Ça s'est passé le 7 juin 1981 : Björn Borg remporte son 6e Roland-Garros, son dernier tournoi du Grand Chelem

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Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
Björn Borg, vainqueur en 1981 de son 6e Roland-Garros aux dépens d'Ivan Lendl en finale
Björn Borg, vainqueur en 1981 de son 6e Roland-Garros aux dépens d'Ivan Lendl en finale | AFP - PATRICK DE NOIRMONT

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Plus jeune vainqueur d'un tournoi du Grand Chelem ici-même en 1974 à l'âge de 18 ans, Björn Borg remporte, ce 7 juin 1981, son 6e et dernier trophée à Roland-Garros. En finale, il bat Ivan Lendl en cinq sets. Ce que personne ne sait alors, c'est que c'est ici, à Paris, qu'il décide de raccrocher sa raquette à l'issue de la saison. Ce sacre sera son dernier dans un tournoi du Grand Chelem.

Il avait tout pour lui cette année là. En 1981, Björn Borg arrive à Paris en maître des lieux. Vainqueur à cinq reprises de Roland-Garros (1974-1975-1978-1979-1980), celui qui est alors détenteur du record de précocité dans un tournoi du Grand Chelem arrive chez lui. Les organisateurs, pour la première et seule fois de l'histoire, acceptent une affiche du tournoi particulièrement personnalisée : cheveux longs cernés par un bandeau tricolore, la silhouette ne fait pas de doute. Réalisée par l'Espagnol Eduardo Arroyo, elle plante le décor de la quinzaine parisienne. Björn Borg est à l'affiche, et le Suédois va se montrer à la hauteur de l'événement. Avant de décliner.

Son entrée en matière est habituelle : l'Espagnol Lopez-Maseo expédié 6-2, 6-2, 6-2, le Brésilien Motta 6-1, 7-5, 6-0, le Français Torre 6-2, 6-1, 6-2. La deuxième semaine et l'avancée dans le tableau ne le font pas faiblir : le pauvre Terry Moor, expédié 6-0, 6-0, 6-1 en huitièmes de finale, le Hongrois Tarocsy en à peine moins de temps, 6-3, 6-3, 6-2. En demi-finale, Victor Pecci, accrocheur en diable et finaliste de l'édition 1979 (contre Borg), subit un sort à peine moins brutal (6-4, 6-4, 7-5).

La plus belle de ses finales à Paris

La finale arrive. face à lui, Ivan Lendl. Tombeur de John McEnroe en quarts de finale (6-4, 6-4, 7-5) puis de José-Luis Clerc au cours d'un duel mémorable (3-6, 6-4, 4-6, 7-6, 6-2), le Tchécoslovaque incarne la nouvelle vague. Visage taillé à la serpe, il est à l'opposé de "IceBorg". La première manche ne laisse pas de doute sur la finalité : 6-1 pour le Suédois. Pourtant, son adversaire met son jeu en place, sa puissance en coup droit commence à fournir son quota de points. Il mène 3-0 dans le 2e set. Mais Borg revient à (3-3), avant de céder 6-4. La machine suédoise se remet en route (6-2). Mais Lendl revient (6-3). A 21 ans, après une demi-finale épuisante et quatre premiers sets éprouvants, le Tchècoslovaque finit par craquer face à la solidité et l'expérience de son adversaire.

Le Suédois Björn Borg et son revers à deux mains à Roland-Garros en 1981
Le Suédois Björn Borg et son revers à deux mains à Roland-Garros en 1981 © AFP - STF, GABRIEL DUVAL

Mené 4-0, Lendl s'incline finalement 6-1 dans le dernier set. C'est la deuxième finale disputée en cinq sets par Borg à Paris, 7 ans après sa première victoire. Au lendemain de son 26e anniversaire (il est né le 6 juin 1956), il fête donc son 6e Roland-Garros, son 4e de suite, son 11e tournoi du Grand Chelem (5 Wimbledon). Il n'y en aura pas d'autres. 

Car malgré son jeune âge, il a déjà décidé d'arrêter sa carrière. Quelques jours avant le début du tournoi parisien, il a pris la décision : "Pour moi, le tennis a toujours rimé avec le mot plaisir", confie-t-il plus tard à Paris-Match. "Mais, depuis quelque temps, je n’éprouve plus de bonheur à jouer. Cette jubilation du jeu est en train de disparaître. Une sensation d’autant plus désagréable que je suis un 'compétiteur' : j’adore gagner comme je déteste perdre. Chaque match représente pour moi un défi que je veux relever. Désormais, cela m’importe peu. J’ai 25 ans et je n’ai plus le cœur à continuer."

"J'avais été N.1, devenir N.2 ne m'intéressait pas"

Lors d'un dîner à Paris, à quelques jours du début de Roland-Garros, avec ses parents et son entraîneur, il se confie : "Au milieu d’une discussion, je me lance : je leur annonce ma décision d’arrêter ma carrière à la fin de l’année car je n’ai plus la motivation. La nouvelle choque mes parents qui ne s’y attendaient pas. (...) Sans doute le plus surpris, mon coach prend les choses au sérieux : 'Es-tu sûr de toi ? Peut-être que dans trois ou quatre mois tu retrouveras l’envie, le désir...' J’entends leur réaction, mais dans ma tête je suis convaincu que c’est le moment d’arrêter."

C'est donc avec cet état d'esprit qu'il a conquis son 6e Roland-Garros. La suite de la saison ne fera que le conforter dans son choix : il s'incline en finale à Wimbledon, ce qui aurait été son 6e sacre là-bas, puis à l'US Open, pour sa 4e finale perdue à Flushing, un tournoi qu'il ne remportera jamais, les deux fois contre John McEnroe. "Après la victoire de John McEnroe, j'ai directement filé à la maison que je possédais alors à Long Island. J'ai sauté dans la piscine comme un vacancier", racontera-t-il plus tard. "Là, en me prélassant, j'ai réalisé que la motivation n'était plus là. J'avais été N.1, devenir N.2 ne m'intéressait pas." Les trois saisons suivantes, il ne prendra part qu'à un seul tournoi avant de s'arrêter jusqu'en 1991, date d'une tentative de come-back avortée. 

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