Yannick Agnel
Yannick Agnel arrive sur le bassin après être passé en chambre d'appel | MAXPPP - PQR - OUEST FRANCE - MARC OLLIVIER

Point technique: la chambre d'appel

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Pendant la durée des championnats du monde, les consultantes de France Télévisions, Roxana Maracineanu, championne du monde en 1998 et vice-championne olympique du 200m dos en 2000, et Malia Metella, vice-championne olympique du 50m nage libre en 2004 et vice-championne du monde du 100m nage libre en 2005, décortiquent quelques aspects techniques d'une course. Aujourd'hui, la chambre d'appel est expliquée par Roxana Maracineanu.

"La chambre d'appel, c'est la première fois que tous vos adversaires sont réunis ensemble. Chacun adopte un comportement qui lui est propre. J'avais l'habitude de me mettre dans un coin, notamment pour regarder toutes les autres nageuses. Je voulais voir comment elles étaient: plus maigres, plus musclées, plus grosses... Mais les différents comportements se croisent dans cette chambre d'appel. Il y en a toujours qui veulent parler, dire bonjour, ce qui dérange ceux qui cherchent à se concentrer en silence, comme moi. Les processus de concentration entrent souvent en confrontation avant la course. Cela fait pleinement partie de la course. Pour ma part, sur la fin de ma carrière, j'avais fait le choix d'entrer au tout dernier moment dans la chambre d'appel, pour ne pas être trop en contact et préparer ma course. Comme j'étais devant, je n'avais plus besoin de les connaître, mais je ne voulais surtout pas qu'elles me connaissent.

Sur les grandes compétitions, on est dans la chambre dès que les premières courses de son épreuve débutent. Cela peut durer jusqu'à vingt minutes, mais on peut se présenter et en sortir. Les portes ne sont fermées qu'une série avant la sienne. C'est aussi ici qu'on effectue quelques assouplissements, mais surtout mettre son coeur en route. On s'étire beaucoup, car c'est l'habitude des nageurs même si c'est surtout un moyen de se destresser. Une ou deux séries avant la notre, on entre dans un échauffement plus dynamique, avec des sauts, de tours de bras, et un travail sur le temps de réaction. J'avais l'habitude de me servir des deux séries précédentes pour fermer les yeux et mimer mon départ au son de leur départ. C'était un compartiment dans lequel je n'étais pas très performante. 

C'est dans la chambre d'appel que j'ai gagné mon 200m dos à Perth (1998). Sans être de la superstition, j'essayais de capter tous les signes m'indiquant que je pouvais créer l'exploit. Sur cette course là, j'ai vu sur l'écran que Kristina Egerszegi, qui était mon idole petite, remettait les médailles cet après-midi là. Et la course avant la mienne, la finale du 50m nage libre, Alexander Popov, également mon idole, s'est fait battre par un Américain (Bill Pilczuk, Ndlr). Cela voulait dire que c'était possible. La chambre d'appel, c'est le moment où on peut se mettre dans la peau de quelqu'un qu'on n'est pas encore, mais qu'on aimerait devenir."

Vidéo: la chambre d'appel à Barcelone