Iga Swiatek : "Je rêvais de gagner un Grand Chelem mais ça me parait complètement fou"

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Auteur·e : France tv sport
Iga Swiatek
La rayonnante Iga Swiatek, vainqueure de Roland-Garros | CORINNE DUBREUIL / FFT / AFP

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Après avoir réalisé le plus grand exploit de sa jeune carrière, gagner Roland-Garros, Iga Swiatek est revenue en conférence de presse sur ses deux semaines de tournoi. La Polonaise de 19 ans évoque notamment la psychologie, qui joue un "rôle considérable dans ses performances", sa nouvelle renommée, qu'elle pense pouvoir gérer, et son futur challenge, "rester régulière".

Qu'est-ce que cela fait d’être la première lauréate polonaise d'un Grand Chelem ?
Iga Swiatek :
"Je suis fière de moi. J’ai fait un bon tournoi et je ne m'attendais pas à gagner le trophée. C'est une expérience qui va changer ma vie. C'est aussi un moment historique pour mon pays. (Agnieszka) Radwanska a joué à un niveau élevé dans le circuit WTA pendant plusieurs années (notamment finaliste de Wimbledon en 2012). Beaucoup vont peut-être nous comparer mais il faut que je joue de manière régulière pendant les deux années à venir pour que l’on puisse dire que je suis la meilleure joueuse de Pologne. J’ai encore beaucoup à faire pour la rattraper."

Comment vous allez vivre avec cette nouvelle gloire ?
I.S
: "Il est difficile de répondre à cette question tout de suite. Il faut que je rentre chez moi, que je vois ce qu'il se passe en Pologne. Je sais que ce sera un peu la folie. Il faut que je m'y habitue mais cela ne devrait pas être un problème pour moi parce que je n’en ai jamais eu quand les gens m'entouraient et me prêtaient beaucoup d'attention. Je crois que ce sera fantastique. J’apprécie le soutien que j'ai reçu depuis deux semaines, même si je ne pouvais pas répondre à tout le monde. Je sais que le pays était derrière moi, que tout le monde croyait en moi et qu'ils étaient tous heureux et fiers."

"Je crois que la clef, ça a été de ne pas avoir trop d’attentes"

Vous avez dit que vous étiez stressée aujourd'hui, mais on l’a à peine vu. Comment avez-vous caché ce stress et réussi à le surmonter ?
I.S :
"Je pense que quand vous jouez en finale de Grand Chelem, vous êtes forcément stressé. Vous avez vu que mon adversaire (Sofia Kenin) l’était aussi, on n'est pas des machines. On a pu combattre mais il est difficile de jouer son meilleur tennis, quand on est sous pression. J'ai essayé de faire comme au tour précédent, me concentrer sur la technique, la tactique, éliminer toute attente de ma part et jouer les points un par un sans me préoccuper de gagner ou de perdre. Comme je l'ai dit hier, je crois que la clé, cela a été de ne pas avoir trop d’attentes."

Est-ce qu'il y avait moins de pression parce qu'il y avait peu de public ?
I.S :
"Ce Grand Chelem a été une expérience spéciale, différente des autres, mais je ne sais pas comment j'aurais réagi si le court avait été plein de spectateurs. Si je joue en finale ou demi-finale d’un autre Grand Chelem, je le saurais. Je me suis habituée à jouer sans public. J'aurais aimé qu'il y ait plus de spectateurs parce que cela me fait monter l'adrénaline. Mais je n'ai jamais été dans une situation comme celle-ci. J'ai déjà joué l'US Swing sans public mais j'avais plus d’attentes parce qu'il manquait beaucoup de joueuses bien classées à cause du Covid. J'avais davantage d’espoir à ce moment-là."

"Dans mes performances, le rôle de la psychologie est considérable"

Le tennis est un sport extrêmement mental. Bianca Andreescu (lauréate de l’US Open 2019) a parlé de la méditation, de la visualisation. Pourriez-vous nous parler du rôle de la psychologie, sur et en dehors du court ?
I.S :
"J'utilise la visualisation et je médite notamment pendant les pauses de match. J’essaie aussi de méditer le soir, avant de dormir, mais je ne suis pas aussi régulière que je le voudrais. Parfois j'oublie de méditer ou de visualiser. Pendant les matchs, j’utilise ce que m’a enseigné ma psychologue (Daria Abramowicz). Il me reste encore des progrès à faire mais dans mes performances, le rôle de la psychologie est considérable. Ça me prépare mentalement, me permet de faire face au stress et à la pression. Je vois la différence quand je n'y arrive pas. C’est pourquoi je perds parfois au premier tour alors que je peux aussi gagner un tournoi. Il va falloir être plus régulière dans l'utilisation de mes compétences. C'est aussi fatigant du point de vue mental."

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Après votre qualification en finale, vous avez dit : "Cela m'est égal de gagner ou de perdre". Vous ne vouliez pas vraiment dire cela ?
I.S :
"C'était tellement incroyable pour moi d'avoir gagné contre (Simona) Halep (en 8e de finale) que je voyais déjà ce tournoi comme la réalisation d'une vie. Je n'avais pas d'attentes trop élevées, je ne voulais pas me stresser. Je me suis dit : « Ce n'est pas grave que je gagne ou perde ». Et finalement, j'ai juste profité. Ce n'est pas que cela m’était égal de perdre ou gagner, mais je ne voulais pas penser à cela constamment. Le fait de gagner est le résultat du travail que je fais constamment."

"Le plus gros challenge pour moi va être de rester régulière, c’est ce qui pose problème dans le tennis féminin"

Quand vous avez parlé sur le court, vous étiez très calme jusqu'à ce que vous parliez de votre père et êtes devenue très émotive. Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous est passé par la tête à ce moment ?
I.S :
"Je sais que mon discours n'était pas parfait. En fait, je ne savais pas quoi dire. C’était un peu un brouillon dans ma tête, tout se mélangeait. Cela aurait été plus facile de parler de mon père en Polonais pour moi. Il nous a tellement aidé, ma sœur et moi, pour faire ce que nous aimons. C'est difficile de décrire ce que je ressens, il nous a tout donné. Je ressens simplement de la gratitude pour le soutien qu'il m'a apporté."

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À votre avis, que pouvez-vous faire pour progresser et dans quels domaines ?
IS :
"Je n'ai que 19 ans, je sais que mon jeu n'est pas totalement abouti. Le plus gros challenge pour moi va être de rester régulière. C'est ce qui pose problème dans le tennis féminin et c'est pour cela qu'il y a tellement de nouvelles gagnantes de Grand Chelem. Nous ne sommes pas aussi régulières que peuvent l'être Rafa et Novak. C'est pour ça que mon objectif sera de rester régulière et ce sera difficile d'y arriver. Pour l'instant, je veux profiter de l'instant. Je penserai plus tard à mes objectifs futurs."

"Je rêvais de gagner un Grand Chelem mais maintenant que c’est fait, ça me parait complètement fou"

Vous faites partie de la nouvelle vague des jeunes championnes de Grand Chelem. À votre avis, dans quelle mesure cela vous a impactée de voir certaines des plus jeunes gagner récemment alors qu'elles n'étaient pas favorites ? 
I.S :
"Cela m’a beaucoup inspirée. Je sais qu’il n’y a pas de limite. On peut être jeune et ne pas être favorite, mais on peut quand même réussir dans le tennis. Parfois j'imaginais que j'allais gagner un Grand Chelem. J’en rêvais mais cela me paraissait très lointain. Maintenant que j’en ai remporté un, cela me paraît complètement fou. On croit à quelque chose mais on sait que cela va demander un travail considérable pour parvenir à cette victoire rêvée. Quand au bout de deux semaines de bon jeu vous y arrivez, c'est quelque chose qui vous submerge. Il va me falloir du temps avant de pouvoir commenter tout cela afin de prendre un peu de recul."

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