Le court Philippe-Chatrier à Roland-Garros
Le court Philippe-Chatrier à Roland-Garros | PHILIPPE MILLEREAU / KMSP

Tennis : Levée de boucliers du circuit contre Roland-Garros

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La décision de l'organisation de Roland-Garros de reporter le tournoi à la fin septembre ne suscite pas d'enthousiasme démesuré au sein du circuit. Les organisateurs des tournois, en premier lieu, n'approuvent pas du tout une démarche qu'ils jugent intempestive et non-concertée.

Le tacle est subrepticement glissé. Mais il pourrait faire mal, surtout s'il lance un mouvement. L'US Open n'a pas apprécié la manière dont Roland-Garros a annoncé son report ce mardi, à fin septembre.  A propos de l'éventuel report du tournoi américain, ils déclarent : "Au moment où le monde est uni, nous estimons qu'une telle décision ne peut être prise unilatéralement. En conséquence, l'USTA ne la prendrait qu'après une consultation complète des autres tournois du Grand Chelem, de la WTA et l'ATP, de l'ITF et de nos partenaires, y compris la Laver Cup."

Publié moins de 24h après l'annonce du Grand Chelem français, ce communiqué camoufle à  peine son but : montrer que Roland-Garros s'est isolé en prenant cette décision, et que la période ne prête peut-être pas à l'opportunisme auprès de l'opinion publique. Car organiser Roland-Garros du 20 septembre au 4 octobre, c'est chambouler tout le circuit. Deux Grands Chelems en 40 jours, trois en quatre mois, dix tournois censés avoir lieu au même moment : en plus de Roland-Garros, cinq tournois ATP (dont le Moselle Open) et cinq tournois WTA sont prévus du 20 septembre au 4 octobre.

 

Pour autant, l'US Open n'est pour l'instant pas vraiment en danger. Prévu fin août, le Grand Chelem peut voir venir.  Mais l'aspect unilatéral de la décision des Français a pu mal passer.

"Ils ont demandé pardon, pas une autorisation. Parce qu'ils savaient qu'ils ne l'obtiendraient pas"

Selon plusieurs officiels des différents tournois, Roland-Garros aurait à peine pris le temps de prévenir avant l'annonce du report.  "Avant la prise de décision, nous avons échangé avec les présidents de l'ATP, de la WTA et de l'ITF", se défend pourtant Bernard Giudicelli, le patron de la Fédération française de tennis. Contacté par Sports Illustrated, un site d'information américain, un officiel de l'ATP a relativisé la teneur de l'échange dont parle Giudicelli : " Ils ont demandé pardon, pas une autorisation. Parce qu'ils savaient qu'ils ne l'obtiendraient pas. Mais je ne suis pas sûr qu'ils obtiennent le pardon non plus."  Alors, coup de force de Roland-Garros ? 

Quoi qu'il en soit, le tennis américain est en première ligne de cette décision. Les tournois d'Indian Wells et de Miami, les premiers à avoir été suspendus en raison du coronavirus, avaient également ciblé la période de l'automne pour leur report. Désormais, avec Roland-Garros une semaine après la fin de l'US Open, la fenêtre de tir n'existe plus. 

La fermeté du message de l'USPTA n'est donc pas vraiment une surprise. Indian Wells et Miami sont les deux tournois les plus importants après l'US Open. Une année blanche serait un gros coup d'arrêt pour le tennis américain. Et le "putsch" de Roland-Garros pourrait bien y avoir contribué si les choses restaient en l'état. 

Mais la plus grosse résistance à ce report viendra sans doute d'ailleurs. La Laver Cup, nouveau grand raout du tennis mondial organisé par Roger Federer, est également prévu fin septembre. Et si la FFT espérait sans doute que ce dernier fasse un geste en reportant son tournoi, c'est raté.

La Laver Cup refuse de bouger

Dans un communiqué publié dans la nuit de mardi à mercredi, le tournoi de Sir Roger s'est ne s'est pas non plus privé de tacler Roland-Garros. "Cette annonce a été une surprise pour nous et nos partenaires - Tennis Australia, le USTA et l'ATP. Cela pose beaucoup de questions et nous examinons à la situation" 

L'épreuve amicale a annoncé camper sur sa position et maintenir ses dates : "Nous avons l'intention de maintenir la Laver Cup 2020 aux dates convenues." Si les choses venaient à en rester là et que Roland-Garros avait effectivement lieu en même temps que la Laver Cup, le choc pourrait s'avérer très violent pour le Grand Chelem français.  D'abord, on voit mal Roger Federer manquer son propre événement. Mais un Nick Kyrgios pourrait bien également choisir la Laver Cup, quand on sait son aversion pour la terre battue. Et à partir de là, qui sait jusqu'où ça peut aller ? Qu'un Grand Chelem n'ait pas la priorité des joueurs, voilà une révolution dont Roland-Garros se passerait bien.  

Wimbledon, sacré flegme

Avec tout ce remue-ménage, le calendrier réserve des surprises dont peu ont conscience encore. Nous sommes ainsi en mars et le prochain Grand Chelem au programme est Wimbledon. Sans surprise, le tournoi britannique ne s'est pas pressé pour sauter dans la mare. La direction "continue de surveiller et de répondre activement à la situation liée au coronavirus, en travaillant étroitement avec le gouvernement et les autorités sanitaires compétentes", s'est contentée de déclarer le All England Club. Le minimum syndical donc, pour ne pas se mouiller.

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Car maintenant que Roland-Garros a pris ce qui était éventuellement la dernière case plutôt libre du calendrier, il reste peu de latitude aux autres tournois pour se ménager un plan B. Quand pourrait se jouer Wimbledon si ce n'est pas fin juin ? En octobre-novembre, il y a la tournée asiatique puis le Masters de fin d'année. Cet été les JO de Tokyo - s'ils ne sont pas reportés ou annulés - monopolisent évidemment la totalité de l'univers du sport pendant trois semaines. "On a cherché la date la moins pénalisante pour le circuit" plaidait Bernard Giudicelli ce mardi. Roland-Garros s'est surtout adjugé la seule place "vacante" du calendrier. Premier arrivé, premier servi.