Mélina Robert-Michon
Mélina Robert-Michon médaillée d'argent au disque aux Mondiaux | AFP - ADRIAN DENNIS

Où sont les femmes ?

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Même si les jeunes françaises pointent le bout du nez sur les relais (quatrième sur le 4x400m), ces Mondiaux 2013 témoignent encore la difficulté à voir émerger de nouveaux talents individuels sur la scène de l’athlétisme féminin français. La médaille d’argent obtenue au disque par Mélina Robert-Michon est un peu l’arbre qui cache la forêt. Car cette médaille est revenue à une athlète de 34 ans qui tournait depuis plusieurs saisons autour d’un podium et qui devait un jour fatalement y monter.

Et, au regard du bilan tricolore, cette médaille met pourtant fin à huit ans de disette, durant lesquels aucune Française n'a obtenu un podium mondial. Les dernières à avoir réussi cet exploit étaient Christine Arron et Eunice Barber (argent à l'heptathlon, bronze à la longueur) aux Mondiaux-2005, ainsi que Manuela Montebrun (bronze au marteau). 

Difficile d'aller plus loin

Mais par rapport à d'autres nations et dans certaines familles de l'athlétisme, "nos filles" doivent franchir encore un nouveau cap. Si Myriam Soumaré, Eloyse Lesueur, ou Antoinette Nana Djimou arrivent encore à exister au niveau européen, elles n'ont pas de rôle à jouer à l’échelon planétaire. Selon Bernard Faure, le consultant de France Télévisions, c’est une question de génération. "On ne peut pas dire que les filles ne travaillent pas. Et les méthodes sont connues. Simplement elles ne peuvent pas aller plus loin". Et c’est vrai que l’ambition des Françaises sur ces Mondiaux était plutôt limitée puisque atteindre une finale était pour elles un Graal. Ce n’est pas étonnant lorsque l’on sait que dans les épreuves individuelles, 10 athlètes sur 16 ont été retenues  sans avoir réussi les sacro-saints minimas de la Fédération française.

Ce petit rien qui fait beaucoup

Alors bien sûr il y a eu les relais. La belle quatrième place du 4x400m, qui a failli créer l’exploit, n'efface pas toute interrogation. Car dans le 4x400m par exemple, il manquait un tout petit rien. Ce tout petit rien qui fait que l’on a parfois l’impression que les filles peuvent passer mais que, à un moment, comme on l’a vu avec Cindy Billaud sur le 100 m haies, les obstacles sont un peu trop hauts. "On est dans une année de construction post-olympique. Il y a une action forte à mener sur les pratiques féminines", estime le directeur technique national Ghani Yalouz, sans donner davantage de détails. "C'est un de nos premiers dossiers urgents à la rentrée avec les responsables jeunes", abonde Laurence Bily, manager du sprint et des haies au sein de la DTN.

Trouver la clé

"Le problème n'est pas à la détection. En minimes, on a des filles de qualité, mais quatre-cinq ans après elles disparaissent", précise le président de la FFA Bernard Amsalem, pour qui les trois médailles (sur quatre) remportées l'an dernier aux Mondiaux juniors par des "filles exceptionnelles" sont un "accident de parcours" qui "masque la réalité". Renaud Longuèvre, manager général à la DTN, pointe aussi la concurrence accrue des sports collectifs, plus ludiques et plus médiatisés ces dernières années. Il y a une clé psychologique à trouver ». Peut-être en offrant un peu plus d’exposition aux filles pour leur donner un peu plus l’envie d’être exposée et donc ambitieuse. Pour certains, « le sport reste très masculinisé dans les esprits, ce qui a été dépassé depuis presque un siècle en Russie". Ce n’est donc pas un hasard d’ailleurs si l’essentiel des médailles russes a été gagné par les femmes.

Christian Grégoire