Laurent Lokoli
Le jeune Laurent Lokoli | DR

Lokoli seul rescapé français

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Laurent Lokoli est le premier Français à se qualifier pour le tableau final de Roland-Garros, après son succès lors du 3e tour des qualifications contre Le Serbe Filip Krajinovic 7-5, 7-6 (7/4). Engagé pour la première fois dans un tournoi du Grand Chelem, à 19 ans, il réalise un coup de maître. Jonathan Eysseric n'a pas connu la même réussite, battu par Peter Polansky (N.27) 7-6, 6-1, ni Eric Prodon, battu sèchement par Andreas Haider-Maurer 6-0, 6-1. Samedi, Mathias Bourgue a lui aussi rendu les armes contre l'Italien Paolo Lorenzi 6-3, 6-7, 6-3.

Il y avait tout: du soleil, un bon adversaire, un suspense incroyable, des crampes au milieu du 2e set, des supporteurs avec le drapeau corse, un court N.7 rempli à ras-bord. Finalement, une victoire et une qualification pour le tableau final. Tous ces ingrédients ont fait exploser de joie Laurent Lokoli, qui a enlevé son t-shirt, l'a lancé dans le public. Heureux, et même plus que ça: "Je ne pensais vraiment pas m'en sortir de ce match", disait-il avec sincérité à la sortie du terrain. Il s'était fait breaker dans le premier comme dans le deuxième set, mais il a su à chaque fois revenir, avec son talent mais aussi son mental: "Je me suis souvenu de ces matches perdus où j'avais regretté de ne pas avoir pu donner encore plus. Je ne voulais pas retourner dans ma chambre avec ces regrets-là. Je voulais vraiment continuer mon aventure à Roland-Garros."

Il a le genou en sang, le visage fatigué mais aussi serein, après un dur combat: "C'était très dur. Le tennis est un sport très difficile, où on est seul face à ses responsabilités. Moi, j'ai du caractère, beaucoup de caractère. Ca vient de mes parents, qui m'ont toujours appris la culture de la gagne, mais aussi de la Corse, où on ne supporte pas de perdre." De cette victoire, il en retire le fait d'être "content du niveau de jeu que j'ai pratiqué. Avoir un Corse à Roland, c'est beau, mais dans le tableau final, c'est encore meilleur." 

Le bonheur absolu

Laurent Lokoli est Corse, il aime l'Ile de Beauté et il aime en parler: "Ca fait partie de moi" insiste-t-il. "C'est comme ma deuxième maman. J'ai dû partir de l'Ile à 11 ans et demi, mais tous les jours j'y pense." En revanche, il ne pensait pas se retrouver ici, en ce vendredi, avec sa qualification en poche: "Je prenais match après match. J'étais déjà super content de passer le 1er tour. Puis le 2e. Et maintenant le 3e. Quand tu t'entraînes à Roland-Garros, tous les jours tu jettes un coup d'oeil au Chatrier avec l'envie d'y jouer. C'est juste énorme. Le bonheur de pouvoir jouer un match en cinq sets gagnants, ce que je n'ai jamais fait de ma vie... On verra comment je vais gérer ça."

Pour l'instant, pour la première fois présent dans un tableau du Grand Chelem grâce à une invitation, Laurent Lokoli a bien géré. "Je suis allé chercher les victoires. J'ai attaqué, je me suis fait passer, mais j'ai continué car je savais que c'était le chemin à suivre. Mon jeu d'attaque se met en place petit à petit. Il n'y a pas longtemps, on n'aurait pas dit ça de moi car j'arrosais beaucoup. Mais j'ai réussi à me canaliser de plus en plus." Des regrets, il n'en a aucun après cette victoire contre le 158e mondial, lui qui est encore 423e à l'ATP. Ou peut-être un: son t-shirt enlevé après la balle de match: "Je ne pensais vraiment pas finir torse nu. Maintenant, je me demande si j'aurais dû", glisse-t-il dans un sourire un peu gêné. "Sur le moment, c'était juste une explosion de joie." Et comme après chacune de ses victoires ici, il a passé de longues minutes à signer des autographes, et échanger avec ses supporteurs... Bref, il a pleinement profité du moment. Et s'il franchit un tour dans le tableau final, personne ne peut prédire sa réaction...