Novak Djokovic (Roland-Garros 2015)
Novak Djokovic | MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY

Djokovic, le tennisman pongiste

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La démonstration de Novak Djokovic en quart de finale face à Rafael Nadal a confirmé que le jeu développé par le Serbe représentait bel et bien l'avenir du tennis. A sa manière, qui s'apparente à celle d'un joueur de tennis de table, le n°1 mondial a "démodé" l'Espagnol. Retour sur une révolution en marche.

"Nadal connaît parfaitement l'histoire de son sport, il saura s'adapter pour revenir encore plus fort", déclarait Novak Djokovic après son implacable démonstration face au nonuple vainqueur de Roland Garros. Trop modeste, le Serbe se gardera bien d'ajouter qu'il faudrait que son rival s'inspire de son jeu pour y parvenir mais la vérité est peut-être là. Aujourd'hui pour battre ce Djokovic, il ne faut plus reculer comme Nadal l'a trop souvent fait mercredi. Une statistique est à ce titre révélatrice : le Majorquin a parcouru 400 mètres de plus que son adversaire lors de leur quart de finale. C'est tout simplement énorme. Visuellement, l'impression était la même : la moitié du court paraissait deux fois plus grande dans le camp espagnol. A contrario, de l'autre côté du filet, Novak Djokovic donnait la sensation de jouer en marchant ou presque, distribuant le jeu selon son bon-vouloir. Là réside le secret du Serbe. "Je ne lui ai pas laissé beaucoup d'espace pour qu'il prenne l'ascendant sur les échanges du fond de court. Je voulais prendre l'avantage dès les premiers coups de raquette", résumait le vainqueur du jour. 

La réaction de Djokovic après sa victoire en vidéo : 

Certes, on n'a pas découvert le jeu du n°1 mondial sur le Court Philippe Chatrier mercredi. Mais ce dernier a atteint une telle forme de plénitude, de perfection, qu'il représente désormais une référence absolue. Un entraîneur de jeunes qui a assisté à cette démonstration totale ne peut qu'encourager ses élèves à copier ce modèle. Un modèle que l'on compare souvent à un jeu de tennis de table où celui qui domine l'échange est "debout sur la table" alors que son adversaire est repoussé dans les bâches. C'est exactement ce qui s'est passé face à Nadal. Pendant longtemps ce dernier a représenté l'archétype de joueur de terre battue avec un coup fort (le coup droit) combiné à un lift ravageur qui cuit l'autre à l'étouffée. Djokovic a littéralement fait exploser ce schéma. Comment ? En collant à sa ligne de fond de court. Jamais le Serbe ne recule. Jamais. 

La souplesse plutôt que la force

"Il impose constamment son rythme", observe Justine Hénin qui loue également la palette de ses coups. "Il sait varier les hauteurs de balle, les angles, il peut aussi distiller des amorties pour dérégler son adversaire". La consultante de Francetv est surtout bluffée par la facilité dégagée par le Serbe. "On a la sensation qu'il n'est pas particulièrement puissant même si sa balle va extrêmement vite. C'est plutôt sa légèreté, sa fluidité qui impressionnent". En d'autres termes, là où Nadal force, bande les muscles, ahane, "Djoko" fait parler sa souplesse. 

Un exemple de la supériorité technique de Djokovic en vidéo : 

La recette a fait ses preuves mais quels sont les ingrédients pour parvenir à la reproduire ? Le Japonais Kei Nishikori, par sa faculté à prendre la balle très tôt, est sans doute celui qui se rapproche plus du Serbe dans le jeu. Mais "Nole", aussi épuré soit son tennis, reste pourtant inimitable pour l'instant. Pour atteindre ce niveau, il faut un alignement d'étoiles rarissime. D'abord un physique qui se prête à ce genre d'exercice. "Novak est un véritable athlète, il a un corps taillé pour le tennis. Ni trop puissant, ni pas assez", note la quadruple vainqueur de Roland Garros.

Un nouveau pionnier 

Ensuite, l'ex numéro 1 mondiale souligne que ce corps ne serait rien sans un coup d'oeil exceptionnel. "Il me rappelle Martina Hingis qui, comme lui, parvenait toujours à anticiper les trajectoires adverses, à couper les angles". Et comme le Serbe possède un mental et une hygiène de vie proportionnels à ces qualités naturelles, il apparaît comme l'archétype du joueur parfait ou presque. Même si, comme conclut Justine Hénin, "ce n'est pas toujours très spectaculaire à voir", le fait est que Djokovic a entraîné le tennis dans une autre dimension. S'il ne possède pas le classicisme ou l'aura des grands attaquants (McEnroe, Edberg, Sampras, Federer), le Belgradois est parvenu à repousser les frontières du jeu de fond de court. Comme Borg l'avait fait avant lui en étant le premier à utiliser le lift à outrance, comme Connors et ses prises de balle précoces, comme Agassi avec sa faculté à jouer toujours en avançant, comme Nadal érigeant la puissance en valeur étalon. Désormais, il faudra se mesurer au "tennis ping pong" de Novak Djokovic. 

Julien Lamotte