Lionne, études, qualifiée… Aliona Bolsova, la plus grande des petites histoires de Roland-Garros 2019

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
L'Espagnole Aliona Bolsova après sa victoire au 2e tour de Roland-Garros contre Sorana Cirstea
L'Espagnole Aliona Bolsova après sa victoire au 2e tour de Roland-Garros contre Sorana Cirstea | MI NEWS / NURPHOTO

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Inconnue avant le tournoi, Aliona Bolsova est pourtant bien en huitièmes de finale de Roland-Garros. Lundi, l’Espagnole tentera de décrocher sa place parmi les huit meilleures de cette édition 2019. Une récompense formidable pour une joueuse qui revient de très loin et ne cesse de grimper.

Si vous n’avez jamais entendu parler d’Aliona Bolsova avant ce tournoi de Roland-Garros, rassurez-vous. Non, vous n’étiez pas passés à côté de la nouvelle coqueluche du circuit féminin. Dans un tournoi dames exsangue de ses têtes de série, l’Espagnole fait figure de grande révélation. La voilà en huitièmes de finale après un parcours admirable porte d’Auteuil. Sortie des qualifications, celle que ses proches surnomment "Ali", n’a pas encore perdu un set dans le grand tableau. Contre la jeune Américaine Amanda Anisimova, Bolsova peut signer la passe de quatre et définitivement crever l’écran. Un destin qui semblait pourtant loin de devenir le sien.

D’origine moldave puis naturalisée espagnole en 2013, la joueuse de 21 ans n’avait jamais participé à un tournoi du Grand Chelem avant sa venue sur Paris il y a maintenant deux semaines. 137e mondiale avant Roland-Garros, Bolsova est d’ores et déjà assurée de rentrer dans le Top 100 la semaine prochaine. Un an plus tôt, avant le début du tournoi parisien, elle pointait au… 310e rang. Ou comment 12 mois peuvent tout changer dans une carrière, a fortiori dans un tennis féminin en perpétuel mouvement.

Reconnaissable entre mille

Une grosse série sur des tournois ITF au cours de l’été 2018 (deux finales puis deux victoires entre mai et juillet) avait laissé entrevoir les progrès de la droitière. Si son retour avec l’équipe d’Espagne de Fed Cup sonnait comme une marche supplémentaire gravie, son séjour dans la capitale est un escalier grimpé quatre à quatre. Au deuxième tour, Bolsova a signé la plus grosse victoire de sa carrière contre Sorana Cirstea (84e mondiale). Dire que même à domicile, à Madrid, un mois plus tôt, elle avait dû en passer par les qualifications, sans parvenir à assurer sa présence dans le tableau final.

Sur le court, il est pourtant difficile de rater Bolsova entre son tatouage de lion imposant sur le bras – qui lui vaut d’être surnommé "La Lionne" - et son style aussi détonant que totalement revendiqué. Par son jeu aussi, elle ne laisse pas indifférent. Sa sérénité à toute épreuve lors de son début de parcours dans le tournoi en est presque désarmant pour une bizut à ce niveau. Une force qu’Aliona Bolsova Zadionov de son nom complet puise de son histoire, déjà particulièrement riche à 21 ans.

Aliona Bolsova et son impressionnant tatouage sur le bras gauche
Aliona Bolsova et son impressionnant tatouage sur le bras gauche © Martin BUREAU / AFP

Bolsova voulait tout arrêter

Des épreuves, Bolsova en a connues. Son lien avec le tennis jusqu’à ce huitième de finale lundi en est littéralement pavé. Celle qui avait détesté son premier contact avec la balle jaune s’était rabibochée avec elle en regardant à la télévision le sacre de Maria Sharapova à Wimbledon en 2004. Après avoir atteint la quatrième place en juniors, Bolsova est tout proche d’exploser en plein vol. Blessures, lassitude… Elle songe fortement à tout arrêter à 17 ans. Depuis toute petite, elle est poussée à se dépasser par d’anciens athlètes olympiques, son père étant un ancien champion de 400 mètres haies, sa mère en saut en hauteur et triple saut (elle détient d’ailleurs toujours les records de Moldavie des deux disciplines à ce jour). La pression devient terriblement harassante.

Dès que j’ai commencé à montrer du talent pour le tennis, mes parents m’ont envoyé sur plein de tournois, à jouer en juniors, sur des tournois ITF", a-t-elle raconté dans un article passionnant publié par la WTA il y a quelques jours. "Je l’ai fait pendant des années mais c’est surtout ce que mon père voulait que je fasse. Puis j’ai été blessé au pied en 2015 et j’ai dû être opérée. Pour moi, c’était terminé. Je ne voulais plus jouer au tennis. J’ai dit à mes parents que si je jouais un mois de plus, je ne referai plus jamais de ce sport."

Son salut passe par sa liberté. Elle part en 2016 de l’autre côté de l’Atlantique, à l’université concilier le sport et les études, elle qui est passionnée d’histoire ancienne. A Oklahoma State, sans sa famille derrière elle, elle s’éclate, et retrouve goût au tennis. De retour sur le circuit WTA, elle continue ses études en parallèle. Si sa présence à Paris lui a permis de fréquenter assidûment le Louvre, elle viendrait presque à en espérer ne pas aller trop loin dans le tournoi puisqu’elle doit rendre un devoir… le jour de la finale dames. "Il faudra que je plaide ma cause auprès de mon prof pour changer la date, je devrais être en train d’étudier en ce moment" s’amuse-t-elle dans des propos relayés par l’AFP.

Tout est bien qui finit bien alors pour Aliona ? Si seulement… Juste avant son dernier match en qualifications, le plus important de sa jeune carrière, la joueuse apprend le décès d’un de ses anciens coaches, Marcelo Wieliwis, emporté par un cancer. Son parcours à Roland aurait pu s’arrêter net, l’émotion prenant le dessus. Mais au lieu de s’écrouler, Bolsova se transcende et décroche son entrée chez les grandes. "Quand j’ai gagné ce match, j’étais tellement émue à penser à tout ce qu’il m’a appris et à espérer que de là où il était, il m’a regardé et qu’il était fier de moi", a-t-elle raconté à la WTA.  

Le beau parcours d’Aliona Bolsova ne demande désormais qu’à se prolonger encore un peu. Pour Wielwis, et pour l’histoire. Si elle se qualifie lundi, elle pourrait rentrer dans les annales de Roland-Garros et égaler le plus long parcours pour une joueuse issue des qualifications sur l’ocre parisien. L’Espagnole n’est pourtant pas du genre à célébrer, même quand chaque victoire est synonyme d’exploits, celle au troisième tour étant la dernière en date. Du champagne pour avoir éliminé la Russe Alexadrova ? "Non, je vais plutôt prendre de la valériane", une plante qui permet de lutter contre les insomnies.