Renaud Lavillenie
Renaud Lavillenie | ADRIAN DENNIS / AFP

Renaud Lavillenie au pied de son Everest

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A Moscou, le perchiste Renaud Lavillenie part en quête du dernier titre qui se refuse à lui. Médaillé de bronze à Berlin puis à Daegu, le Français de 26 ans a l’occasion de compléter son palmarès hors-norme, issu d’une domination sans partage sur la discipline depuis deux ans.

A Moscou, Renaud Lavillenie est en mission. Le perchiste français de 26 ans part chercher en Russie un titre de champion du monde en plein air, le dernier qui manque à son palmarès exceptionnel. Médaillé de bronze à Berlin puis à Daegu, le Charentais d’origine fait figure de grandissime favori d’une discipline qu’il domine sans partage depuis deux ans. Battu par le Polonais Wojciechowski et le Cubain Borges en Corée du Sud, le septuple champion de France a continué de progresser pour être aujourd'hui une référence mondiale. Incontestable sur le continent européen entre 2009 et 2011, avec deux titres de champion d’Europe en salle et un en plein air, Lavillenie a peu à peu étendu son royaume.

Daegu, début d'une domination sans partage

"Je ne me fixe aucune limite quant à passer telle ou telle barre. Mon moteur est uniquement de me faire plaisir, de sauter pour le plaisir. Alors, seulement, la performance suivra", confie le protégé de Philippe d’Encausse. Une recette gagnante pour le licencié du Clermont athlétisme Auvergne. Passé la déception asiatique, il a tout raflé : deux victoires en Diamond League, un titre de champion d’Europe en salle et en plein air, l’or aux Championnat du monde en salle et surtout un sacre olympique l’été dernier à Londres.

Une outrageuse domination dont il veut éviter qu’elle se transforme en suffisance. "Chaque concours est un nouveau départ, pour un nouveau scénario. A Moscou, dès les qualifications, tous les compteurs seront remis à zéro", rappelle celui qui fait partie des six seuls perchistes de l’histoire à avoir franchi 6 mètres en salle et en plein air. Sur le sautoir du stade Loujniki, Lavillenie sera l’homme à abattre. Mais aucun de ses adversaires ne semble armé pour commettre le crime de lèse-majesté. Meilleur performeur mondial de l’année avec un bond à 6, 02 mètres réalisé à Londres fin juillet, quand son dauphin Raphael Holzdeppe plafonne à 5,91 mètres, le détenteur du record olympique (5,97 mètres) a de la marge. Dans la capitale anglaise, il a même amélioré son record personnel, quelques jours après avoir déclaré son intention de franchir une barre à 6 mètres avant les Mondiaux.

Lavillenie égal de Bubka et Tarasov?

Avant son envol britannique, Renaud Lavillenie avait déjà passé trois fois cette hauteur mythique. Une régularité qui s’explique par le travail fourni au quotidien avec son ancien entraîneur Damien Inocencio et son remplaçant depuis la fin des JO Philippe d’Encausse. "A chaque entraînement, chaque compétition, voire chaque saut où qu'il soit, j'essaie d'affiner tel ou tel réglage, de travailler tel ou tel scénario", explique le Clermontois d’adoption, capable de sauter plus de trente fois lors d'une séance. "Ainsi, le jour J, dans ma palette de sauts, je trouve toujours celui qu'il faut dégainer. Je ne suis jamais pris de court. Je l'ai, je les ai, disons, dans ma mémoire dure, ma disquette."

Dans la capitale russe, le perchiste sera l’une des principales chances de médaille d’une délégation française sevré de titre mondial depuis le doublé de Ladji Doucouré à Helsinki (110 m haies, 4x100). C’était en 2005… Pour Lavillenie, se propulser à plus de 6 mètres avec sa perche "donne des ailes, propulse, donne le droit et l'honneur d'oser une autre dimension." En récoltant l’or à Moscou, l’athlète tricolore deviendrait le premier Français champion du monde en plein air. Et il égalerait Sergueï Bubka et Maksim Tarasov, seuls perchistes champions olympique, du monde et d’Europe. Pour un palmarès en trois dimensions.

Jerome Carrere