Le Court n°1 est accolé à la fameuse Place des Mousquetaires.
Le Court n°1 est accolé à la fameuse Place des Mousquetaires. | PHOTOS ET MONTAGE : GIL BAUDU

Le Court n°1, la troisième roue du carrosse

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REPORTAGE - A Roland-Garros, le Court n°1 vit dans l'ombre du Philippe-Chatrier et du Suzanne-Lenglen. C'est un peu vrai la première semaine. Ca l'est de plus en plus la deuxième, à mesure que les Internationaux de France avancent. Le n°1 n'est pourtant pas un terrain comme les autres. C'est une arène. Sa configuration le transcende, et donne souvent lieu à une atmosphère électrique. Dommage qu'il soit voué à disparaître.

L’accès se fait par la mythique Place des Mousquetaires. Le Court n°1 n’affiche que trente-cinq printemps. Mais le béton coulé en 1980 arbore fièrement son palmarès. Tous les vainqueurs de Roland-Garros y ont leur nom. Gravés en lettres de bronze. Ils encerclent la troisième enceinte des Internationaux de France.

Gravir les marches du Court n°1, c’est pénétrer dans une arène. Y vivre "une ambiance de Corrida", pour reprendre les mots de Jérémy, la trentaine, un Niçois installé aujourd’hui à Paris. Son acolyte, David, découvre l’ambiance feutrée du n°1. Il est immédiatement conquis par la configuration des lieux. "Je suis surpris d’être aussi proche du court. On va vraiment bien voir les joueurs."

Il est 9h30 en ce lundi 1er juin 2015. Le programme du jour réserve quelques "grosses affiches des huitièmes", s’enthousiasme Jérémy. Avant, il y verra la jeune Française Fiona Ferro survoler son 1er tour dans le tableau Juniors.

TWEET : Pendant le match de Fiona Ferro

Le duo verra ensuite à l’œuvre David Ferrer, le numéro 7 mondial.

TWEET : Pendant Ferrer-Cilic​

Puis Sara Errani, finaliste en 2012, composter aisément son billet pour un quart face à Serena Williams.

Mais si le Court n°1 a eu droit à ces deux têtes d’affiche, c’est parce que, la veille, la pluie avait joué les trouble-fêtes. Sans la météo dominicale, Ferrer et Errani auraient sans doute disputé leurs 8es sur le deux mastodontes de la Porte d’Auteuil : les courts Philippe-Chatrier et Suzanne-Lenglen, nettement plus accueillants.

LE CENTRAL EN BREF (14 911 spectateurs)

Fondé en 1928. Il a été rebaptisé en 2001. Depuis, il porte le nom de Philippe Chatrier, ancien joueur, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, président de la Fédération française de Tennis et de la Fédération internationale.

LE LENGLEN EN BREF (10 056 spectateurs)

Le court le plus récent. Il a été construit en 1994. A l’origine, il s’appelait Court A. Pour changer d'appellation en 1997, en hommage à Suzanne Lenglen, sextuple vainqueur de Roland-Garros en simple, deux fois en double et sept fois en double mixte.

Des miettes à partir des quarts

Le N.1, lui, a une capacité plus limitée : il ne reçoit "que" 3800 spectateurs. Il est en quelque sort le troisième enfant de la fratrie "RG". Pour tout dire, l’arène, comme on la surnomme, est même la troisième roue du carrosse. On exagère ? A peine. A partir des quarts, seuls le Chatrier et le Lenglen se partagent les matches qui comptent vraiment. Le N.1 doit se contenter des miettes. A savoir des doubles, des doubles mixtes et des juniors.

Certes, la première semaine, quelques têtes d’affiche s’y produisent. C’est là que Tomas Berdych, le 4e joueur mondial, est venu à bout de Benoît Paire, dans une atmosphère électrique.

VIDÉO : Paire boosté par le n°1​

C’est là, aussi, que Jérémy Chardy a envoyé promener David Goffin dans les bâches du fond de court.

VIDÉO : Le point époustouflant de Chardy

 

C’est là, enfin, que les frères Bryan se sont prosternés ce week-end, devant l’improbable réflexe du Polonais Lukasz Kubobt.

VIDÉO : Les frères Bryan se prosternent

Voilà pour ses faits d’armes de 2015. Il y en a eu d'autres. Tant d'autres. Historiquement, le Court n°1 a toujours été un manège à sensations fortes. Julien Benneteau ne disait pas le contraire, en 2012 : "C’est un court très sympa, avec une ambiance incroyable, confiait alors le Français à 20 Minutes. On se sent porté. Beaucoup plus que sur le Chatrier parce que le court est plus grand, avec plus de recul. Là, le public est très proche."

Bien avant de décrocher un Grand Chelem et de s’installer sur les hauteurs du classement ATP, Stanislas Wawrinka a, lui aussi, vécu cette ambiance détonante. Le Suisse, futur adversaire de Roger Federer, décrit "un terrain sympa, où le bruit est bizarre et différent". Aujourd’hui, Wawrinka a droit aux honneurs du Chatrier et du Lenglen. La rançon de la gloire.

Destruction en vue

Installé à la fraîche dans les gradins du N.1, Jérémy ne regrette pas de s’être "décentralisé". Pour l’ambiance, "plus folle". "Même si, souligne-t-il, un Monfils peut mettre le feu au Central". Ce choix est aussi très terre à terre : il a été dicté par… son porte-monnaie. "C’est nettement plus abordable sur le 1", insiste-t-il, en nous montrant son billet "acheté sur le Net la semaine dernière". Le prix ? 20 euros, "pour l’ensemble des Courts annexes". "Pour le Chatrier, il fallait compter au moins 110 euros".

Et les tarifs risquent de grimper encore lorsque le Central sera, enfin, doté d’un toit rétractable. Le projet d’extension de Roland-Garros prévoit aussi un nouveau court, de 4950 places, édifié dans la partie sud-est des Serres d’Auteuil. Le n°1 ? Il sera détruit. Pour agrandir la Place des Mousquetaires. En laissant derrière lui tout un pan d’histoire. En rangeant cette ambiance des grands soirs au placard.