Nelson Monfort dans ses oeuvres, le 1er avril 1975
Nelson Monfort dans ses oeuvres, le 1er avril 1975 | AFP

Le jour où... Nelson Monfort devint champion de France de patinage artistique

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C’est l’histoire de l’une des victoires les plus inattendues de tout le patinage artistique française. Nous sommes le 28 mars 1975 à Reims, la ville s’apprête à accueillir les championnats de France qui doivent confirmer chez les hommes la domination sans partage de Didier Gailhaguet, champion en titre. Mais l’histoire va en décider autrement en lui opposant un jeune talent naissant de la glace tricolore, espoir du pôle de Boulogne-Billancourt où il était né, d’un père américain et d’une mère néerlandaise. Son nom : Nelson Monfort...

La compétition commence pour les hommes en ce mercredi 29 mars par les figures imposées (NB: retirées des épreuves en 1990). Réalisant un programme parfait sur la musique du "Parrain", Didier Gailhaguet prend très logiquement la tête du classement devant Gilles Beyer et Jean-Christophe Simond. Mais alors que l’on croit le trio de tête définitif, le jeune Boulonnais Nelson Monfort, dernier patineur à s’élancer, éblouit les juges et ravit l’assistance de la patinoire Maurice-Herzog avec une chevauchée des Walkyries flamboyante, où il enchaîne saut de biche et boucles dans un rythme inouï. Les notes tombent : à la surprise générale, Monfort se retrouve au premier soir 2e, à 3.3 points seulement de Gailhaguet. La stupéfaction est totale chez les journalistes venus couvrir ces 34e championnats de France, à l’image d’un Léon Zitrone qui évoque le soir même dans le 20h d’Antenne 2 la possible naissance du nouveau "Alain Calmat".

Les programmes courts effectués le lendemain confirment très vite l’inattendue hiérarchie avec Gailhaguet devant Monfort qui ne se trouve alors qu’à seulement 5.1 points du tout récent champion d’Europe de Copenhague. La 3e et dernière épreuve sera décisive avec ce duel annoncé entre les deux jeunes hommes. Ce samedi là, la patinoire est à guichets fermés. L’expérience de Gailhaguet doit, selon les observateurs aider le champion à gérer son avance et pourtant, l’impensable arrive : alors qu’il est en train de réaliser un sans-faute sur le thème du "clan des Siciliens", Gailhaguet se rate sur la réception de son dernier triple axel et après 3’50 de programme, chute lourdement.

Monfort, ou le défi à la pesanteur

C'est la stupéfaction. Lors des salutations, son sourire crispé trahit la déception. Les notes viennent rapidement confirmer l’irréparable et sanctionner cette erreur fatale, la balle est désormais dans le camp de Monfort. Et le Boulonnais ne rate pas l’occasion : récitant une partition sans fausse note à l’occasion d’un "Ainsi parlait Zarathoustra" de légende, il vole littéralement sur la glace, les 3 425 spectateurs payants de Maurice-Herzog sont alors bien conscients d’assister à un moment d’exception du sport français,  un instant de grâce ultime : oui, le patinage tient là son tout nouveau champion de France ! Son dernier triple Rittberger est un véritable défi à la pesanteur... Applaudissements... Dans le kiss and cry, l’émotion est à son comble avec Paul Péret son entraîneur et Annie-Hélène Bareille sa chorégraphe : Monfort devant Gailhaguet et Beyer, tel est le podium final de ces championnats de France.

Hélas, la suite est malheureusement un enchaînement de blessures pour Nelson Monfort dont la plus sérieuse lors d’un accident de cheval (jambe brisée) va mettre un terme prématuré à ses espoirs olympiques d’Innsbrück 1976. Et finalement à sa carrière. Mais un autre destin l’attend. 
Son unique victoire lors des championnats de France de Reims restera donc une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du patinage artistique français : le 1er avril 1975...

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