Roland-Garros : Sans public et avec une pression en moins, une chance supplémentaire pour les Français ?

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Auteur·e : Apolline Merle
Roland-Garros Public
La Française Kristina Mladenovic, à gauche, salue le public après avoir battu l'Espagnole Garbine Muguruza lors de leur match du quatrième tour de Roland Garros, le 4 juin 2017. | Petr David Josek/AP/SIPA

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Cette année, Roland-Garros, on le sait, sera une édition particulière. Avec seulement 1000 spectateurs autorisés sur l’ensemble des douze hectares de Roland-Garros, l’atmosphère dans les allées et les tribunes habituellement bourdonnantes, sera sans doute quelque peu morose. Mais cette jauge limitée de spectateurs pourrait peut-être bien avoir un bon côté pour les Français. Souvent en difficultés face à la pression qu’ils subissent à Roland-Garros, certains pourraient y trouver leur compte. Dans des stades presque vides et avec moins de pression sur leurs épaules, ils pourraient bénéficier d’un environnement plus favorable. Mary Pierce, ancienne numéro 3 mondiale et vainqueur de Roland-Garros, nous explique pourquoi.

Les applaudissements, les cris de joie ou de peur, les olas, les acclamations. Ce sont autant de moments de cohésion entre le public et les joueurs que nous ne verrons pas, ou très peu, cette année dans ce Roland-Garros sous l’ère “covid”. Une ambiance que certains pourraient regretter tant cette énergie les aide à se transcender, mais que d’autres pourraient bien apprécier d’une certaine manière, notamment les Français.  

En effet, plus qu’un autre tournoi du Grand Chelem, Roland-Garros est un rendez-vous comme nul autre pareil pour les Français. Jouer sur la terre ocre de la Porte d’Auteuil pour les Tricolores est une pression supplémentaire pour eux. “Quand on est Français à Roland-Garros, on a une pression supplémentaire sur les épaules, confirme Mary Pierce. D’abord, parce qu’on est en France, on joue dans notre pays, pour notre pays, devant nos proches qui d’habitude ne peuvent pas venir nous voir. Le public français est là et a beaucoup d’attentes vis-à-vis de nous. La France attend de grandes choses de notre part, que l'on gagne, que l'on joue bien, tout comme les médias, la presse. On a envie de bien faire et on a envie de gagner ce tournoi du Grand chelem si précieux à nos cœurs.” 

À Roland, une pression plus dure à gérer pour les Français 

Un contexte et une pression qui sont donc plus difficiles à gérer pour les Tricolores que sur un autre tournoi. “Il y a beaucoup plus d'émotions à Roland et les émotions affectent le corps, la respiration, le battement du cœur s'accélère, parfois on a les jambes un peu tétanisées, on joue moins bien, on est plus tendu, crispé, donc on risque de faire plus de fautes”, confie Mary Pierce, qui a remporté Roland Garros en 2000. Si les émotions jouent sur l’aspect physique, elles jouent aussi sur le mental, paramètre ô combien important dans ce sport parfois si imprévisible. Et c’est d’ailleurs peut-être sur cet aspect que les Français peinent un peu. “Il faut savoir gérer les émotions et je crois que jusqu'à maintenant, c'était ça qui était le plus dur pour les Français, gérer les grands moments et les fortes émotions, pour vraiment bien jouer à Roland et percer”, poursuit Mary Pierce. 

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“Je pense que cette jauge limitée de spectateurs pourrait peut-être aider notamment Caroline Garcia, Kristina Mladenovic et Alizé Cornet” 

Alors, ce Roland-Garros 2020 avec très peu de spectateurs pourrait-il donner une chance supplémentaire aux Français d’aller plus loin dans la quinzaine, voire de l’emporter ? C’est possible, selon la consultante France Télévisions à Roland-Garros. “Soit cette jauge limitée de spectateurs va aider certains joueurs, parce qu'il y aura moins de public, et cela va peut-être leur enlever une certaine pression et ils auront donc moins d'émotions à gérer sur le court. Soit cela va avoir l'effet inverse pour ceux qui aiment jouer devant un public nombreux, qui les porte et leur donne de l'énergie. C'est vrai que quand on joue contre un adversaire qui n'est pas français, le public est avec nous et ça nous aide, et nous donne une force supplémentaire. Ce qui certain en revanche, c’est que ça va manquer énormément aux Tricolores.”  

Et ces tribunes clairsemées pourraient peut-être bénéficier à trois Françaises toujours selon Mary Pierce. “Je pense que cela pourrait aider davantage les femmes que les hommes, et je pense que cela pourrait aussi peut-être aider Caroline Garcia, Kristina Mladenovic, et Alizé Cornet”, analyse-t-elle.  

Se préparer mentalement à jouer devant des tribunes vides  

Mais ces tribunes quasi vides et silencieuses pourront aussi perturber les joueurs, même s’ils sont pour la plupart déjà habitués à jouer dans ces conditions depuis début août. “Pour les joueurs qui n'ont pas joué dans ces conditions, cela va leur faire drôle. Ils n'ont pas encore tous l'habitude de faire un grand coup et qu'il ne se passe rien derrière, qu’il n’y ait pas de public, d’ambiance. Il est difficile de jouer dans ces conditions. Il faut donc se préparer mentalement à jouer dans ces circonstances”, souligne l'ancienne numéro 3 mondiale. Avant d'ajouter : “Les conditions sont différentes donc, comme pour chaque tournoi et chaque match, on essaie d'avoir le maximum d'infos pour mieux se préparer et déjà visualiser comment les matchs vont se dérouler. Cette année, il faut se préparer à jouer devant peu de spectateurs, au silence qui régnera lors d’un joli coup gagnant ou lors d’une victoire, et ainsi ne pas être perturbé pendant le tournoi.” 

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