Les 4 joueurs français qu'on attend le plus à Roland-Garros cette année

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Auteur·e : Emilien Diaz
Gael Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille et Jérémy Chardy
Gael Monfils, Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille et Jérémy Chardy | AFP

Quelles ambitions pour les Français à Roland-Garros cette année ? Dernier tricolore à avoir atteint les quarts de finale Porte d'Auteuil (2016), Richard Gasquet revient tout juste de blessure, et ne se fait guère d'illusions avant le tournoi qui débute ce dimanche. Mais d'autres Bleus pourraient avoir une carte jouer : en forme ces derniers mois, Gaël Monfils s'est montré à l'aise sur terre battue. Il sera très attendu à Paris, comme ses compatriotes Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille, et Jérémy Chardy, pour des raisons différentes. On vous explique lesquelles.

Gaël Monfils, le numéro 1

Pourquoi est-il attendu ?

Numéro 1 français au classement ATP (16e), Gaël Monfils a réalisé un début de saison extrêmement prometteur, avant d’être ralenti par une blessure à la cheville gauche. Vainqueur à Rotterdam en février, il a enchaîné avec une demi-finale à Dubaï - où il a fait jeu égal avec Stefanos Tsitsipas - avant de jeter l’éponge avant son duel face à Thiem à Indian Wells. Revenu sur les courts à Estoril, Monfils a alterné entre le très bon – comme lors de son huitième de finale à Madrid face à Roger Federer – et le très mauvais (sorti au premier tour du Masters 1000 de Rome par Albert Ramos). Un constat mitigé, qui ne doit néanmoins pas faire oublier que Gaël Monfils est le joueur français qui a affiché le niveau de jeu le plus intéressant sur terre battue cette saison. Il sera logiquement très attendu à Roland Garros, dont il a fait sa priorité en 2019.

Que peut-il espérer ?

" Nadal, Djokovic, Thiem … Si je veux gagner Roland, il faut en battre un, au moins. Il faut dire ce qui est, ce serait un miracle de gagner, mais les miracles, ça existe, ça s’est déjà vu dans le sport. Battre Rafa en finale de Roland, oui, c’est un miracle, mais j’y crois". À la veille de son retour au Portugal, Gaël Monfils n’a pas masqué ses ambitions en vue des Internationaux de France, où il a déjà atteint les demi-finales, en 2008. 16e à l’ATP, le Français bénéficiera d’un statut de tête de série, qui devrait lui laisser un tableau à sa portée jusqu’au troisième tour. Pour la suite, difficile de dire jusqu’où Monfils est capable d’aller. Très séduisant lors de certains matches et capables de coups de génie – comme ce passing retourné contre Marton Fucsovics à Madrid – le Parisien peut aussi passer complètement au travers, sans explication. S’il n’a plus atteint les quarts de finale à Roland depuis 2014, il semble plus que jamais capable de rivaliser avec les meilleurs joueurs sur terre battue. Si son physique le lui permet, tout reste jouable. Monfils peut mettre en difficulté n’importe quel joueur du top 10. De là à imaginer une potentielle finale, le Français en est encore très loin.    

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Jo-Wilfried Tsonga, le revenant

Pourquoi est-il attendu ?

Meilleur joueur français de la dernière décennie, Jo-Wilfried Tsonga sera bien évidemment attendu à Roland-Garros cette année. Le Manceau est chez lui Porte d’Auteuil et sait qu’il pourra compter sur le soutien du public, quel que soit son état de forme. Absent l’an dernier en raison d’une longue blessure, il signera un retour qu'il a longtemps espéré, au milieu d’une saison pour le moins agitée. Redescendu au-delà de la 100e place mondiale après 10 mois sans jouer, Tsonga a connu des hauts et des bas en 2019. Demi-finaliste à Brisbane en janvier, vainqueur à Montpellier quelques semaines plus tard, l’ex numéro 1 français pensait avoir définitivement chassé ses démons … avant que la douleur ne revienne le hanter. Contraint de mettre sa saison entre parenthèses pour soigner ses maux (le Français a avoué souffrir de drépanocytose), il est revenu sur terre battue à Marrakech en avril, se hissant miraculeusement en demi-finale. Eliminé aux premiers tours des Masters 1000 de Monte-Carlo et de Rome, il n’a plus vraiment de repères sur la surface, et peine à retrouver son jeu. Encore convalescent, il s’est toutefois promis de ne pas manquer Roland cette année. Et même si le Tsonga de 2019 n’a plus rien à voir avec celui de 2015 (1/2 finale), nul doute que le protégé de Sergi Bruguera sera très attendu.

Que peut-il espérer ?

Absent du circuit ATP pendant plusieurs mois en 2018 et en 2019, Jo-Wilfried Tsonga a logiquement dégringolé au classement ATP. 85e mondial à l’heure actuelle, le Manceau n’a guère d’autre choix que d’enchaîner les tournois pour remonter petit à petit, comme Andy Murray, Stan Wawrinka ou Juan Martin Del Potro ont pu le faire avant lui. Problème ? Si le physique ne suit pas, Tsonga ne pourra pas aller bien loin dans sa quête de rédemption. Le Français ne sera pas tête de série à Roland, et pourrait avoir du très lourd d’entrée de jeu. Sur le fond, ce n’est pas vraiment grave : absent l’an dernier, le demi-finaliste de l’édition 2015 n’a aucun point à défendre, et arrive donc Porte d’Auteuil sans pression. "Je n’ai à perdre. Ça va être l’une des premières années où personne n’attend grand-chose de moi. Je suis 85e mondial, et j’arrive sans pression. L’objectif est de prendre du plaisir mais je vais essayer de jouer le mieux possible" a reconnu le Manceau au micro de RMC Sport cette semaine. Bien conscient de son statut, Jo-Wilfried Tsonga ne se cache pas derrière des excuses. Voir le Français passer un ou deux tours cette année en affichant un niveau de jeu correct serait déjà une petite victoire, et un pas de plus dans sa progression.

Lucas Pouille, le paradoxal

Pourquoi est-il attendu ?

De la lumière au néant. Du rêve au cauchemar. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la première partie de saison de Lucas Pouille. Demi-finaliste héroïque à l’Open d’Australie en janvier après des victoires probantes face à Borna Coric et Milos Raonic, le protégé d’Amélie Mauresmo s’est complètement effondré après cette quinzaine en Grand Chelem, la plus belle de sa jeune carrière. Méconnaissable dès son retour sur les courts à Montpellier en février, le Français a dès lors été éliminé systématiquement lors de son entrée en lice des tournois auxquels il a participé, jusqu’au challenger de Bordeaux, qu’il a remporté il y a trois semaines. Indian Wells, Miami, Monte Carlo, Barcelone … autant de défaites au premier ou au deuxième tour qui ont entamé un peu plus le moral du 25e joueur mondial. Le natif de Grande-Synthe a longtemps semblé chercher la solution, sans jamais la trouver. L’on a bien cru qu’il avait retrouvé de sa superbe à Madrid, où sa victoire au premier tour face à Borna Coric laissait présager des lendemains plus prometteurs, mais des défaites face à Hurkacz au deuxième tour et Matteo Berrettini à Rome ont entaché un peu plus le bilan du Français. Seul tricolore demi-finaliste en Grand Chelem depuis 2016, il sera néanmoins attendu à Roland, sans véritables espoirs.

Que peut-il espérer ?

17e joueur mondial après sa demi-finale perdue face à Novak Djokovic à Melbourne, Lucas Pouille n’a pas perdu grand-chose au classement, malgré sa dynamique on ne peut plus négative. Aujourd’hui 25e à l’ATP, il bénéficiera tout de même d’un statut de tête de série intéressant à Roland-Garros, et devrait avoir un premier tour tout à fait abordable. S’il bénéficie d’un tirage au sort favorable et négocie bien ces premiers virages, le Français pourrait se frayer un chemin en deuxième semaine. Pouille a le potentiel pour rallier le troisième tour. Mais cela n’est envisageable qu’à la condition qu’il retrouve un niveau de jeu digne de ce nom, celui qui lui avait permis de battre Borna Coric à Madrid par exemple. Pas très à l’aise sur terre battue, le deuxième joueur français n’a toutefois jamais dépassé le troisième tour Porte d’Auteuil. Le voir faire aussi bien que l’an dernier (défaite face à Karen Khachanov au 3e tour) étant donné sa récente dégringolade serait donc déjà une réussite. Le voir passer en deuxième semaine serait un petit exploit.

Jérémy Chardy, l’infatigable 

Pourquoi est-il attendu ?

À 32 ans, Jérémy Chardy s’apprête à disputer son 13e Roland-Garros, avec comme meilleur résultat un huitième de finale en 2015 (éliminé par Andy Murray). Rarement cité parmi les joueurs français les plus attendus à Paris, le Palois est, qu’on le veuille ou non, un habitué de la Porte d’Auteuil. Son passif à Roland suffit à légitimer sa présence dans notre sélection, d’autant que le Français s’est récemment montré plutôt à son aise sur terre battue. Eliminé d’entrée à Houston et Monte-Carlo, Chardy a surpris son monde au Masters 1000 de Madrid, où il a battu Albert Ramos, avant de terrasser Diego Schwartzman (6-1, 6-2), récent demi-finaliste à Rome. "C’est le meilleur match de ma carrière sur terre battue" a d’ailleurs consenti de lui-même le Palois. Impuissant face à Rafael Nadal à Rome et sorti par Pierre-Hugues Herbert au premier tour à Lyon, il n’abordera pas la quinzaine à Roland dans une bonne dynamique. Il a cependant prouvé qu’il pouvait surprendre son monde sur un ou deux matches, et rien que pour cela, on demande à voir.

Que peut-il espérer ?

Clairement, pas grand-chose cette année. 40e au classement ATP, Jérémy Chardy ne sera pas vraiment protégé lors du tirage au sort, et pourrait hériter d’un premier ou d’un second tour compliqué. Toutefois, le Palois fait preuve d’une certaine constance à Paris, et déçoit rarement : il  a toujours passé le premier tour depuis 2011, et n’a pas à rougir de ses éliminations. Djokovic en 2014, Murray en 2015, Wawrinka en 2016, Nishikori en 2017 … Excepté son deuxième tour face à Pierre-Hugues Herbert l'an dernier, le joueur de 32 ans est toujours tombé contre plus fort que lui, et aurait pu se projeter un peu plus loin dans le tableau si son classement ne l’avait pas desservi. Il est clair que Jérémy Chardy n’est plus dans la fleur de l’âge ; ses meilleurs résultats en Grand Chelem sont derrière lui, mais il semble avoir encore les ressources physiques pour réaliser de grands matches. Le voir en deuxième semaine à Roland serait un véritable exploit, une première depuis 4 ans, mais le Palois dans ses meilleurs jours en est capable.