Lance Armstrong musette (RadioShack) TDF 2010
En course, les coureurs doivent penser à s'alimenter régulièrement pour éviter la fringale | AFP - Lionel Bonaventure

On ne badine pas avec la nutrition

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Si l’entraînement est primordial, la nutrition est un aspect décisif que les coureurs ne doivent surtout pas négliger. Pour ce faire, ils sont suivis de près, tout au long de la saison, et encore plus lors des grands Tours, par des nutritionnistes et des médecins. Rencontres avec deux d'entre eux : Hubert Long (BBOX) et Denis Richet (Cofidis).

Plus qu’ailleurs, le monde du sport de haut niveau ne laisse rien au hasard. Notamment en ce qui concerne la nutrition. Du coup, depuis quelques années, les équipes s’entourent de spécialistes pour "mettre en place des programmes individualisés, qui prennent en compte les spécificités et les besoins de chacun", explique Denis Richet, nutritionniste de la Cofidis. Alors que les coureurs du Tour de France dépensent en moyenne 4.000, 5.000 calories par jour, il est plus que nécessaire de recharger les batteries. Mais pas n’importe comment. "Le corps n’est pas seulement une voiture dont on fait le plein d’essence après le voyage, insiste M. Richet. Le principe est d’amener la bonne quantité de nutriments et une portion de calories adaptée. A l’inverse de l’alimentation des fast-foods qui est élevée en calories mais n’apporte pas assez de nutriments pour pouvoir tenir sur une étape". Les menus sont donc concoctés avec soins et de manière précise : des protéines, des sucres lents, beaucoup de fruits et de légumes. Mais dans ce système très encadré, le nutritionniste de la Cofidis ne veut pas délaisser la notion de plaisir : "On doit conserver une dimension épicurienne importante".

Loin de se plein plaindre de ce suivi drastique, les coureurs ont bien conscience de l’importance d’avoir un régime alimentaire adapté. A l’image de Stéphane Augé (Cofidis) : "Si on a une mauvaise alimentation, le foie encrassé, on le paie en course. Il faut donc faire attention à tout ce qu’on mange". Avant de nuancer : "Comme on est sérieux toute l’année, on a toutefois le droit de faire quelques écarts de temps à temps, de boire un petit coup de champagne en cas de victoire par exemple". Si de petits excès sont tolérés, le poids des coureurs est néanmoins surveillé de très près. "Pour obtenir des résultats, un coureur ne doit pas avoir un poids excédentaire, souligne Hubert Long, médecin de la BBOX. On contrôle le poids des coureurs tous les 5 jours et devant ma chambre, il y a toujours une balance sur laquelle ils peuvent voir où ils en sont." Au-delà du poids, la masse grasse est également un indice que les nutritionnistes gardent à l’œil. "On essaye d’amener les coureurs à des indices de masse grasse qui vont entre 8 et 6 %. A ce niveau là, il est normal qu’ils soient filiformes et secs, analyse M. Long. Mais si on tombe sous cette barre, on est dans la pathologie, à la limite de l’anorexie."

Contrôler le poids et suivre un régime alimentaire adapté permettent d’optimiser les capacités des coureurs. Des capacités qui peuvent parfois êtres diminuées par ce que les sportifs appellent "la fringale". "On se sent vidé, on a la tête qui tourne, on se sent ailleurs, on transpire, on a des frissons, bref que de bonnes sensations ! ", ironise Stéphane Augé. "Pendant les minutes qui précèdent la fringale, on se sent très bien. Et là, ça retombe d’un coup. En quelques minutes, poursuit Rémy Pauriol (Cofidis). Pour éviter cela, il faut donc s’alimenter régulièrement pendant la course." La fameuse  "musette" prend alors toute son importance. On y trouve des bidons d’eau, de boissons sucrées, des gels alimentaires, des pâtes de fruits ou encore des barres de céréales. De quoi assouvir les petites faims. Faut-il encore avoir le temps et la possibilité de s’en servir. Lors de l’étape entre Morzine et Saint-Jean-de-Maurienne, où les coureurs devaient franchir pas moins de cinq cols, il n’était pas évident, dans les descentes comme dans les montées, de pouvoir grignoter. Stéphane Augé a d’ailleurs failli en faire les frais. "Dans la Madeleine, j’étais limite et j’ai eu du mal à m’alimenter. Heureusement, j’ai finalement réussi à manger un petit quelque chose". Et donc à rester en course. Preuve en est que l’alimentation n’est pas une chose à prendre à la légère.

Isabelle Trancoën