Roland-Garros : Pourquoi Nadal va maintenant dépasser Federer dans la course aux Grands Chelems

Publié le , modifié le

Auteur·e : Julien Lamotte
Rafel Nadal
Rafel Nadal | MARTIN BUREAU / AFP

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Voilà, c'est fait. Avec sa 13e victoire à Roland-Garros ce dimanche face à Novak Djokovic (6-0, 6-2, 7-5), Rafael Nadal a rejoint Roger Federer tout en haut du Panthéon du tennis mondial avec 20 titres en Grand Chelem. Le record du Suisse, que l'on a longtemps pensé intouchable, ne tient plus qu'à un fil. À 34 ans, l'Espagnol a encore quelques belles années devant lui et un terrain de chasse, Roland-Garros, qui peut lui permettre de déposer son éternel rival.

"Soldats, du haut de ces pyramides, quarante grands chelems vous contemplent". Il ne s'agit pas de détourner la célèbre phrase de Napoléon Bonaparte, mais de rendre hommage au monument d'histoire du sport co-écrit par Roger Federer et Rafael Nadal. La rivalité entre le Suisse et l'Espagnol est certainement la plus prégnante de toutes, dans une discipline qui s'est pourtant nourrie des duels entre Borg et McEnroe, McEnroe et Lendl, Becker et Edberg ou Sampras et Agassi. Cet affrontement est tout simplement le plus épique de tous et il est presque logique, finalement, que les deux hommes se partagent la plus grosse part du gâteau.

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Mais on peut aussi paraphraser une autre citation, un peu moins prestigieuse que celle de Bonaparte, et dire, comme dans le film Highlander, qu'"il ne peut en rester qu'un". Entre deux immortels, il ne doit pas y avoir d'ex aequo. L'histoire même du sport ne pourrait se contenter d'un match nul, même s'il est cornélien de départager les deux hommes. 

Martina Navratilova avait réussi ce tour de force une fois en déclarant que "Roger Federer est le plus grand joueur de l'histoire mais Rafael Nadal est le meilleur des deux". Une formule géniale qui avait le mérite de contenter les fans des deux clans. À égalité 20 titres partout, la phrase tient toujours. Le premier qui décrochera le 21e sera désormais seul au monde car on a toujours dit, à tort ou à raison, que les Grands Chelems serviraient de juge de paix pour départager les prétendants au trône. 

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N'en déplaise à sa majesté Federer, il est tout indiqué qu'elle va bientôt devoir rendre son sceptre. Longtemps inaccessible, l'octuple vainqueur de Wimbledon a vu, au fil de ces dernières années, le Majorquin grignoter inexorablement son retard. Comme une souris qui aurait l'audace d'attaquer sournoisement son emmental suisse. À 39 ans, et dans l'expectative après son opération du genou droit, le roi Roger a-t-il encore les armes pour défendre sa citadelle ? 

Le temps, allié de Nadal

Cinq ans plus jeune, Nadal sait que le temps joue pour lui. Véritable phénomène physique, capable de faire évoluer son jeu en harmonie avec son corps, l'Espagnol a depuis longtemps tordu le cou à ceux qui estimaient que son style de tennis, extrêmement exigeant, allait le casser avant l'âge. Bien sûr, il y a quelques alertes, et parfois même des sérieuses, mais le taureau de Manacor rue toujours avec la même férocité et rien, dans son attitude, ne laisse transparaître le moindre signe de lassitude, le moindre déclin. 

Catalogué pur terrien à ses débuts, Nadal a prouvé depuis plus d'une décennie qu'il pouvait s'imposer sur toutes les surfaces, sur tous les Grands Chelems (une victoire en Australie, deux à Wimbledon et quatre à l'US Open). Si un succès à Londres paraît aujourd'hui assez hypothétique en raison du caractère si spécifique, et contraignant pour les "vieilles" articulations de Nadal, rien n'empêche de penser que ce dernier peut encore soulever quelques coupes à Melbourne ou New York.

En 2005, Rafael Nadal remporte son premier Grand Chelem, déjà à Roland-Garros
En 2005, Rafael Nadal remporte son premier Grand Chelem, déjà à Roland-Garros © JACQUES DEMARTHON / AFP

Roland-Garros, terrain de chasse au record

Et puis il y a évidemment ce facteur quasi intangible : Roland-Garros. Rafael Nadal y a remporté 100 matchs pour 2 défaites. Que dire de plus ? À part que jamais un joueur n'avait autant dominé un tournoi, toutes époques et toutes surfaces confondues, mais c'est d'une telle évidence. "Rafa" est en osmose totale avec la terre, son jeu et ce qu'il est viscéralement semblent avoir été créés pour cette surface. Il possède une telle maîtrise, une telle science du jeu sur l'ocre qu'il peut encore prétendre y régner quelques années. Deux ? Trois ? Peut-être cinq ? Une seule suffira à mettre Federer dans le rétroviseur. 

Tout ceci n'est bien sûr que projection et, dans cette équation à deux inconnues, il y en a une troisième, et non des moindres. Même s'il a perdu en finale ce dimanche, un certain Novak Djokovic reste plus que jamais dans la course. Le plus jeune des trois a pour lui d'être également le meilleur sur dur. Sachant que Melbourne et New York se déroulent sur cette surface, il pourrait, à terme, venir régler le débat. Un débat qui paraît sans fin tant ces trois-là ont dominé leur époque, mais qui se terminera bien un jour. Et ce jour-là, c'est peut-être Nadal qui contemplera le monde du haut de sa pyramide.