Tourmalet photo prétexte TDF 2009
Le col du Tourmalet est, cette année, la grande attraction du Tour | AFP - Patrick Hertzog

Petites histoires du Tourmalet

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Il est des cols dont la simple évocation donne des frissons et met des étoiles plein les yeux. Le Tourmalet en est l'exemple le plus flagrant. Ce géant des Pyrénées, qui culmine à 2115 m, a marqué l’histoire du Tour de France en 68 passages. Alors que le peloton de la Grande Boucle s’y mesure à deux reprises, retour sur les petites et grandes histoires de ce col mythique.

En excellente place au hit parade des chasseurs de cols, le Tourmalet (littéralement "mauvais détour") a accueilli les plus grands champions. Il a offert de grandes joies mais aussi d’immenses déceptions à des générations de cyclistes. Et pour cause, le Tour de France y est passé à 68 reprises, se confrontant à chaque fois à des pentes vertigineuses, notamment le tracé entre l'Adour d'Artigues (10,2 % de moyenne sur 5km) et la montée de Luz à Barèges (7,7 % de moyenne sur 18,5km). Ces routes pentues sont jalonnées d'exploits retentissants auxquels s'attachent des noms aussi célèbres que Bartali, Coppi, Koblet, Robic, Anquetil, Merckx, Thévenet, et plus récemment Hinault, Fignon, Indurain ou encore Virenque. Le point commun de tous ces coureurs est que le "mythe Tourmalet" reste gravé dans leur esprit comme des moments forts de leur carrière. Raymond Poulidor, entré dans la légende en tant que "l'éternel second" du Tour, se souvient : "En 1960, je venais d’entamer ma carrière professionnelle et le Tourmalet est un des premiers cols que j’ai monté. C’était à l’occasion d’une course de 250km où on montait les trois cols (NDLR : Aspin, Peyresourde et le Tourmalet). J’en garde un très bon souvenir. Au cours de ma carrière, j’ai monté le Tourmalet une bonne quinzaine de fois. En 1974, je l’ai gravit dans le brouillard. Je ne l’ai quasiment pas vu, sauf le dernier kilomètre. Mais à l’arrivée j’ai pris la deuxième place derrière Jean-Pierre Danguillaume. C’était incroyable !"

Alors que le peloton du Tour 2010 va s’y frotter à deux reprises, Gilbert Duclos-Lassalle, double vainqueur de Paris-Roubaix (1992-1993), garde, lui-aussi, un souvenir vivace de col mythique : "Je n’étais pas un pur grimpeur mais j’ai fait une fois l’exploit de passer au sommet avec le maillot jaune et de prendre la deuxième place de l’étape. C’était en 1988. Ca restera un grand moment de ma carrière". Si beaucoup de coureurs ont connu de grandes satisfactions sur les routes du Tourmalet, d’autre retiennent principalement la rudesse de cet obstacle légendaire. A l’image de Pascal Lino, vainqueur d’une étape du Tour en 1993 : "Pour mon premier Tour, en 1990, j’ai découvert les grands cols des Alpes et des Pyrénées. Et donc le Tourmalet. La première expérience ne s’était pas trop mal passée car j'ai terminé dans les trente premiers de l’étape. Mais ça reste un des cols les plus durs du Tour, notamment quand on arrive dans le secteur de La Mongie. On se dit alors que s’est interminable". Interminable, c’est également l’impression qu’à eu Christophe Le Mével (FDJ) lors de sa première ascension : "C’était sur la Route du Sud et je n’en garde pas un très bon souvenir. J’avais attaqué au pied, j’étais revenu sur le groupe d’échappée pour finalement finir dans les derniers. J’ai même pensé que je ne finirai pas l’étape". Et d’ajouter : "Quand on est à 2115m d’altitude, on se dit quand même qu’on a monté un sacré morceau !"

Un morceau qui a procuré de grandes sensations à deux jeunes coureurs tricolores. "Le Tourmalet est un des plus beau souvenir de ma carrière, confie Nicolas Roche (AG2R-La Mondiale). L’an passé, pour ma première ascension du Tourmalet en compétition, j’ai roulé pour Rinaldo Nocentini pendant les 7 derniers kilomètres. Ouvrir la route avec "Nonoce" dans la roue, c’était un moment inoubliable. Et quand on passe La Mongie, on ne voit plus la montagne, on est entouré par la foule et on se prend alors au jeu. C’est impressionnant !" Rémy Di Grégorio (FDJ) a, quant à lui, marquer de son empreinte ce fameux col du Tourmalet. "Il y a deux ans, sur le Tour de France, j’étais échappé, j’ai basculé en tête au sommet du Tourmalet avec 6 minutes d’avance, se souvient le Marseillais. Je pensais alors que je tenais la victoire d’étape. Je n’ai malheureusement pas franchi la ligne d’arrivée en tête. Ca reste toutefois un gros souvenir. C’était un 14 juillet et je n’ai jamais été autant encouragé que ce jour-là". Cette année, avec deux passages sur le Tourmalet, le peloton devrait encore faire le plein de sensations et écrire une nouvelle page de l'histoire de ce col dont on fête le centenaire de la première ascension.

Isabelle Trancoën