Roland-Garros : Simona Halep, Serena Williams, Victoria Azarenka... le baromètre des prétendantes

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Simona Halep à Rome

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Le tableau féminin s'annonce plus ouvert que jamais. La Roumaine Simona Halep s'avance en principale favorite après sa victoire facile à Rome. Mais Serena Williams, toujours à la recherche de son 24e titre en Grand Chelem, n'est jamais à sous-estimer, pas plus que Victoria Azarenka ou Karolina Pliskova. Voici le baromètre des prétendantes au titre.

Elles devraient se disputer le titre 

Simona Halep ♦♦♦♦♦

Pourquoi elle peut le faire : 

Il est bien difficile de trouver trace d'une quelconque forme de domination ces dernières années dans le tennis féminin. Il suffit qu'une championne naisse et semble prendre le pouvoir pour de bon, pour qu'une autre vienne lui chiper sa place. La valse n'en finit plus, que ce soit pour la place de numéro un mondiale, ou même pour le règne sur une surface. La seule continuité vient peut-être du niveau de Simona Halep sur ocre. La Roumaine est l'incontestable patronne sur terre, et elle le confirme saison après saison. Certes, elle n'a gagné à Roland-Garros qu'une fois. Mais elle est aussi deux fois finaliste (2017, 2014). Surtout, elle enchaîne les victoires de prestige sur ocre. Elle en est à neuf titres WTA sur cette surface depuis 2013, a remporté les deux tournois de terre battue auxquels elle a participé cette année avant Roland-Garros : Prague et Rome. En Italie, elle est apparue un cran au-dessus de la concurrence : elle n'y a perdu aucun set. Enfin, les absences de marque (la numéro un mondiale et tenante du titre Ashleigh Barty, Naomi Osaka) pourraient lui profiter. 

Pourquoi le titre peut lui échapper : 

L'homogénéité du circuit WTA fait que même les grandes favorites se font régulièrement surprendre en Grand Chelem. Même si elle avait fait un début d'année canon, qui aurait dit qu'Ashleigh Barty serait sacrée lors de l'édition précédente ? Et face à Marketa Vondrousova ? La jeunesse, c'est d'ailleurs ce qui avait perdu Halep en 2019 lorsqu'elle s'était fait éparpiller par la jeune Amanda Anisimova (6-2, 6-4). L'Américaine n'a jamais confirmé par la suite, pas plus que Vondrousova d'ailleurs, mais rien n'empêche les jeunes de se rebeller de nouveau un an plus tard. Halep a probablement le jeu de contreuse le plus abouti du circuit. Mais elle manque parfois d'armes face à la puissance des grandes joueuses modernes. Gare à la mauvaise surprise cette fois ! 

Son tirage : 

Bingo ! Le tirage réserve à chaque fois de savoureux clins d'oeil. Cette année, Halep a bien été servie : un 3e tour se profile face à Amanda Anisimova, son bourreau l'année passée. Si l'Américaine reste sur une saison plutôt moyenne, elle peut très bien profiter du théâtre de ses exploits passés pour retrouver cette dynamique qui lui fait défaut. En huitièmes, c'est Marketa Vondrousouva qui l'attend, avant un possible choc face à Maria Sakkari ou Kiki Bertens. Pas des cadeaux. 

Serena Williams ♦♦♦

Pourquoi elle peut le faire : 

Un peu à la manière d'une Maria Sharapova, Serena Williams a dompté la terre battue au fil de sa carrière pour en faire l'un de ses terrains de jeu favori. L'Américaine ne s'y sentait pas à l'aise à ses débuts : c'est peut-être désormais la surface où elle jouit des meilleures conditions pour faire parler sa puissance. Sur ocre, elle a le temps. A Roland, quand elle n'est pas diminuée physiquement, elle brille désormais comme ailleurs. Deux victoires et une finale depuis 2013 : c'est même le meilleur palmarès à Roland avec Halep. Et elle l'a montré à deux reprises la saison dernière : malgré son âge, elle est en mesure de se hisser en finale et de gagner un Grand Chelem. Il n'y a que la confiance qui lui manque. 

Pourquoi le titre peut lui échapper : 

La raison est la même qu'avant les trois autres Grands Chelems. L'Américaine n'a tout simplement plus soulevé de majeur depuis 2017. Depuis sa première victoire en 2002, c'est sa plus longue période de disette. Serena Williams y arrivera-t-elle de nouveau un jour ? En a-t-elle tout simplement besoin, elle qui, à 38 ans, a tout gagné ? Il semble que oui, tant elle s'y évertue, envers et contre tout, depuis deux ans. Mais en a-t-elle les moyens ? Son dernier US Open, et sa défaite en demi-finale face à Victoria Azarenka, laisse penser qu'elle s'en éloigne. En 2019, au moins avait-elle atteint les finales de Wimbledon et de l'US Open. Cette année risque d'être la première sans finale de majeur pour Serena depuis 2006. 

Son tirage :

Elle pourrait très vite retrouver son bourreau de l'US Open. Si tout se passe comme prévu, Serena Williams et Victoria Azarenka ferrailleront dès les huitièmes de finale. Les choses n'iront pas forcément mieux après, puisqu'Elina Svitolina, Anett Kontaveit ou encore Elise Mertens, trois joueuses en forme, pourraient croiser sa route en quarts. Inutile de dire que, pour s'extirper d'une telle partie de tableau, il faudra la meilleure version possible de Serena Williams. 

Elles pourraient avoir leur mot à dire

Karolina Pliskova ♦

Pourquoi elle peut le faire : 

Si Karolina Pliskova ne sort plus du Top 5 mondial depuis 2016, c'est bien que la Tchèque est devenue, au fil du temps, la caution régularité du tennis féminin. Pliskova rate rarement ses tournois, qui plus est ceux qui comptent. A Rome, le seul tournoi "Premier" avant Roland, elle a éparpillé ses adversaires jusqu'en finale, où elle a dû abandonner à cause d'un souci physique. "The Ace Queen" - surnom qui lui est donné car elle domine régulièrement le classement des joueuses qui frappent le plus d'aces sur le circuit - s'appuie sur son service de feu, ses coups à plat, et la terre battue lui laisse le temps suffisant pour préparer ses coups de boutoir. Si Pliskova va au bout, même si pas grand monde ne mise sur elle, ce sera tout sauf une surprise. 

Pourquoi elle n'est pas favorite : 

Son début de saison 2020 est peut-être le premier, depuis son arrivée dans le Top 5, où elle a fait preuve d'une certaine inconstance. 3e tour à l'Open d'Australie, 2e tour à Doha, 2e tour à Dubaï. On avait perdu la métronome Pliskova avant l'arrêt des compétitions en mars. A l'US Open, ça n'a guère été mieux, avec une défaite au 2e tour face à Caroline Garcia en deux sets. Est-ce la saison du déclin pour Pliskova ? Ou juste une mauvaise passe ? Roland-Garros n'a jamais été son Grand Chelem favori, loin de là. A part l'exception 2017, année où elle a atteint les demi-finales, Pliskova s'est toujours inclinée au 1er, 2e, ou 3e tour. 

Son tirage : 

Le sort a plutôt été clément avec Pliskova. Jelena Ostapenko, malgré un quart de finale à Strasbourg, n'a jamais retrouvé son niveau de 2017 (année de son sacre à Roland) : elle pourrait l'affronter au 2e tour. Il y aura ensuite Sloane Stephens, puis Petra Martic. La première n'est pas sur sa meilleure surface, la deuxième est une spécialiste mais pas très en forme. En quart, ce sera Kvitova, Kerber ou encore Keys : rien de très terrien non plus. Plus que jamais, si son corps la laisse tranquille, Pliskova peut tracer sa route. 

Garbine Muguruza 

Pourquoi elle peut le faire : 

On ne le dit sans doute pas assez, mais Garbine Muguruza est en train de retrouver son meilleur niveau depuis quelques mois. Elle a enregistré des victoires tonitruantes face à des cadors : en deux sets contre Svitolina, Bertens, et surtout Halep (pour l'un des plus beaux matchs de la saison) à l'Open d'Australie. Puis Azarenka, Konta et une belle finale (perdue) face à Halep. Ses quelques défaites-surprises l'ont été face à des révélations, des joueuses "dans la zone" : Tsvetana Pironkova à l'US Open au 2e tour, Jennifer Brady à Dubaï.  L'Espagnole est indéniablement de retour, et son expérience à Roland, Grand Chelem où elle est la plus régulière (une victoire, une demie, deux quarts), pourrait lui permettre de jouer sa carte.

Pourquoi elle n'est pas favorite : 

Muguruza, c'est aussi l'histoire de cette jeune joueuse qu'on a propulsé trop haut, trop vite. Elle n'a plus gagné en Grand Chelem depuis Wimbledon 2017, justement année où tout le monde la voyait reine. Depuis, elle a sombré au classement, et s'est faite le plus souvent éliminer avant la deuxième semaine en Grand Chelem. Jusqu'à l'Open d'Australie 2020, elle était redevenue une joueuse moyenne. Son incapacité à s'adapter au jeu de l'adversaire et à changer de plan en cours de match, est devenue une tare que toutes ses concurrentes ont appris à exploiter. Il faudra encore se réinventer pour Muguruza, si elle veut de nouveau soulever le trophée. 

Son tirage :

Le premier vrai danger pour Muguruza pourrait survenir au 3e tour, avec Jennifer Brady. L'Américaine, demi-finaliste à l'US Open, a de grandes chances d'être la révélation de l'année sur le circuit féminin. La grande inconnue est son niveau sur terre, puisqu'elle n'a pas joué un match sur ocre en 2020. Viendront ensuite deux jeunes joueuses en pleine bourre, Aryna Sabalenka ou Elena Rybakina. Pas insurmontable, mais pas un cadeau non plus. 

Victoria Azarenka ♦

Pourquoi elle peut le faire : 

La Bélarusse est sur un nuage depuis la fin du confinement. Peut-être encore mieux, mentalement en tout cas, que lorsqu'elle était au sommet du tennis mondial au début des années 2010. Après son improbable finale à l'US Open, elle a enchaîné avec une demi-finale à Rome, où elle a fait jeu égal avec Garbine Muguruza, avant de craquer à la fin du 3e set, un peu émoussée par l'enchaînement des matchs. Où est la limite de la nouvelle Azarenka ? Son épanouissement, sur et en dehors du terrain, pourrait la porter vers de nouveaux sommets. Par exemple vers un 3e titre du Grand Chelem, dès Roland-Garros, là où elle n'a jamais levé les bras ? 

Pourquoi elle n'est pas favorite : 

Azarenka manque cruellement de références sur terre battue. Si elle n'a jamais été ridicule Porte d'Auteuil (une demie, deux quarts), son profil penche tout de même sérieusement du côté du dur. Sur ses 21 titres WTA, 20 sont des tournois disputés sur ciment, un sur terre battue (Marbella, 2011). Il faut dire que son jeu, fait de prises de balle tôt et d'accélérations sèches, convient idéalement au dur. 

Son tirage : 

Terrible. Elle hérite d'un premier tour dangereux. Danka Kovinic a gagné cinq matchs à Rome, et battu deux joueuses du Top 40 en deux sets secs. Si elle passe cet obstacle, elle pourrait rencontrer Venus Williams au 2e tour, Yulia Putintseva en 3e, et Serena Williams en huitièmes. En un mot, son tableau est dantesque.