"Personne n'était au courant", au lendemain de l'annonce de la fermeture des salles de sport, l'incompréhension règne chez les gérants

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Dupriez
Une salle de sport

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Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a annoncé mercredi que les salles de sport resteront fermées, dans la majorité des grandes villes françaises, pour une durée minimale de 15 jours. Une décision qui ne fait pas l'unanimité chez les gérants de ces établissements sportifs.

Ils n’avaient sans doute pas imaginé ça. Hier, alors que la nuit tombait et que les abonnés des salles de sport levaient encore des haltères, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, annonçait la fermeture des salles de sport et des gymnases dans les zones dites d'alerte rouge. Déjà ébranlés par le confinement, et donc une première fermeture, les établissements sportifs amateurs subissent un nouveau coup dur. Une décision brutale, et totalement inattendue, qui passe mal. 

"Nous avons été complètement sidéré par l’annonce, tout le monde dans la profession ressent la même chose. On a pris part à plusieurs réunions avec des cabinets ministériels pour parler des tendances de marché pour la rentrée, raconte Céline Remy-Wisselink, cofondatrice du groupe Neoness dont 40 salles sont touchées par la fermeture, deux jours après, on apprend que les salles de sport ferment. Personne n’était au courant, personne, pas même les syndicats représentant la profession. Même dans les ministères, on m’a expliqué ce matin que la décision avait été prise en catimini par le ministère de la Santé." 

Même constat pour Grégoire de Belmont, cofondateur du groupe Arkose, géant de l’escalade avec ses blocparks urbains, qui compte 14 de ses 17 établissements concernés par la décision gouvernementale. "Une demi-heure avant l’annonce du ministre seulement, les syndicats nous ont dit que quelque chose de grave allait être annoncé. C’était une surprise dans la mesure où toutes les salles avaient mis en place un protocole assez strict pour que la reprise se déroule dans de bonnes conditions."

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Une activité au ralenti, un retour au chômage partiel pour les salariés

Conséquence directe de l’annonce du ministre de la Santé, plusieurs milliers de salariés vont être mis au chômage partiel en raison d’une baisse évidente de l’activité. Ainsi, pour le groupe Arkose, 250 salariés devraient en bénéficier, c’est presque le double pour Neoness où 450 salariés devraient être concernés. "Les mesures annoncées par le gouvernement au début du confinement sont maintenues, pour notre secteur, jusqu’à la fin de l’année", précise Grégoire de Belmont. 

Si pour beaucoup le chômage partiel constitue une bouffée d’air frais, celle-ci ne se vérifie pas forcément pour les établissements sportifs, qui ont de plus suspendus les prélèvements de leurs abonnés, qui doivent avancer beaucoup d’argent. "Il faut savoir que le mois de septembre, même si l’on inscrit des gens toute l’année, constitue le mois où l’on enregistre le plus gros chiffre d’affaires, confie Céline Remy-Wisselink, cela fait beaucoup de rentrée d’argent en moins. Depuis ce matin, tout le monde appelle le gouvernement pour qu’il nous accompagne, comme il l’a fait pendant la période de confinement."

"En France, le sport n’est pas valorisé pour ce qu’il est"

Au sortir du confinement, les salles de sport ont enregistré un retour progressif des clients qui sonnait comme un regain de vitalité. "Nos clients estiment que le sport est fondamental dans leur vie, qu’il contribue à avoir une bonne santé, décrit Céline Remy-Wisselinksurtout lorsque l’on voit que la santé est le sujet le plus discuté dans les médias." Une fermeture des salles envoie donc un message jugé négatif, à l’heure où plusieurs médecins recommandent la pratique du sport pour limiter les risques de développer une forme grave de la Covid-19. "Pour nous, cela faisait sens d’encourager les pratiques qui peuvent servir à améliorer la santé publique. Le message envoyé par le gouvernement est paradoxal, on a du mal à le comprendre. Ça veut dire qu’en France, le sport n’est pas valorisé pour ce qu’il est, ni pour ce qu’il apporte à la population", poursuit-elle. 

"Le gouvernement ne ferme pas les cinémas et les théâtres, qui ont les mêmes protocoles sanitaires, stricts, que les nôtres. On ferme les bars, uniquement à partir de 22h, pour nous cela ne fait aucun sens, peste Grégoire de Belmont, C’est une décision punitive contre le sport qui est pourtant l’un des vecteurs qui permet de renforcer son système immunitaire et de lutter contre la maladie."

Pour permettre à ses abonnés de continuer à pratiquer une activité physique régulière, Neoness a développé, pendant la période de confinement, une plateforme digitale, à destination de tout le monde, disponible pendant toute la durée de la fermeture. Une mesure que sa cofondatrice juge "indispensable".La décision de la réouverture des salles de sport sera étudiée dans 15 jours. Une chose est certaine, dans les villes concernées, la fermeture forcée des établissements sportifs n’a pas fini de faire parler.

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