Didier Gailhaguet
Didier Gailhaguet | AFP

Violences sexuelles : Roxana Maracineanu demande à Didier Gailhaguet de démissionner

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Cinq jours après les accusations de violences sexuelles dans le patinage artistique, Roxana Maracineanu a demandé au président la fédération française des sports de glace (FFSG) Didier Gailhaguet de quitter son poste. La ministre des Sports a pris ses responsabilités après un entretien avec l'homme fort du patinage en France, auquel il est reproché d'avoir maintenu, dans les années 2000, l'entraîneur Gilles Beyer, accusé trente ans après les faits de viol par la championne Sarah Abitbol. De son côté, Gailhaguet a reconnu 'avoir commis des erreurs, mais pas des fautes" et n'a pas dit s'il poserait sa démission.

Quelques jours après les révélations fracassantes de violences sexuelles dans le monde du patinage artistique - avec en tête la sortie du livre choc de l'ancienne championne Sarah Abitbol - la ministre des Sports Roxana Maracineanu a demandé explicitement au président historique de la fédération des sports de glace, Didier Gailhaguet, de quitter son poste. "Un dysfonctionnement général existe au sein de la Fédération française des sports de glace. Au regard des révélations et des témoignages que j'ai pu recueillir, Didier Gailhaguet ne peut se dédouaner de sa responsabilité morale et personnelle, je lui ai donc demandé d'assumer toutes ses responsabilités et de démissionner du poste de président de la Fédération française des sports de glace" expliqué la ministre au terme d'un entretien d'un peu plus d'une heure avec le patron du patinage français. 

La parole de la ministre était attendue, alors que les prises de position se succèdent et que la polémique enfle depuis jeudi, date de sortie de l’ouvrage Un si long silence publié par Sarah Abitbol. L’ancienne patineuse y dénonce les agressions sexuelles qu’elle a subi entre 1990 et 1992, à l’époque où elle débutait à peine sa carrière, et accuse directement son ancien entraîneur, Gilles Beyer, de l’avoir violée à plusieurs reprises. Ce dernier a d’ailleurs consenti avoir eu des relations intimes et inappropriées avec son ancienne protégée. “Si mes souvenirs sur les circonstances exactes sont différents des siens, j’ai conscience que, compte tenu de mes fonctions et de son âge à l’époque, ces relations étaient en tout état de cause inappropriées. Je suis sincèrement désolé” a déclaré l’ancien directeur des équipes de France de patinage. 

"La fédération a fermé les yeux"

Des excuses que Sarah Abitbol n’a pas acceptées. Invitée de Stade 2 dimanche, la médaillée de bronze aux championnats du monde de Nice a fait part de son mal-être, et demandé du changement à plus grande échelle : "Je n'excuse rien. J'étais une petite fille, je venais d'avoir 15 ans. Ce qu'il m'a volé, personne ne pourra me le rendre” a-t-elle clamée, “Les gens ont fermé les yeux. La fédération savait et il faut briser cette omerta. Il faut nettoyer tout ce petit monde qui est en place, tout ce système. Il faut changer toute la fédération”. 

Derrière ces paroles, un homme, directement visé. À la tête de la fédération française des sports de glace depuis vingt ans - excepté sur la période 2004-2007 - Didier Gailhaguet est accusé d’avoir fermé les yeux, et surtout d’avoir autorisé le maintien de Gilles Beyer au bureau exécutif de la fédération, alors même que l’ancien coach se trouvait déjà au cœur de plusieurs scandales. Visé par une première plainte d’une autre patineuse au début des années 2000, l’entraîneur de Sarah Abitbol a par la suite été prié de quitter ses fonctions de cadre technique à la fédération des sports de glace. En cause ? Une nouvelle enquête menée par des inspecteurs généraux de la jeunesse et des sports après des signalements de plusieurs parents. 

Gilles Beyer n’en est donc pas à ses premiers déboires. Et malgré ce passif, lourd, il est resté longtemps étroitement lié au milieu professionnel du patinage, notamment au sein du club parisien des Français Volants, dont il apparaissait encore comme le manager il y a moins d’une semaine. Pour l’ancien champion Gwendal Peizerat, cela ne fait aucun doute, la fédération a fermé les yeux, et son président Didier Gailhaguet doit en assumer les conséquences :  “Sa responsabilité, c'est d'avoir mis en place un système qui ne condamne pas ces agissements. Tous ceux qui sont accusés sont ses copains” a lancé le champion olympique de danse sur glace sur RMC.

“J’ai commis des erreurs, pas des fautes (...) Je suis un homme clean” s’est défendu Didier Gailhaguet au sortir de son échange avec Roxana Maracineanu ce lundi, “Elle ne m’a pas écouté, et surtout, ne m’a pas entendu. Sa décision était prise d’avance. Les faits qui sont dénoncés, nous les rejetons, nous les haïssons” a-t-il réagi, alors même que la ministre des Sports venait de lui demander de quitter ses fonctions.

Vers un retrait de l'agrément ?

Car dans les faits,  le ministère des sports n’a pas le pouvoir de démettre Gailhaguet de ses fonctions, mais dispose d'un moyen de pression avec la possibilité de retirer la délégation de l'Etat. Roxana Maracineanu a d'ailleurs d'ores et déjà annoncé l'engagement d'une procédure "La fédération disposera de 15 jours pour produire les éléments justificatifs aux observations qui seront formulées par le ministère" a-t-elle dit. Si le patron du patinage français avait déjà démissionné en 2004 après des dérives de gestion, et l'épisode rocambolesque de tricherie aux JO de Salt Lake City, rien ne garantit qu’il fera de même face aux accusations de Sarah Abitbol, et de plusieurs autres patineuses. 

Visiblement décidée à faire en sorte que lumière soit faite sur cette affaire, et que les principaux responsables soient condamnés pour les actes commis, la ministre des Sports a également indiqué qu'elle allait "saisir le procureur de la République (...) afin qu'une enquête pénale puisse être diligentée sur les faits qui le justifient". Le président de la fédération n'a de son côté pas encore dit s'il suivrait les instructions de la ministre en posant sa démission, mais a simplement expliqué qu'il allait "réfléchir à tout cela" renvoyant à une conférence de presse ce mercredi. 

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