Privé de mondiaux de patinage, Kevin Aymoz témoigne : "j'étais sur une super dynamique"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Péret
Kevin Aymoz

Kevin Aymoz souhaitait ardemment participer cette semaine aux championnats du monde de patinage artistique à Montréal. Le programme libre hommes était même programmé la nuit prochaine. Mais cette compétition, qui clôt traditionnellement la saison, a été annulée il y a quelques jours en raison de l’épidémie de coronavirus. Un Mondial peut-être reporté à l’automne prochain. Entretien exclusif pour France tv sport avec le patineur grenoblois de 22 ans, médaillé de bronze lors de la finale du Grand Prix à Turin en décembre 2019.

De quelle façon avez-vous appris l’annulation des championnats ?
Kevin Aymoz :
 "C’était mercredi dernier dans l’après-midi. J’étais à ma séance de musculation à la patinoire de Wesley Chapel (Floride), où je m’entraîne depuis presque 3 ans maintenant. Avant de démarrer, il n’y avait rien sur mon téléphone portable. Mais une heure après, à la fin de la séance, j’avais un milliard (!) de notifications. Dès que j’ai vu l’affiche des championnats de Montréal barrée avec le mot «cancelled» (annulé en anglais), j’ai tout de suite compris. Mes coaches Silvia (Fontana) et John (Zimmermann) étaient encore sur la glace. Ils n’étaient pas encore au courant, c’est moi qui les ai prévenus."

Un coup de bambou sur la tête ?
KA :
 "Presque. En tout cas de la tristesse et de la frustration parce que les championnats du monde, c’est synonyme de sommet et de fin de saison habituellement. Et là, il n’y en a pas. Je n’aurai pas l’occasion de prendre ma revanche des championnats d’Europe de Graz en janvier (NDLR : 26e du programme court et non qualifié pour le programme libre alors que l’année précédente il avait loupé le podium pour 0,74pt). Pourtant j’étais sur une super dynamique depuis 3 semaines et tout se passait bien aux entraînements. L’an dernier, à Saitama (Japon), je m’étais classé 7e du programme court donc j’avais confiance…Depuis plusieurs jours, je ressens une sensation bizarre. C’est comme si je sortais d’une rupture d’une relation amoureuse…"

Et aujourd’hui ?
KA : "
J’ai fait une pause à l’entraînement. Ça ne sert à rien de forcer et puis je me suis octroyé un long week-end. J’ai tout juste repris mais c’est nettement moins intensif. On allège…Et puis on commence à ressentir ici les effets du coronavirus. Les séances publiques par exemple ont été annulées. Ce n’est pas encore le confinement ici (NDLR : la patinoire de Wesley Chapel est située au nord de Tampa, en plein cœur de la Floride, à côté d’une autoroute). Mais il y a moins de patineurs, comme moi, qui viennent…Du coup on commence à se pencher sur la saison prochaine et à chercher des thèmes et des musiques. On s’y prend un mois plus tôt que d’habitude !"

Avez-vous imaginé retourner en France alors ?
KA : "
C’est la dernière chose à faire actuellement, avec les restrictions de voyage entre les Etats-Unis et la France ajoutées à une éventuelle quarantaine à respecter au retour. Je suis en contact quotidiennement avec ma famille et mes amis. Avec les technologies d’aujourd’hui, on peut se voir et se parler et c’est le principal."

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La saison prochaine, qui va octroyer les quotas pour les JO de 2022, comment l’envisagez-vous ? 
KA : "
On est dans l’inconnu le plus total ! D’autant que l’ISU (NDLR : la fédération internationale) a laissé la porte entrouverte à un éventuel championnat du monde en octobre…En plus des championnats du monde de mars 2021 à Stockholm "

On n’a jamais fait ça la même saison…
KA :
"En année «normale», on essaie de tester et rôder au moins une fois nos programmes dans une compétition dite secondaire avant la série des Grands Prix (NDLR : un circuit de 6 épreuves, qui se déroulent de la mi-octobre à la fin novembre et dont font partie les Internationaux de France) et avoir des retours des juges et procéder alors à des ajustements.  Je ne m’imagine même pas conserver les programmes de cette année jusqu’en octobre et puis basculer d’un seul coup sur 2 nouveaux programmes (un court et un libre) pour la suite de la saison. Ce serait du grand n’importe quoi, de la pure folie de travailler au total 4 programmes. Déjà qu’on s’entraîne durement tout l’été pour un court et un libre. En ce qui me concerne, ce sera saison nouvelle, programmes nouveaux ! S’il n’y a pas de championnats du monde pour 2020, ce ne sera pas grave. Ce sera juste une ligne qui manquera à nos carrières. Sinon, ils arriveraient comme un cheveu sur la soupe !"

Propos recueillis par Paul Péret (@paul_peret)

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