Lucie Safarova
Depuis le début de la quinzaine, personne n'a réussi à bousculer Lucie Safarova, qui intégrera le Top 10 mondial à la fin du tournoi | DOMINIQUE FAGET / AFP

Lucie Safarova, l’important c’est d’y croire

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Seule joueuse à ne pas avoir perdu le moindre set cette année à Roland-Garros, Lucie Safarova (28 ans) a bouleversé les pronostics de l’édition 2015 dans le tableau féminin. Ce samedi, la 13e joueuse mondiale jouera, face à la numéro un Serena Williams, sa toute première finale en Grand Chelem (à partir de 15h sur France 2 et francetvsport.fr). La Tchèque peut-elle créer la sensation ? Analyse avec Justine Henin.

"Je suis aux anges", admettait jeudi soir Lucie Safarova, avec le sourire de celle qui ne réalisait pas encore tout à fait ce qu’elle venait d’accomplir : valider son billet pour la finale de Roland-Garros. Après avoir éliminé Maria Sharapova en huitièmes. Puis Ana Ivanovic en demie. Le tout sans lâcher le moindre set depuis le début du tournoi. "Je suis si heureuse, heureuse comme jamais dans ma vie", continuait celle qui n’avait jamais franchi le stade des quarts de finale d’un grand tournoi avant l’été passé. 

A 19 ans, elle bat Mauresmo

"J’ai toujours pensé que c’était une fille capable de créer la surprise en Grand Chelem, voire de s’installer plus sérieusement parmi les meilleures, nous explique pourtant Justine Henin, quadruple vainqueur à Roland-Garros. Le potentiel est là depuis très longtemps". En effet : Safarova n’avait même pas vingt ans qu’elle battait déjà Amélie Mauresmo en huitièmes de finale de l’Open d’Australie 2007 (la Française était tenante du titre), puis Justine Henin à l’Open Gaz de France le mois suivant. La suite ? Une victoire à Forests Hills en 2008… puis aucun titre pendant plus de cinq ans. "Son inconstance et son incapacité à gérer ses émotions l’ont empêché d’être à son vrai niveau", estime l’ancienne numéro un mondiale belge.

L’intéressée, qui pendant cinq ans n’a cessé de quitter, puis de réintégrer, puis de requitter le Top 20 mondial, situe le déclic "il y a deux-trois ans". Soit l’époque où débarque son coach actuel, Rob Steckley. Un Canadien de 35 ans au look de surfeur, ancien gros potentiel en junior, décevant parmi les pros, qui aime montrer sa barbe en publiant des selfies après chaque victoire de sa protégée. "Elle le cite très souvent dans ses interviews, renchérit Justine Henin. Elle évoque souvent la joie qu’elle éprouve en jouant avec lui. Elle est plus détendue, plus souriante, plus mature". A 28 ans, Safarova intègre ainsi le rang des joueuses qui explosent sur le tard. "Depuis ma demi-finale à Wimbledon l'année dernière, je suis plus constante, confirme la Tchèque. Plus patiente aussi".

"Très nerveuse"

C’est cette patience qui lui a permis de renverser la situation en demi-finale, faisant complètement perdre pied à Ivanovic qui menait pourtant 5 jeux à 2 dans le premier set. En revanche, "elle s’est terriblement tendue au moment de conclure : face à Serena (Williams), elle ne pourra pas se permettre ce genre d’attitude", redoute Henin. Pour renverser l’Américaine ce samedi, Safarova "devra être bonne dans tous les secteurs", poursuit notre consultante, qui pense que l’outsider "a le jeu pour embêter la favorite". "Elle peut s’appuyer sur son service, son coup droit. Elle est capable de changer les trajectoires, de brouiller les cartes". Seulement, le bilan de la N°13 face à Williams est sans appel : huit duels, huit défaites. Sur terre battue, elle n’a même jamais pris le moindre set à la double lauréate Porte d’Auteuil (2002, 2013). "Elle va être très nerveuse, craint Henin. La grande question sera de savoir si elle se croira capable, en rentrant sur le court central, de gagner Roland-Garros".