Dominic Thiem lors de sa demi-finale face à Novak Djokovic, le 7 juin 2019
Dominic Thiem lors de sa demi-finale face à Novak Djokovic, le 7 juin 2019 | AFP

Roland-Garros: Thiem vient à bout de Djokovic en cinq sets et rejoint Nadal en finale

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Dominic Thiem est venu à bout de Novak Djokovic en cinq sets (6-2, 3-6, 7-5, 5-7, 7-5). L'Autrichien s'est montré plus solide sur la durée, s'appuyant sur son lift dévastateur et limitant les fautes directes dans les moments importants. Dominic Thiem atteint ainsi sa 2e finale en deux ans.

On aurait pu l'appeler la demi-finale des oubliés. Mais son vainqueur, Dominic Thiem, mérite  qu'on se souvienne de lui. Véritable boule de puissance, il a brisé l'armure d'acier du Serbe, en cinq temps et lors d'un match décousu et d'une tension extrême jusqu'au bout.  Alors que tout le monde n'avait d'yeux que pour le 39e duel Nadal-Federer, remporté haut la main par le Majorquin vendredi, cette demi-finale a finalement été la plus spectaculaire et la plus indécise.

Interrompu par la pluie vendredi, le match a été beaucoup plus intense ce samedi, les deux joueurs maîtrisant mieux les éléments et, donc, leur jeu. C'est notamment Djokovic qui est revenu beaucoup plus fort. Mais, plus instable que Thiem, le Serbe s'est fourvoyé tout seul dans les moments importants. Voilà Thiem à nouveau en finale. A nouveau face à l'insurmontable dernière marche. Rafael Nadal. 

 

Le pitbull Thiem était lâché

Finaliste l'an passé, et (seul) demi-finaliste pour la quatrième fois d'affilée à Roland-Garros, Dominic Thiem a appliqué la recette qu'il utilise systématiquement. Des frappes lourdes, des coups violents, comme s'il voulait arracher leurs petits poils jaunes aux balles. Il s'est cette fois attaqué au N.1 mondial. Seul des quatre demi-finalistes à ne pas avoir concédé le moindre set depuis le début de la Quinzaine, le Serbe n'avait passé que 8h55 sur les courts (contre 11h12 côté Thiem). Cette fois, il a dû combattre. Cette fois, il a buté contre un roc.

Vendredi déjà, il a égalisé à un set partout alors que Thiem était largement au-dessus et lui, bien en-dedans de ce qu'il avait produit jusqu'ici. On ne sait comment, il était seulement mené 3-1 dans le troisième set au moment de l'interruption. Et samedi, le Serbe est revenu plus fort, plus constant, plus déterminé. Mais rien n'y a fait. 

Sacré Monsieur Campistol


Débreaké dès son premier jeu de service ce samedi, l'Autrichien a eu à jouer son meilleur tennis pour contenir Djokovic dans le troisième set. Jusqu'à 6-5 pour Thiem, Djokovic n'a jamais été inquiété sur ses jeux de services. Il semblait alors plus souverain que jamais, ne commettant plus aucune faute, faisant tous les bons choix tactiques. Et puis, tout s'est déréglé quand Jaume Campistol, l'arbitre de chaise, lui a collé un avertissement pour dépassement de temps. Le Serbe a alors grommelé quelques mots à son intention...avant de totalement sortir de ses gonds à mesure que son jeu de service avançait. Il a fini par le perdre, et concéder le set 7-5. Sur la chaise, il a continué à fulminer contre la décision de l'arbitre.

D'après le journaliste Stuart Fraser du New York Times, le Serbe lui aurait fait comprendre qu'il avait manqué de souplesse compte tenu des conditions. "Vous n'avez jamais joué au tennis? Vous ne comprenez pas la situation où après un long point, le public continue d'applaudir?" Avant de conclure "Tu t'es fait un nom. Tu as voulu te faire connaître. Tu t'es attribué tout le mérite". Le Serbe n'en avait pas fini avec Monsieur Campistol.

A plusieurs reprises, il a contesté ses décisions. Par exemple, juste après le deuxième retour des vestiaires quand, à 4-1 contre lui 40-40, après avoir arrêté un point et montré une trace, persuadé qu'elle était faute, l'arbitre a jugé qu'elle était bonne et a attribué le point à Thiem. Djokovic s'en est sorti dans ce jeu mais, jusqu'à la fin, il a contesté ses décisions et cela lui a rajouté une dose de tension dans les moments les plus cruciaux. 

Interruptions, baisses de régime soudaines et slices meurtriers

Tactiquement, Novak Djokovic a repris le match par le bon bout ce samedi. Même s'il a perdu le 3e set, il a montré dans le 4e qu'il mettait globalement plus d'intensité que l'Autrichien depuis la reprise. Thiem est un joueur surpuissant, capable de placer des banderilles depuis n'importe quel coin du terrain. Mais contrairement à Nadal qui dégage la même impression survitaminée, l'Autrichien peut parfois tomber dans l'excès, surjouer, et enchaîner les fautes directes. C'est ce vers quoi Djokovic l'a poussé à plusieurs reprises ce samedi, notamment au début et à la fin du 4e (qu'il remporte 6-4) et lors de l'ultime reprise, à 4-1 contre lui dans le cinquième set.

Mais, à chaque fois, le Serbe n'a pas su aller au bout. Dans le quatrième il s'est laissé débreaker avant de profiter des erreurs de Thiem pour boucler la manche. Dans le cinquième il s'est fait breaker d'entrée, avant de gâcher sa remontée en se faisant breaker dans l'ultime jeu du match. De son côté, Thiem s'est bien servi de son coup droit lifté bien sûr, mais aussi de son revers slicé. Ce qui a eu le don d'agacer Djokovic, qui a plusieurs fois regardé son camp en mimant le geste du slice, comme s'il ne savait plus quoi répondre à ce coup.

 Mais mentalement, Thiem n'a pas non plus été un modèle. Symbole de cette fragilité, quand l'Autrichien a mené 5-3 40-15 et que Djokovic semblait avoir abdiqué, il s'est totalement fourvoyé en frappant quatre fautes directes et permettant à Djokovic de revenir.  Au final, il a eu le dernier mot, grâce à son 52e coup gagnant (contre 39 pour Djokovic).

Face à Rafael Nadal, il devra jouer sur les deux terrains : ne pas perdre son incroyable énergie et la puissance de ses frappes, tout en évitant d'en mettre trop et de surjouer. Et ce, sur l'ensemble du match. Car Nadal n'a pas pour habitude de faire de cadeaux à ses adversaires, qui plus est en finale. "Je ne l'ai jamais battu ici, a-t-il reconnu en conférence de presse après sa victoire. Mais je l'ai déjà battu sur terre. Alors dimanche, j'irai sur le terrain en y croyant et en donnant tout". 

Avec Romain Bonte