Roland-Garros : que peut faire Hugo Gaston pour embêter - voire battre - Dominic Thiem ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Hugo Gaston
Hugo Gaston a créé l'exploit face à Stan Wawrinka | MARTIN BOISSEREAU

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Le Français Hugo Gaston s'apprête à relever l'un des défis les plus durs pour tout joueur de tennis à l'heure actuelle : affronter Dominic Thiem sur terre battue. Si son classement et son expérience du haut niveau n'incitent pas l'optimisme, d'autres éléments laissent penser que le Français a sa carte à jouer.

Évacuons d'emblée l'évidence : Dominic Thiem est archi-favori pour ce match. Qu'importent les options tactiques disponibles pour le Français, son adversaire a démontré ces derniers mois, voire ces dernières années, qu'il faisait désormais partie des tout meilleurs, non seulement par son potentiel, mais aussi par sa constance au plus haut niveau. Ses contre-performances sont aujourd'hui très rares. Et ce Roland-Garros ne semble pas déroger à la règle : l'Autrichien a découpé chacun de ses adversaires, alors qu'il avait hérité du tableau le plus compliqué parmi les favoris. Hugo Gaston a réalisé une extraordinaire performance contre Stanislas Wawrinka. Il lui faudra un miracle pour passer l'étape Thiem. 

Cela posé, attardons-nous maintenant sur ce que pourrait faire Hugo Gaston pour, au moins, gêner Thiem. Le Français dispose d'un arsenal très riche de coups, qu'il a développé pour compenser son manque de puissance, au service notamment. Et il se trouve que ses points forts correspondent justement aux choix tactiques qui pourraient poser problème à Dominic Thiem...

• Briser le rythme, tu essaieras

Ce sera la première règle pour lui. Laisser le moins possible Dominic Thiem dans sa zone de confort. L'Autrichien adore frapper. De toutes ses forces. Personne, pas même Rafael Nadal, ne frappe plus fort que lui sur le circuit. Demandez à Casper Ruud, son adversaire au tour précédent. Le Norvégien, très bon joueur de terre battue, a tenté de l'attaquer sur son terrain, en cadence. Ça a marché pendant quelques jeux lors du 1er set, le temps que le moteur chauffe. Et puis Thiem a déroulé un tennis flamboyant, quasi-arrogant.

Hugo Gaston a un avantage : il sait qu'il n'a pas les armes pour rivaliser en puissance. Et contrairement à Ruud, il a d'autres cordes à son arc. Il n'a aucun mal à slicer, en revers et en coup droit, à bomber ses frappes à l'extrême, à ralentir, puis, soudain, de placer une accélération à plat, des deux côtés. Il ne devra pas céder à la tentation de rentrer dans le combat avec l'Autrichien, même lorsqu'il sera "dans la zone" comme il l'a été contre Wawrinka : cela remettrait Thiem sur les rails. 

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Le Français a montré qu'il était un joueur malin, au sens noble du terme, un peu comme l'était un Fabrice Santoro il y a quelques années. Il sait user de tous les coups du tennis pour "rentrer  dans la tête" de ses adversaires. "Il rentre dans la tête des adversaires qui au final font des erreurs qui, pour moi, ne sont pas gratuites. Ces erreurs sont provoquées" a estimé son entraîneur Marc Barbier après son match face à Wawrinka. Plus encore que face au Suisse, c'est cette capacité à faire déjouer ses adversaires qui devra être au cœur de la stratégie de Gaston. 

• De l'amorti, tu abuseras 

Dans le tennis moderne, c'est un coup qu'on a tendance à assimiler à un choix par défaut, un geste subi, par manque de solution. Mais sur ce Roland-Garros, on le voit très souvent. La terre battue humide rend les amortis particulièrement difficiles à aller chercher, les balles s'écrasant un peu plus lors du rebond. Novak Djokovic lui-même l'a dit : "l'amorti sera un coup décisif cette année". 

Or, sur cette première semaine il y a un roi incontestable de l'amorti. C'est Hugo Gaston. Que ce soit contre Yoshihito Nishioka ou Stan Wawrinka, le Français en a joué plusieurs dizaines. Ils étaient pour la plupart si bien touchés que, même si son adversaire avait fini par les anticiper, ils lui donnaient - souvent - l'avantage dans l'échange. 

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Contre  Dominic Thiem, ce sera un coup qui s'imposera d'autant plus que l'Autrichien est un joueur qui se tient particulièrement loin de sa ligne de fond de court. En retour de service, il se positionne à la hauteur des juges arbitres. Dans l'échange, il ne s'approche pas tant que ça. C'est normal : il est si puissant qu'il peut trouver de la longueur de n'importe quel coin du terrain. Et se mettre si loin lui laisse le temps d'armer ses frappes. 

Si Hugo Gaston parvient à les distiller aussi bien que lors des deux premiers tours, ce coup risque de faire mal à Thiem. Certes, il est aussi un défenseur hors-pair, et ses déplacements vers le filet sont aussi performants que ses mouvements latéraux. Mais même s'il les atteint, dans la mesure où sa prise de balle se fait sous le niveau du filet (donc à condition que les amorties soient très bien touchés), Hugo Gaston aura réussi à renverser le rapport de force dans l'échange. S'il suit bien ses amortis au filet, ou même avec un deuxième coup en demi-volée comme il l'a parfois fait contre Wawrinka, il aura l'avantage. Et avoir l'avantage contre Thiem, c'est déjà une bataille de gagnée. 

• Fort dans la tête, tu seras

L'une des principales barrières pour les joueurs "moyens" face aux membres du Top 10/5, est celle du mental. Car même si tennistiquement, ils parviennent à réaliser le match parfait, ou si leur adversaire n'est pas dans un bon jour, il faut pouvoir faire abstraction de ce que l'on réalise. Combien ont échoué à concrétiser un exploit bien lancé, ces dernières années face aux membres du "Big Three" ? Par peur de gagner, par résignation, ou tout simplement par manque de concentration ou de "grinta" lors des grands matchs. 

Face à Stan Wawrinka, Hugo Gaston n'est tombé dans aucun de ces pièges. Le match a été interrompu par la pluie alors qu'il menait dans le 3e set ; le scénario parfait pour faire dérailler un challenger en réussite et remettre en selle un favori en difficulté. Le tout, par le seul biais du mental. Sauf qu'Hugo Gaston n'a pas dévié de sa trajectoire. Mieux, il a semblé encore plus fort au retour des vestiaires. C'est sans doute ce qui a été le plus impressionnant chez ce joueur de 20 ans à peine arrivé sur le circuit Challenger. Totalement dans son match, imperméable à la pression et à l'ampleur de l'exploit. Il y avait même quelque chose d'un Lleyton Hewitt ou d'un Rafael Nadal, comme s'il se nourrissait de cette électricité, de cette attente, pour être encore plus fort. Il l'a lui-même dit : "mon joueur favori ? Peut-être Rafael Nadal. Parce que j'admire son état d'esprit sur le terrain. Et j'essaie de m'en inspirer à chaque fois".

Il faudra d'abord qu'il ait bien géré les deux jours qui ont séparé son match contre Wawrinka de ce huitième de finale. Seul Français à ce stade, il a été le centre de l'attention comme il ne l'avait jamais été. A-t-il réussi à rester dans sa bulle et à ne pas trop penser à l'éventualité d'une victoire ? Abordera-t-il le match avec le même état d'esprit décomplexé que face au Suisse ?

Si d'aventure il se retrouvait devant lors de ce match, la pression risque d'être encore largement supérieure à celle de son match face à Stan Wawrinka. La perspective de battre le numéro 3 mondial, l'un des favoris pour le titre, le dernier vainqueur de l'US Open, est autrement plus exceptionnelle que celle de battre un Wawrinka moins performant que lors de son sacre ici en 2015. Hugo Gaston devra, soit y être hermétique, soit s'en nourrir. Il a montré jusqu'ici qu'il en était capable.