Le trou générationnel du tennis féminin français ? "Dur, mais une réalité" pour Justine Hénin

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
La faillite du tennis féminin français

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Aucune Française n'a atteint le 3e tour de Roland-Garros. Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, deux Bleues qui pouvaient viser une deuxième semaine, se sont effondrées au 2e tour. Alizé Cornet, Fiona Ferro, et Pauline Parmentier n'ont pas fait mieux. Sur les trois derniers Grands Chelems, aucune n'a dépassé le 3e tour. Pour notre consultante Justine Hénin, une remise en question est nécessaire.

Pas une seule Française au 3e tour de Roland-Garros, c'est une première depuis 1986. Le tennis français est-il en déclin ? 
Justine Hénin : Il ne faut pas faire de généralités. Le « tennis français » n’existe pas.  Ce sont des joueuses individuelles, qui ont leur propre histoire, leur personnalité. Je suis toujours prudente sur l’aspect général des choses.  Ce sont des joueuses qui sont en difficulté. En termes de potentiel de jeu, elles valent plus que leur classement actuel, ça c'est clair.  On se rend compte que le tennis français a du mal à avoir  de la masse en termes de joueuses dans le Top 100, depuis quelques années il doit y avoir 4,5 joueuses à chaque fois, si on enlève les wildcards, à intégrer le tableau principal.  Il faut retravailler sur les jeunes. C'est un travail qui est déjà fait par la Fédération, ce sera aussi leur challenge dans les prochaines années.  

"Caroline Garcia doit accepter que quelque chose ne va pas"

Concernant les cas précis de Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, qu'est-ce qui cloche selon vous ? 
J.H : Je suis une grande fan de Caroline Garcia. Mais quand elle dit "c’est un mauvais jour", on peut entendre ça, on a l'impression qu’il y a eu beaucoup de mauvais jours depuis un an. Elle doit accepter que quelque chose ne va pas. Dès qu'elle l'aura compris, elle va pouvoir reconstruire là-dessus. Parce que c’est une fille qui peut faire beaucoup, beaucoup mieux s’il y a un déclic qui se crée chez elle. Chez Kristina Mladenovic, on sent qu’il y a une dynamique positive depuis l'arrivée de Sasha Bajin, son noveau coach (l'ancien entraîneur de Naomi Osaka a rejoint l'équipe de Mladenovic en février dernier, ndlr). Ici elle est passée à côté, elle a craint son match contre Petra Martic, qui est une bonne terrienne. Mais la stabilité qu’elle retrouve dans son entourage sportif devrait payer. 

 

"Un trou générationnel? Le mot est dur, mais c'est une réalité"

En conférence de presse, un journaliste évoqué un "trou générationnel", ce qui avait particulièrement énervé Kristina Mladenovic. Elle avait évoqué leur réussite en Fed Cup notamment. Qu'en pensez-vous ?  
J.H :
C’est une réalité. L’argument de la Fed Cup ne fait pas tout, c’est une compétition importante, mais ça se joue en équipe. Là on parle du tennis individuel, des Grands Chelems , des grands tournois. Il faut admettre qu’il y a eu des vainqueurs de Grand Chelem dans la décennie précédente, Mauresmo, Pierce, Bartoli, et depuis force est de constater que c’est plus difficile pour cette génération-là. On verra pour la suivante je ne la connais pas encore. J’ai vu Diane Parry elle a un jeu et une personnalité intéressante. Mais bon…Le mot « trou » est dur, dévalorisant. Il faut garder beaucoup de respect et d’admiration pour ces filles qui sont quand même autour de la 20e place pour Caro, de la 50e pour Mladenovic, ça reste du très haut niveau et il ne faut pas l’oublier. Mais si on parle du Top 5 ou du Top 10 c’est sûr qu’il y a un manque. 

Au vu de leurs réactions en conférence de presse, y a-t-il un manque de remise en question chez Caroline Garcia et Kristina Mladenovic ?  
J.H :
Il y a chez elles un discours positif : il faut continuer à travailler pour progresser. C’est un bon discours, pour avoir une évolution de carrière. Après, quelque chose ne va pas quand le discours ne change pas après plusieurs revers. Après je ne suis pas dans le cercle intime, je n’ai pas toutes les informations, j’analyse à partir de ce qu’on lit dans la presse. Ces joueuses n’ont peut-être pas envie de dire tout ce qui se passe en elle. Il faut à la fois garder un cap, et être capable de changer les choses quand on est dans une spirale moyenne par rapport à son potentiel.