Prudhomme, Tour de France
Le directeur du Tour de France Christian Prudhomme | FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Prudhomme: "Le Tour doit pouvoir se jouer partout"

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Christian Prudhomme, directeur du Tour de France pour la sixième fois, prône l'audace dans l'édition 2012 de la Grande Boucle, qui accorde paradoxalement la part belle aux contre-la-montre. Tout en livrant ses pronostics.

Pouvez-vous nous parler du parcours de ce Tour de France 2012?
Il est vraiment différent, fait pour surprendre, atypique. Je me suis dit: il faut qu'on  trouve quelque chose pour qu'ils attaquent de plus loin. Il y a une volonté  inscrite dans le parcours d'augmenter la plage des étapes-pièges. Le Tour doit  pouvoir se jouer partout. On a agrandi la carte des étapes potentiellement décisives. Ce Tour est fait pour qu'il y ait des attaques plus lointaines, avec des rampes de lancement extrêmement raides à 30 ou 40 kilomètres de l'arrivée. Ils sont mis dans les conditions pour tenter le jackpot, prendre des risques, ce que les gens adorent. Les managers et les équipes, c'est bien légitime, font tout pour prévoir la course durant trois semaines. Nous, organisateurs, avons le devoir de mettre de l'imprévu. Concernant la part de contre-la-montre dans le parcours, elle n'a  rien de démesuré, même si elle est nettement plus importante que ces toutes dernières années. On ne poserait pas la question si Wiggins était le Wiggins de l'année passée.
   

Quels seront les "grands hommes" du prochain Tour?
Cadel Evans et Bradley Wiggins assurément. Evans parce que c'est  le tenant du titre, parce que sa constance au plus haut niveau est très impressionnante. Il a acquis de l'assurance, il a une vraie science de la course. Wiggins parce qu'il a été dominateur dans quasiment toutes les courses par étapes cette saison. Il est entouré d'une équipe Sky extrêmement puissante,  qui lui est à l'évidence totalement dévolue, pour faire en sorte qu'il soit le premier coureur britannique à remporter le Tour de France. Tout le monde  pousse dans la même direction, une fois qu'une direction a été donnée. Ce n'est pas toujours le cas dans d'autres pays... Enfin, Cavendish, pour moi est d'ores et déjà le meilleur sprinteur de l'histoire du  Tour. Un tempérament, quelqu'un d'entier, de touchant. Au départ du Tour  d'Oman, en février dernier, je lui demande s'il connaît Darrigade. Il me  répond: "moi je suis à 20 (étapes), Darrigade 22, Armstrong 22, Leducq 25,  Hinault 28, Merckx 34". Il savait les records des victoires d'étapes du Tour de  France alors que, comme Wiggins, il vient d'un pays où il n'y a pas une immense  culture de la route. Il redonne de la force à l'histoire du cyclisme, aux  anciens champions.

La lutte anti-dopage est un de vos crédos. Qu'a changé l'instauration du passeport biologique?
Il a été mis en place par les autorités et il fait  de l'UCI (Union cycliste internationale) une fédération à la pointe de la  lutte. C'est un atout énorme pour cibler les contrôles. Un virage a été pris depuis quelques années maintenant, même si on subit encore les contre-coups de  certaines affaires. C'est le virage qu'il fallait prendre. Il y a un vrai  décalage aujourd'hui entre l'image et la réalité. La réalité est plutôt à l'avantage du monde du cyclisme.

A ce propos, qu'avez-vous à dire sur l'absence d'Alberto Contador, double vainqueur du Tour confondu pour dopage et destitué de son troisième sacre de 2010?
Les absents ont toujours tort. Une fois que le Tour est parti, on ne pense plus qu'au présent. Je ne nie pas évidemment que sur le Tour 2011, il a eu un effet dynamique sur la course, il a été catalyseur d'énergies. C'est un coureur de tempérament qui sait parfaitement utiliser le terrain,  qui est capable de courir à l'instinct. Je retiens son attaque au col de Manse  (dans l'étape arrivant à Gap). Le Tour était passé vingt fois au col de  Manse... et il ne s'était jamais rien déroulé. Lui a mis le feu! Il peut rebattre les cartes n'importe où sur n'importe quelle portion. 
  

AFP