Jérémy Chardy
Jérémy Chardy après sa victoire contre David Goffin au troisième tour de Roland-Garros 2015. | KENZO TRIBOUILLARD / AFP

En sept ans, Chardy est passé par tous les états

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Sept ans après son seul huitième de finale à Roland-Garros, Jérémy Chardy retrouvera ce niveau de la compétition lundi contre Andy Murray. Entretemps, le Palois a tout connu. Entre dégringolade au classement, rupture douloureuse avec son premier entraîneur et come-back au premier plan, l’actuel 45e joueur mondial a tout vécu, jusqu’à renouer avec son meilleur niveau depuis le début de la quinzaine.

L’émotion était palpable. La démonstration de Chardy face à David Goffin (6-3, 6-4, 6-2) au troisième tour lui a ouvert les portes des huitièmes de finale. Un immense soulagement pour celui qui attendait ça depuis 2008, mais qui refuse les comparaisons avec son parcours de l’époque. "C'était totalement différent, expliquait le principal intéressé après sa victoire samedi. J'étais sur mon petit nuage, tout me réussissait." Alors 145e au classement ATP et doté d’une wild-card pour entrer directement dans le tableau, Chardy s’était révélé au grand public. Il y avait notamment battu David Nalbandian (3-6, 4-6, 6-2, 6-1, 6-2), sa première victoire en carrière contre un Top 10, avant de tomber avec les honneurs contre Nicolas Almagro (7-6, 7-6, 7-5). Il avait poussé le Murcien dans ses derniers retranchements, obtenant des balles de set dans chaque manche.

VIDEO : Sa fin de match contre Goffin

Cette performance lui avait immédiatement collé dans le dos l’étiquette de nouveau grand espoir du tennis français. Un statut qu’il a assumé l’année suivante, gagnant son seul titre en simples sur le circuit ATP, à Stuttgart, disputant la finale à Johannesburg et grimpant à la 31e place au classement mondial. Chardy semblait alors sur la trajectoire idéale pour intégrer rapidement le Top 20 et devenir le cinquième Mousquetaire tricolore. Ça, c’était avant la rupture avec Frédéric Fontang, le coach de ses débuts qu’il considérait comme son "deuxième père". L’affaire s’est terminée au tribunal, pour une histoire de contrat non respecté, et a broyé psychologiquement le compagnon d’Alizé Lim. A fleur de peau, avec toujours le besoin d’être entouré et de se sentir aimé, Chardy a entamé une longue traversée du désert, qui l'a fait dégringoler jusqu'au 133e rang planétaire.

"J'ai vraiment une chance de pouvoir battre Murray"

D’octobre 2010 à mars 2011, il n’a pas gagné un seul match. Il a finalement retrouvé la lumière dans un hangar de Vienne, où l’équipe de France de Coupe Davis devait face à une cascade de défections pour affronter l’Autriche. Le Pyrénéen y avait conquis deux victoires en simple, dont une contre Juergen Melzer, 10e à l’ATP à l’époque. Le début d’une lente reconstruction, entamée quelques semaines plus tôt aux côtés de Patrick Mouratoglou, dont il a rejoint l’académie au plus fort de sa dépression, qui l’a fait tomber au 133e rang planétaire en octobre 2011. Tout n’est pas rose depuis, mais Chardy a renoué le fil de sa carrière. A 28 ans, il était temps. "Je me sens vraiment bien, cela m’aide vachement d’avoir confiance en mon équipe, d'être bien entouré."

Entraîné depuis dix-huit mois par Magnus Tideman, le pensionnaire du club de Sarcelles s’est stabilisé dans le Top 50 depuis trois ans. Il a même disputé un quart de finale à l’Open d’Australie en 2013, qui lui a permis d’atteindre le meilleur classement de sa carrière (25e). Surtout, il étoffe sa palette technique d’année en année, pour devenir le joueur complet qui trace sa route à Roland-Garros cette année. "J'ai amélioré beaucoup de compartiments de mon jeu, je suis plus solide qu'avant", se félicite Chardy. Ce dernier aborde désormais avec appétit son duel avec Murray pour une place en quarts de finale. Il est armé de la conviction qu’un gros coup est possible devant le numéro 3 mondial. "Si je continue ainsi, je crois que j'ai vraiment une chance de pouvoir le battre". Il ne l’a fait qu’une fois en sept confrontations avec le Britannique, à Cincinnati en 2012. Rééditer l’exploit à Roland-Garros serait une perf' d'un tout autre niveau. A la hauteur de son come-back après avoir touché le fond.

Geoffrey Steines