Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron : "On a fait une overdose de Zoom !"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Péret
Papadakis-Cizeron
Papadakis-Cizeron lors de leur programme libre | Marco Bertorello / AFP

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Nous avions quitté Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron une semaine après l’annulation des championnats du monde de patinage dans leur ville d’adoption de Montréal. A la mi-mars, le Covid-19 avait déjà touché 74 personnes dans la "Belle Province", dont 22 pour la seule ville de Montréal (598 cas pour l’ensemble du Canada). 100 jours plus tard, le Canada dénombre plus de 100 000 cas confirmés et 8 500 décès. Pour autant, les quadruples champions du monde de danse sur glace sont restés fidèles au Québec et ne sont pas rentrés en France. Ils nous racontent comment ils ont traversé cette pause forcée alors qu’ils ont enfin repris l’entraînement.

Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?
Gabriella Papadakis :
 "Ça n’a pas été rose tous les jours… On est passé par différentes phases d’autant plus qu’on ne savait pas combien de temps ça allait durer. Il y a des moments où j’étais un peu euphorique et d’autres durant lesquels le moral était plutôt bas. Comme la patinoire et ses annexes étaient fermées, pour vaincre l’ennui, notre équipe à l’Académie de glace de Montréal a mis en place toute une série de réunions par visioconférence : des cours de danse, de ballet, de hip-hop, de pilates, d’interprétation, etc… Deux à trois cours par jour, presque tous les jours !"

Guillaume Cizeron : "Mais il y a un moment où on a fait une overdose de 'Zoom' ! Ces séances, c’était pour nous occuper, pour bouger… Il y en avait même une sur la nutrition, mais c’est davantage à destination des plus jeunes (rires). Cette période m’a forcé à faire aussi pas mal d’introspection. Mais à force, trop c’est trop ! Je veux bien bouger, mais de là à intérioriser… Cela m’a fait d’autant plus apprécier le contact humain."

"Les mesures de confinement ont été moins sévères qu’en France"

GP : "On aurait pu rentrer en Auvergne mais nous étions dans l’inconnue et l’incertitude sur les mesures sanitaires à suivre pour le retour. Une quarantaine à suivre ? Quelle durée ?  Mais on avait besoin de rester, là où on se sentait chez nous. Où nous avions nos habitudes, nos livres, nos vêtements, nos gestes familiers… Les mesures de confinement ont été moins sévères qu’en France. Par exemple, pas besoin d’attestation pour sortir de chez soi, pas de restriction de périmètre d’un kilomètre à observer. On pouvait faire nos courses sans problème. Seuls les regroupements étaient interdits."

GC : "Au début, j’ai pas mal appelé les amis, y compris les parents via Skype. Mais à un moment, il m’a fallu faire des choses en réel (!) plutôt que virtuellement. Marcher par exemple, voir des espaces verts… En mars, en terme de météo, il faisait plutôt moche donc c’était supportable mais quand il a commencé à faire beau, il me tardait de voir autre chose que les murs de mon appartement."

Cette routine a été brisée par votre participation, sur internet le 25 avril dernier, à une initiative du monde du patinage, intitulée "Open Ice Live". L'événement a été relayé par la chaîne YouTube de l’ISU (la fédération internationale de patinage, ndlr) pour rassembler des fonds pour la Covid-19. Racontez-nous cette expérience...
GC : "C’est la danseuse sur glace canadienne Kaitlyn Weaver qui a eu l’idée de mobiliser les bonnes volontés du patinage pour collecter des fonds. Une cinquantaine de champions d’hier (notamment les champions olympiques Jayne Torvill et Christopher Dean, Brian Boitano ou Scott Hamilton, ndlr) et d’aujourd’hui, Nathan Chen et nous, ainsi que des entraîneurs comme Brian Orser et Stéphane Lambiel, des chorégraphes (parmi eux Shae-Lynn Bourne, ndlr) et une nouvelle présidente de fédération (Nathalie Péchalat, ndlr) se sont mobilisés. Plus de 30 000 dollars américains ont été réunis en quatre heures de programme. J’ai participé à un numéro de groupe, à distance, orchestré par un de nos chorégraphes à Montréal, avec Maé-Bérénice Méité, Vanessa James et la canadienne Kaetlyn Osmond (Championne du monde 2018, ndlr). On s’est bien amusé sur cette improvisation !"
(Voir la vidéo ci-dessous à partir de 2h31)

GP : "Kaitlyn Weaver m’avait déjà entendu jouer de la guitare et c’est elle qui m’a incité à me lancer dans l’aventure. J’avais déjà chanté a capella dans un mariage mais de là à me risquer à du Dalida devant tout le monde, en m’accompagnant à la guitare… J’aime bien le challenge et j’ai relevé le défi : interpréter 'Mourir sur scène'. Bravo et chapeau à Kaitlyn pour ce travail très professionnel."
(Voir la vidéo ci-dessous à partir de 2h44'30'')
 

Quelques jours plus tard Guillaume, une photo de vous et de votre compagnon a agité les réseaux sociaux…
GC :
"J’étais loin de penser que faire ensuite la 'Une' de L’Equipe le 30 mai puis apparaître dans Tout le Sport provoquerait autant de commentaires et de réactions. J’ai reçu plein de témoignages positifs et c’est plutôt rassurant. L’impact a dépassé mon imagination. Mais l’intolérance existe encore… Mais j’ai de l’espoir pour l’avenir et je suis content d’avoir partagé une cause qui me tient à cœur."
 

Vous avez pu retrouver le chemin des patinoires il y a maintenant tout juste deux semaines. Comment s'est passé votre retour sur la glace ?
GP :
"Ça a été un vrai soulagement ! En temps normal (rires), c’est l’époque à laquelle on fait notre retour sur glace. Après des tournées d’exhibitions et des vacances. Mais cette année, il n’y a eu ni championnats du monde pour clore la saison, ni galas pour aller vers nos fans, ni vacances puisque nous sommes restés au Canada."

GC : "Le 1er jour (15 juin, ndlr), ça a été assez drôle. On était un peu rouillé ! Plutôt dur physiquement mais finalement moins pire que je ne le craignais… Nos entraîneurs ont été très attentifs aux moindres sensations qu’on exprimait. Par exemple, il y a plein de muscles qu’on n’utilisait plus ! On ressent bien quelques courbatures, mais rien de grave. C’est comme la rentrée des classes !"

GP : "Malgré tout, on est même un petit peu en avance par rapport aux autres années. Pendant le confinement, on parlait déjà d’éventuels thèmes musicaux ou de chorégraphies pour la prochaine saison et aussi pour l’année olympique. Tout va s’enchaîner très vite…"

GC : "Habituellement, on sait déjà à cette époque de l’année quelles seront les compétitions auxquelles on participera à l’automne (Masters en France, Grand Prix ISU, championnats de France, ndlr). Vu la situation sanitaire actuelle dans le monde, il y a toujours beaucoup d’inconnues. Il faudra attendre le 1er août, a priori, pour que la fédération internationale officialise le calendrier. Psychologiquement, on doit même se préparer à une saison tronquée. Mais elle reste importante car c’est celle qui nous lance vers les JO de Pékin en 2022."

"On peut tout réinventer dans nos chorégraphies"

Quelles seront les musiques de la saison prochaine ?
GP : "La bonne nouvelle, c’est que les règlements n’ont finalement pas changé. On craignait de devoir travailler jusqu’à 4 programmes différents puisque certains avaient même imaginé qu’il y aurait des championnats du monde de rattrapage en début de saison (octobre) avec les règlements de la saison 2019-2020, suivis en mars 2021 par de nouveaux championnats du monde adaptés aux règlements de la saison 2020-21. Mais ça, c’est fini !

GC : "Mais vu l’incertitude que j’ai exprimée tout à l’heure quant à la durée de la saison, on est dans l’expectative. Comme les règlements finalement n’ont pas été modifiés, on s’est interrogé, et on continue avec toute l’équipe, pour savoir si on conservait nos anciens programmes ('Fame' pour la danse courte et 'Forest Blakk' pour le libre, ndlr) ou si on changeait tout…"

GP : "En ce qui me concerne, l’idée de reprendre les anciens programmes, c’est plutôt déprimant…Nous, on aime le travail créatif ! Ce qui est certain, c’est qu’on va travailler des chorégraphies à partir de cette semaine…Même si on connaissait nos thèmes musicaux, on ne vous le dirait pas tout de suite (rires)…Si les fans savent trop tôt nos choix, ils se font des idées, qui peuvent s’avérer fausses… Quant à nos concurrents… Un indice : à priori, on ne patinera pas sur du 'Carmina Burana' ! Mais qui sait, on peut tout réinventer dans nos chorégraphies (rires)."

L’ISU avait prévu de décerner ses premiers 'Skating Awards' à l’occasion des championnats du monde à Montréal. Ces championnats ont été annulés mais la cérémonie des récompenses aura finalement bien lieu, de façon virtuelle et retransmise le 11 juillet sur la chaîne YouTube de l’ISU. C'est le public qui a désigné les trois finalistes dans sept catégories différentes et vous êtes désignés à deux reprises. Comment avez-vous reçu cet honneur ?
GP : "C’est cool d’être nommés dans les catégories 'Meilleur patineur de l’année' (En compagnie du double champion du monde américain Nathan Chen et du double champion olympique japonais Yuzuru Hanyu, ndlr) et 'Programme le plus divertissant de l’année' (Pour la danse courte sur la comédie musicale 'Fame', ndlr). Se retrouver dans deux catégories est une reconnaissance pour nous, et un bel accomplissement pour la majorité du public. Un jury de sept personnes, dont Surya Bonaly, va élire les vainqueurs… On n’est pas du tout au courant du vote. Nous sommes tenus de participer à la cérémonie. Mais déjà, avoir fait 'kiffer' le public sur la musique de 'Fame', c’est juste génial !" (Voir vidéo ci-dessous)
 

Paul Péret paul_peret

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