté une vidéo sur votre compte Instagram, où l’on vous voit aux côtés de nombreux joueurs de votre club, le MHR. C’est important pour vous de vous adresser directement à votre public et de leur transmettre les gestes et les comportements à avoir durant le confinement ? 
AB : "Oui, c’est important. Nous on ne peut pas faire grand chose pour aider les soignants pour que ça aille plus vite et qu’on retrouve nos vies d’avant. Alors si on nous propose de faire ce genre de vidéo et bien on le fait avec plaisir, parce qu’on a peut-être un peu plus de visibilité que d’autres personnes. Aujourd’hui encore, on le voit aux informations, certaines personnes ne se rendent pas bien compte de la dangerosité de sortir de la maison, d’aller dans des parcs ou de se réunir en groupe. Alors oui c’est important de faire passer le message. Nous nous sommes confinés comme tout le monde donc si on veut retrouver les terrains et les copains rapidement, ça passe par là ! Tout le monde doit respecter ces règles de vie, c’est pas bien compliqué de rester chez soi. Nous sommes tous capable de le faire, même si c’est pesant, long et que nous ne sommes pas habitués."

Vous qui êtes confiné dans votre maison, comment faites-vous pour ne pas tourner en rond ? 
AB : "Déjà, le matin, je dors pas mal (rires) ! C’est une manière de bien récupérer de la fatigue accumulée entre le tournoi et le début de saison. Je ne me couche pas très tôt, c’est vrai, mais en tout cas je ne mets pas de réveil ! Je me lève souvent après 10h donc mes matinées passent plutôt vite. L’après-midi c’est un peu de sport, des séries, les informations et du ménage (parce que ça aussi il faut le faire) et les courses. J’essaie de faire un maximum de choses pour ne pas m’ennuyer et justement ne pas tourner en rond ."

Est-ce que le confinement est l’occasion pour vous de faire de nouvelles choses ? De découvrir de nouvelles occupations ?
AB : "Personnellement, je ne me découvre pas de nouvelles passions (rire). Après, j’ai du temps pour faire le ménage à fond et entretenir l’intérieur et l’extérieur de ma maison. Je prends également  du temps pour être avec ma femme et passer des moments à deux. Dans notre quotidien nous avons deux emplois du temps différents et des horaires qui ne correspondent pas. Nous ne nous voyons pas tout le temps et encore moins durant le tournoi des Six nations où je n’étais pas à la maison pendant deux mois. Pour moi, c’est aussi important de passer ces moments-là, donc il n’y a pas que des désavantages au confinement. Après, si ça dure plus d’un mois, là, ça sera long. Pour le moment tout va bien, mais le rugby commence à me manquer. On ne peut pas s’entraîner comme d’habitude, on va surement perdre en cardio mais aussi en rugby puisqu’on ne touche aucun ballon ." 

Comment vous gérer votre éloignement des terrains, l’arrêt des entraînements et des championnats ? 
AB : "Je gère avec les entraînements que je peux faire chez moi. Je n’ai pas beaucoup de machines, je n’en n’ai même pas du tout. Pour moi c’est beaucoup de crossfit avec peu de moyens, et de la course à côté de la maison. J’arrive à m’entretenir, mais niveau rugby je ne touche pas de ballon. Je n’ai pas assez de place dans mon jardin pour faire du jeu au pied ou m’entraîner, donc c’est vrai que ça, ça manque un peu."

Vous avez pourtant un tapis roulant un peu particulier chez vous ? Il fonctionne bien ?
AB : (rires) "Je ne l’ai pas testé assez longtemps pour percevoir les bienfaits de ce tapis roulant, plutôt tapis glissant. Mais ça peut-être une bonne technique si le confinement dure plus longtemps, ça permettra de varier mes séances. Ça peut être sympa à faire."

Comment envisagez-vous le retour des clubs sur les terrains ? Et y aura-t-il une reprise selon vous ? 
AB : "A vrai dire, je ne me suis pas trop posé la question de savoir dans quel contexte nous allions pouvoir revenir. Je ne sais pas si ça sera plutôt des phases finales, comme certains le disent, ou bien un arrêt total de la saison. Nous n’avons pas d’information donc c’est dur de se projeter. Après nous espérons tous pouvoir finir cette saison. Comment ? Je ne sais pas. Mais nous espérons pouvoir jouer quelques matchs. A la fin de cette saison, nous allons perdre des joueurs parce qu’ils sont en fin de contrat ou bien parce qu’ils changent de club. Ça serait cool de pouvoir faire quelques matchs avec eux et retrouver ce rugby que nous aimons tant et avec lequel nous vivons."

Comment vous avez vécu l’arrêt « brutal » du Tournoi et de la saison ? 
AB : "C’était bizarre, une sensation étrange. Il nous reste un match à jouer [le dernier match de la France face à l’Irlande a été reporté au mois d’octobre 2020], donc on n'a pas vraiment terminé ce tournoi. Il nous restait encore une semaine à Marcoussis tous ensemble pour préparer ce match, à découvrir un Stade de France plein avec une ferveur autour de cette rencontre, parce qu'on peut encore gagner le tournoi , et puis finalement on nous dit qu’on doit rentrer chez nous. Du jour au lendemain on arrête le rugby, même en championnat, tout s’arrête et la vie tout court s’arrête et se met en pause. Ce sont des sensations bizarres et inhabituelles, parce qu’on n'a jamais connu ça. Au début, on l’accepte parce qu’on n'a pas trop le choix et puis on comprend vite que c’est grave. On voit aux infos que dans d’autres pays tout est allé très vite, qu’il y a beaucoup de morts. Mais on se dit aussi que c’est dommage, nous étions un bon groupe, nous vivions quelque chose d’incroyable et tout s’arrête d’un coup, donc c’est assez étrange." 

La décision du CIO de reporter les Jeux Olympiques de Tokyo vous a-t-elle surprise ? 
AB : "Alors, je ne m’y attendais pas vraiment. Je pensais, j’espérais que pour cet été tout cela serait terminé et là je me pose des questions. Si eux repoussent les JO, ça veut dire que ça va durer encore quelques temps et ça fait un peu peur d’apprendre tous ces reports. Après, il vaut mieux rester prudent et c’est une décision que je comprends. Aujourd’hui, je vois tous les chiffres de malades et de décès et nous ne sommes pas encore au pic de la maladie en France. Ça fait peur de voir tout ça et ce n’est pas encore terminé. On nous parle d’un mois de confinement encore, mais je me demande si ça ne sera pas plus long finalement ."

Inès Hirigoyen InesHrg