Stan Wawrinka
Stan Wawrinka a su faire déjouer Novak Djokovic pour remporter son premier Roland-Garros | Gonzalo Fuentes/REUTERS

Wawrinka renverse Djokovic et remporte Roland-Garros

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Pour sa première finale à Roland-Garros, Stanislas Wawrinka a réussi un authentique exploit en dominant ce dimanche le numéro un mondial, Novak Djokovic (4-6, 6-4, 6-3, 6-4). A l’issue d’un combat mal embarqué où il a su renverser la vapeur en se reposant sur son fantastique revers, le Vaudois s’offre un second titre du Grand Chelem. Les Internationaux de France se refusent toujours à "Nole", qui échoue pour la troisième fois en finale du tournoi parisien.

Samedi, alors que Novak Djokovic et Andy Murray se battaient encore sur le Philippe-Chatrier pour une place en finale, Stan Wawrinka, déjà qualifié, terminait sereinement son ultime séance d’entraînement avant le grand rendez-vous. A la sortie du court, le Vaudois s’arrêtait devant les journalistes pour confier ses dernières sensations. "Lorsque tu vois les matches de Djokovic, tu te dis qu’il est imbattable, injouable. Mais une fois que je me retrouve en face, je me rends compte que je peux le passer". Cela lui était déjà arrivé, à Melbourne, l’an passé. Mais quand même : battre ce "Djoko"-là, c'était une autre histoire.

"Le match de ma vie"

Il s’agissait de venir à bout de l’homme qui a éliminé Rafael Nadal (neuf fois vainqueur Porte d’Auteuil) puis Andy Murray (invaincu sur terre battue cette saison) avant la finale.  Il s’agissait de dominer celui qui avait remporté l’Open d’Australie plus tôt cette saison, et qui n’était tombé qu’à deux reprises en 43 rencontres en 2015. Mais Wawrinka l’a fait. Jouant, de son propre aveu, "le match de (sa) vie", le 9e joueur mondial a réalisé trois derniers sets fantastiques pour venir à bout, avec la manière, de celui qui aurait pu rentrer dans l’histoire en complétant son armoire à trophées avec Roland-Garros, le seul titre du Grand Chelem qui lui échappe encore. En brisant le rêve de Djokovic, en larmes sur le podium, Wawrinka a lui réalisé le sien. 

Djokovic craque à la fin du 2e set

Pour réussir pareil exploit, Wawrinka a dû faire imploser son adversaire ; cela a mis un certain temps, mais contre toute attente, il y est parvenu. Sous les "No-le!, No-le!" qui tombaient des tribunes du court central après chaque jeu remporté par le Serbe, Djokovic profitait pourtant de la seule faille du Vaudois dans le premier set pour réussir le break et mettre l'outsider sous pression. Mais déjà, "Stanimal" montrait les crocs : dans le premier jeu de la rencontre, il remportait un échange de 39 coups qui donnait le ton pour la suite de la rencontre. Au bord de la crise de nerfs dans le milieu du deuxième set, après avoir manqué le break à trois reprises, le Suisse se défoulait en frappant le filet avec sa raquette, entraînant les sifflets du public. C'est le tournant du match : au lieu de craquer, le Suisse remportait son jeu de service et réusissait (enfin) le break dans la foulée, provoquant cette fois-ci une colère folle de Novak Djokovic. Ce dernier explosait sa raquette contre la terre battue, manquant de toucher un ramasseur de balle sous la bronca du court central. Le vent venait de tourner. 

A ce moment du match, Wawrinka avait déjà réussi deux fois plus de coups gagnants que le grandissime favori du tournoi (59 à 30 au final). Il continuera à monter en régime, conscient que Djokovic n'était pas dans un grand jour, sans doute entamé physiquement, mais surtout nerveusement. A 2-2, le numéro un mondial perdait huit points d'affilée, deux jeux blancs, le second sur son service, qui embrasaient le court central et propulsaient le Suisse dans une autre dimension. Jusqu'à la fin des 3h12 de jeu, Wawrinka ne cessera plus de pousser "Nole" à la faute et de mordre les lignes à coups de gros retours et de magnifiques passings de revers.

Un revers venu d'ailleurs

Cet élégant revers à une main, son arme de fabrique, le Lausannois l'a sublimé comme jamais ce dimanche. Djokovic en a été écoeuré. Même lui, qui d'ordinaire est partout et renvoie tout, ne pouvait apporter aucune réponse. Alors que le public parisien, aussi changeant que les bourrasques de vent de l'après-midi, poussait Wawrinka vers un premier sacre, le Serbe faisait de la résistance. Il sauvait deux balles de break à 3-4 dans le quatrième set, puis une balle de match. Mais le Suisse a passé un cap trop important sur le plan mental, ces derniers mois, pour ne pas conclure. D'un énième revers, il s'adjugeait la quatrième manche et la Coupe des Mousquetaires. 

S'il n'a remporté que deux de ses 19 matches face à des numéros un mondiaux, Wawrinka les a bien choisis : l'an passé contre Rafael Nadal, en finale de l'Open d'Australie, et ce dimanche contre Novak Djokovic. Ses deux seules finales de Grand Chelem. Depuis deux ans, la progression du Suisse est ahurissante. Le gamin de Saint-Barthélémy, vainqueur de Roland-Garros junior en 2003, n'avait jamais franchi le seuil des quarts de finale dans un tournoi majeur avant ses 28 ans, en 2013. "Mon rêve était de jouer à Roland, pas de gagner. Pour moi, les joueurs qui faisaient ça étaient des mutants". Celui qui a si longtemps souffert de la comparaison avec son compatriote Roger Federer ne doit plus nourrir complexe vis-à-vis de ces "mutants". Il est désormais comme eux.