Valentin et Renaud Lavillenie
Valentin et Renaud Lavillenie | AFP - FRANCK FIFE

Renaud sous l'oeil de Valentin

Publié le , modifié le

Le ballet des frères Lavillenie autour de la zone de concours constituait à lui seul une véritable attraction depuis les tribunes du stade Loujniki. Si les deux frères n'ont pas connu la même issue, ils ont partagé les mêmes émotions, chacun à sa place, au fil des barres effacées: complètement dans son match pour Renaud, attentif et tendu pour Valentin. Chacun à sa place mais pourtant ensemble.

Valentin passe à côté

Car le plus jeune de la fratrie n'a pas eu l'honneur de connaître la montée d'adrénaline concomitante à la montée des barres. Il a rapidement quitté le concours, dès la première marque à 5,50 m. On l'a vu, lors de son dernier saut, s'invectiver en fixant la barre dans sa pleine concentration. Mais cela n'a pas suffi. Lorsque la barre est retombée en même temps que lui, et qu'il a compris que son concours s'arrêtait prématurément, Valentin affichait toute la déception du monde.

Il a fait preuve d'un mouvement d'humeur, bien compréhensible après une telle déception, avant de se recroqueviller, prostré, après avoir reposé sa perche. Renaud s'est alors approché, et lui a tapé dans le dos, en lui glissant un mot à l'oreille. Valentin est ensuite allé voir son entraîneur en quittant la zone, avant d'y revenir pour se changer, et venir s'asseoir  dans l'abri des sauteurs, tout près de la piste d'élan. Renaud s'installa près de lui. Les deux frères restèrent ainsi côte à côte durant tout le concours.

Valentin s'acquit alors du rôle d'observateur et de supporteur, souvent inquiet, notamment lorsque Renaud échoua d'abord à 5,65 puis dans son premier saut à 5,82. Puis plus tard à 5,89 m. Mais assis à côté de son frère, mesurant son agacement  face à un concours compliqué. Mais sans interférer sur son concours. Renaud s'asseyait, se relevait parfois pour faire tourner les jambes, puis revenait s'asseoir. Les deux frères restaient sans rien dire ou échangeaient parfois de manière sibylline. De quoi parlaient-ils ? Nul ne le sait. Même lorsque le grand écran du stade s'attarda sur le duo Lavillenie en train de "deviser", le champion olympique esquissa un sourire. Renaud sautait, et Valentin le suivait du regard. Sans n'être jamais loin.   

Renaud, tendu, rassuré, déçu

Et lorsque, au bord de la rupture lors de son dernier saut à 5,89, où Renaud pouvait tout perdre mais parvenait à rester en vie grâce à un saut magistral, assurant déjà au moins une place sur le podium, on vit Valentin, debout, souffler avec lui sa rage. Rassuré. Puis de nouveau tendu jusqu'au bout. Jusqu'à ce dernier échec à 5m96 au terme d'une soirée où le champion olympique n'a jamais pu trouver ses bons réglages. Les deux se retrouvaient pour quitter la zone en lui tournant le dos, l''un à côté de l'autre, sur ce soir sans étoile où l'argent était triste.

Vidéo: la dernière barre manquée de Renaud 

 

Vidéo: l'échec de Valentin en finale 

 

Christian Grégoire