Wawrinka
Wawrinka peut-il franchir la montagne Djokovic en finale de Roland-Garros? | ETIENNE LAURENT/EPA/MAXPPP

Stan Wawrinka, l’outsider devenu prédateur

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Face à Novak Djokovic, Stanislas Wawrinka s’apprête à jouer ce dimanche (dès 15h sur France 2 et francetvsport.fr) la finale d’un tournoi qu’il avait quitté dès le premier tour l’an passé. Comme un symbole de la progression fulgurante du Vaudois, qui en quelques mois, s’est imposé comme le plus sérieux rival des membres du "Big Four". S’il souffre encore d’un relatif déficit de popularité -en témoignent les sifflets du court central vendredi-, l’actuel neuvième joueur mondial a bel et bien gagné sa place dans la cour des grands. Voici comment.

Stan Wawrinka a déjà gagné Roland-Garros. C’était en 2003. Professionnel depuis moins d’un an, le Suisse venait de fêter son dix-huitième anniversaire, et s’était alors offert le tournoi junior des Internationaux de France, battant en finale Brian Baker (7-5, 4-6, 6-3). "Je me souviens de tout, de mon premier match sur le court 7 en Junior, se remémore-t-il. C’était une finale très étrange, en trois sets, mais c’était avant tout un grand moment". Des images de la télévision suisse montrent son retour triomphal à Saint-Barthélémy, le petit village où il a grandi. Fanfare, défilé en calèche, discours du maire : Wawrinka est accueilli en idole, mais le garçon, comme ses parents, fermiers, s’affiche modestement. Il est heureux qu’on "s’intéresse à (lui)", et c’est déjà à ses yeux un bon début.

"J'ai dû mener une rivalité impossible contre un génie"

Seulement, sans que cela ne douche l’enthousiasme de ceux qui ont vu le petit Stan devenir un prometteur joueur de tennis, les débuts professionnels de la star locale ne seront pas aussi tonitruants qu’espérés. En cause : la comparaison, inévitable mais permanente, avec Roger Federer. L’autre star du tennis suisse, la "vraie", celle qui gagne tout, qui restera dans la légende. "Toute ma vie, j’ai dû mener une rivalité impossible contre un génie. Je ne l’avais pas choisie", regrettait déjà Wawrinka il y a deux ans.

Vendredi, après sa victoire face à Jo-Wilfried Tsonga, la conférence de presse s’ouvrait sur une question sur... Federer. "C’est bien de parler de Roger, mais nous n’en sommes pas là", coupait, lassé, celui qui a patiemment attendu son heure.

Le match du déclic? Face à Djokovic en Australie, en 2013. Une défaite mémorable.
Le match du déclic? Face à Djokovic en Australie, en 2013. Une défaite mémorable.

Il "dort avec" son short

Durant la décennie qui a suivi son sacre en Junior, jamais Wawrinka n’a terminé une année dans le Top 10 mondial. Jamais il n’a franchi le seuil des quarts de finale dans un tournoi du Grand Chelem. Dans l’ombre de Federer (qui l’a éliminé deux fois à Roland-Garros et une fois à l’Open d’Australie), le Lausannois a tardé à exploiter pleinement son potentiel. "Tennistiquement, il a toujours été impressionnant (…) Stan a toujours eu du respect pour Roger, le problème, c’est que pendant longtemps, il a fait un petit complexe, reconnaît Marie-Laure Viola, productrice pour la Radio télévision suisse, qui suit Wawrinka depuis ses débuts. Stan a eu besoin de rassembler les pièces de son puzzle, de faire du tri dans sa vie personnelle". Plus mature, décomplexé, 'Stanimal' ne se prend plus la tête. Ainsi, si les moqueries concernant sa tenue au design douteux auraient pu le gêner il y a encore trois ans, Wawrinka les prend aujourd’hui avec le sourire. "C’est le trois en un : je vais me baigner, jouer au tennis, et après dormir avec", ironisait-il récemment à RTS.

Cette évolution, moins physique que mentale, s’est matérialisée à partir de 2013 dans la carrière professionnelle de Wawrinka. Cette année-là, il débute à l'Open d'Australie par une confrontation dantesque contre le futur lauréat Novak Djokovic, en huitièmes de finale. Un marathon de plus de cinq heures au terme duquel le Suisse dépose certes les armes (1-6, 7-5, 6-4, 7-6, 12-10), mais prend surtout conscience qu’il peut rivaliser avec ceux qu’il croyait intouchables. Trois mois plus tard, il se tatoue sur l’avant-bras une citation de Samuel Beckett : "Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better." ("Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Mais échoue un peu moins"). Il reste fidèle à cette maxime en enchaînant avec un quart à Roland-Garros et une demie à Flushing Meadows. Puis, début 2014, c’est le sacre à Melbourne, face à Rafael Nadal. Sa victoire en Coupe Davis ne fera qu’accroître encore son capital confiance. Avec son coach, Magnus Norman, il ne regarde plus le tableau en se demandant qui va bien pouvoir atteindre les quarts, les demies : il les joue. "Je ne comprends toujours pas qui m’arrive. Mais si je suis là, c’est parce que je le mérite".

Stan et les mutants

S’il lui arrive encore de craquer nerveusement, Wawrinka est désormais sûr de son talent et de là où ce dernier peut le hisser. "Je me sens bien dans tous les compartiments de mon jeu, assure-t-il. Je me sens fort (…) Lorsque je joue à mon meilleur niveau, je sais que je peux battre n’importe qui". Et ce n’est ni les railleries concernant son short, ni les sifflets du public parisien qui l’ont raccompagné aux vestiaires vendredi, ni même la perspective d’affronter le numéro un mondial pour sa deuxième finale en Grand Chelem qui vont le faire douter. "Je ne fais pas partie du Big 4, ces joueurs qui ont fait 25 finales chacun et qui en ont gagné je-ne-sais-pas-combien, reconnaissait-il vendredi. Les joueurs qui l’ont réussi étaient pour moi des mutants, tout simplement (…) Mon rêve était de participer à Roland-Garros, pas de gagner ou d’atteindre la finale. Mais je me sens à ma place". Décomplexé ? Disons plutôt réaliste.