Tsonga Kiné 2012
Jo-Wilfried Tsonga soigné par un kiné durant Roland-Garros 2012. | MAXPPP

"Le kiné, c’est comme un mécano"

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Ils sont le plus souvent dans l’ombre, mais les kinés jouent un rôle primordial durant Roland-Garros. Ils sont 34 à se plier en quatre tout au long de la quinzaine pour se mettre au service des joueuses et joueurs, que ce soit sur ou en dehors des courts. Responsable de la cellule médicale, Christophe Ceccaldi nous décrit son fonctionnement et le rôle si particulier de ses ouailles pour le bon déroulement du tournoi.

"C’était trop douloureux pour moi aujourd’hui". La mort dans l’âme, Virgnie Razzano a dû jeter l’éponge mercredi. Sa déchirure abdominale a eu raison de sa détermination dans son deuxième tour face à Carlo Suarez Navarro (6-3, 1-0 au moment de son abandon). L’une des kinés de Roland-Garros l’avait pourtant manipulée sur le court en fin de première manche pour lui permettre d’aller au bout de son match devant le public du Philippe-Chatrier, à défaut de défendre ses chances à 100%. Mais le médical a touché ses limites devant un corps récalcitrant. Un échec qui ne doit pas masquer toutes les réussites de l’équipe de kinés et de podologues, à pied d’œuvre durant la quinzaine.

30 litres d'huile de massage utilisés durant le tournoi

Ils sont 34 à se mettre au service des joueuses et des joueurs, dans les coursives comme sur les courts. "Nous sommes à la disposition de tous, sans exception", nous confie Christophe Ceccaldi, responsable de la cellule médicale et employé à plein temps de la Fédération française de tennis. Premier arrivé, premier servi : en amont ou après les matches, les kinés sont sans cesse sollicités. "Le sportif professionnel, son job est d’être sur le terrain. Il compte sur nous pour être au top de ses possibilités une fois sur le court. Récupération, soins, on gère tout. Le kiné, c’est comme un mécano avec une voiture". Ce qui se traduit dans les chiffres, avec 2 000 actes pratiqués et plus de 30 litres de pommade ou d’huile de massage utilisés sur l’ensemble du tournoi.

Au service médical, les joueurs défilent à longueur de journées. Mais pas forcément les grands noms des circuits ATP ou WTA. La raison ? La plupart ont leur propre physiothérapeute, qui l'accompagne tout autour du monde. "Chez les trente premiers du classement, voire cinquante, tous les joueurs disposent d’une structure médicale pour les accompagner toute l’année", nous explique Ceccaldi. Ils bénéficient alors d’espaces réservés dans l’enceinte de Roland-Garros pour s’occuper de leurs poulains. Les autres ne peuvent pas tous se permettre un tel luxe. Mais certains contournent le problème, comme le souligne Ceccaldi. "Ils prennent un physio pour deux ou trois". Stars ou pas, ils peuvent néanmoins toujours toquer à la porte, ils seront pris en charge. "S’il y a un besoin, nous y répondons".

"Il y a forcément un rapport affectif qui s’installe"

Même chose durant les matches, où interviennent en priorité les kinés officiels de l’ATP et de la WTA. Autre ambiance, autre rythme : lorsque le joueur fait la demande d’une intervention à l’arbitre de chaise, elle est signalée à la cellule médicale. C’est le moment de rush, où il faut intervenir le plus rapidement possible sur le court. Flânez un peu dans les allées de Roland-Garros et vous croiserez forcément ces physios en pleine course, encombrés de leur sac en bandoulière. Trois minutes top chrono, voilà le temps alloué aux kinés sur le terrain pour répondre à une urgence.

Alors bien sûr, cela ne suffit pas toujours. Le corps humain est une mécanique très fragile et elle peut s’enrayer à tout moment. Quand un abandon suit une intervention, cela touche au cœur le kiné qui n’a pas réussi à inverser la tendance. "Il y a forcément un rapport affectif qui s’installe, reconnait Ceccaldi. Notre rôle est d’aider le joueur, même on sait pertinemment qu’on ne le fera pas gagner. On reste dans la limite de nos compétences. Les clés de la victoire appartiennent aux joueurs, pas à nous". Les kinés restent à leur place. Mais sans eux, le tournoi ressentirait un grand vide.

Geoffrey Steines