Nibali, Evans, Wiggins
Nibali devant Evans et Wiggins lors de la 8e étape entre Belfort et Porrentruy | Joël Saget/AFP

Qui pour contester l'hégémonie Sky?

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Hier Wiggins et Froome ont frappé fort sur le chrono de Besançon, confirmant leur emprise sur un Tour qu'ils ont pris en main depuis la montée finale de samedi vers la Planche des Belles Filles. "Wiggins et Froome viennent d'une autre planète" a déclaré le coureur de la RadioShack Maxime Monfort. Leurs adversaires peuvent-ils les ramener sur terre?

Cadel Evans

Sean Yates, directeur sportif de l'équipe Sky a mis la pression sur le principal adversaire de son leader. "Quand on regarde le parcours et les possibilités qu'il a de reprendre du temps, on voit qu'elles sont relativement limitées", a-t-il dit, évoquant le retard pris par Evans (1'53" au général). "Ce n'est pas dans les montagnes que vous faites la différence. Objectivement, ça ne va pas être simple pour Cadel", a-t-il ajouté.

Dans le camp de l'Australien, vainqueur du Tour l'année dernière, on se refuse pourtant à céder à la fatalité. "Si c'était fini, ce soir, je serais chez moi. Deux minutes, deux semaines... Nous avons encore du temps", affirmait ainsi son manager John Lelangue hier. "Il reste deux semaines, les Alpes, les Pyrénées, pas mal de courses d'attaque. On va rester dans l'offensive, quoi qu'il arrive", a renchéri son coureur. "Ces derniers jours, je me sens de mieux en mieux et il y avait des arrivées au sommet pour ouvrir un peu les choses. Ca a plutôt bien marché", a-t-il estimé.

"J'ai été un peu surpris de la manière dont Sky a lâché prise dans la dernière montée", a conclu le leader de l'équipe BMC en référence aux attaques qu'a subi Wiggins dans le Col de la Croix. "Avec une équipe comme la sienne, c'est difficile d'attaquer Wiggins", a  néanmoins soupiré Evans. L'équipier du Britannique Christopher Froome s'est lui mis au diapason de son directeur sportif  en prenant l'Australien pour cible. "Maintenant, les choses sont assez claires: le classement se joue entre lui et Bradley". Cadel Evans devra forcer sa nature s'il veut renverser Wiggins, d'autant plus qu'il ne pourra compter sur aucun de ses équipiers pour l'épauler en montagne. Attention aussi à ne pas sous-estimer Nibali.

Vincenzo Nibali

En effet, l'Italien de la Liquigas n'a pas participé au Tour d'Italie cette année et ça se voit. Le vainqueur du Tour d'Espagne 2010 est en forme et déterminé à améliorer son meilleur classement sur la Grande Boucle, une 7e place en 2009. "J'ai montré que j'étais compétitif et mon équipe aussi. On a géré la course de la meilleure des manières pendant la première semaine et je suis certain que l'on peut faire la même chose pendant les deux prochaines", a prédit le protégé de Mario Scirea.

4e au classement général à 2'23" de Bradley Wiggins, Nibali et ses formidables qualités de grimpeur mais aussi de descendeur peuvent faire craquer le Britannique en montagne. Il n'a d'ailleurs pas cédé samedi dans la Planche des Belles Filles, attaquant même dans la descente du col de la Croix de Fer dimanche. "Dans le contre-la-montre, Wiggins a quelque chose de plus, cela ne fait aucun doute. (...) Donc je vais essayer de perdre le moins de temps possible", avait-il prévenu. Il y est parvenu. En attendant mieux?

"Dans la forme de ma vie"

Face à la concurrence, Wiggins affiche une belle sérénité. "Je suis dans la forme de ma vie. Etre en tête n'est plus un poids psychologique", assure celui qui avait toutes les peines du monde à faire valoir son statut les années précédentes malgré un potentiel certain (24e en 2010, abandon en 2011 sur le Tour). Le Belge Jürgen Van den Broeck abonde : "Wiggins est vraiment hors catégorie".

Au contraire, le quadruple maillot vert irlandais sur le Tour de France, Sean Kelly émet des réserves dans l'Equipe : "Si tout se passe sans anicroche et sans contretemps (il peut gagner). Bradley a toujours été fragile, une crevaison, une simple contrariété peut lui faire perdre la tête et ses moyens". "Pour gagner un Tour il faut savoir rester calme, surmonter l'adversité, qu'elle qu'elle soit et ça, je ne suis pas sûr qu'il sache le faire. (…) Il perd très vite le contrôle de ses nerfs". Ses adversaires savent qu'ils doivent durcir la course pour détrôner Wiggins. A eux de rouler!


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Jerome Carrere