« Un autre sport est possible »

« Un autre sport est possible »

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A la sortie des Jeux de Sotchi, la Fédération française des clubs omnisports (FFCO) avait réuni au ministère des sports les différents acteurs du sport français pour présenter son nouvel ouvrage : « Après Londres, les JO, regards et perspectives ». Ce livre, en forme du bilan des Jeux londoniens, donne à penser une autre idée du sport. Une nouvelle idée qu’une éventuelle candidature de Paris pour l’obtention des Jeux pourrait porter.

L’ambiance était feutrée ce 25 février au Ministère des Sports. La Fédération Française des Clubs Omnisports (FFCO) avait choisi ce lieu, en présence de Frédéric Delannoy, représentant de la ministre des sports, Mme Fourneyron, pour présenter son nouveau livre : "Après Londres, les JO, regards et perspectives". Derrière ce titre un peu mystérieux se cache une volonté d’ouvrir l’olympisme à tous. Loin de l’élitisme et du pouvoir de l’argent, de plus en plus en vue aux Jeux Olympiques. Ce livre, en forme de constat inhabituel pour le sport de haut niveau, rôdé au bilan chiffré, se  veut une étude plus générale sur les "faits sociaux et politiques qui se sont déroulés sur le terrain londonien avant et après les Jeux" comme le souligne, Jean-Pierre Mougin, vice-président du Comité National Olympique du Sport Français (CNOSF), venu donner à l’ouvrage une crédibilité supplémentaire en lui apportant l’appui du CNOSF. Un appui logique puisque l’ouvrage se veut aussi être une étude sur ce qui a été fait à Londres en vue d’une possible candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques de 2024 ou de 2028. La première partie du livre regroupe des articles de presse, non-sportifs (tirés de Libération, Le Monde, Le Figaro, L’Humanité et la Croix), et la deuxième ouvre sur une table ronde de spécialistes appelés à se poser les bonnes questions autour de l’olympisme, de ses valeurs et de son avenir.

Une vision plus réaliste du sport

"Non-spécialiste des Jeux Olympiques", c’est comme ça que se qualifie Gérard Perreau-Bezouille, co-président de la FFCO en compagnie de Patrick Bacqué. C’est d’ailleurs pour ça que les deux hommes n’ont pas voulu d’un livre qui "rait sur les plates-bandes du comité olympique mais plutôt de travailler le rapport entre les Jeux Olympiques et la société pour proposer des regards forcément différents". Ainsi, l’olympisme, sans sa nature mercantile et élitiste, développée à outrance ces dernières années, redevient du sport dans sa définition pleine entière, le sport « des femmes, des hommes, porteurs de l’émancipation ».

Le sport pour tous, sujet central du livre est aussi le thème d’une exposition visible au ministère des sports. Une exposition à l'idée simple mais effiace, cinq anneaux olympiques, cinq sens chez l’être humain et « un autre sport possible » au milieu de tout ça. Cette dualité entre le livre et l’exposition, donne à l’ensemble une image fraîche. Si les auteurs ont voulu s’échapper du sport de haut niveau, ce n’est pas pour rendre le sport moins attrayant mais plutôt pour redonner aux acteurs principaux, que sont les clubs, l’entière responsabilité du sport et donc du lien social qui en découle. Car la FFCO, entité responsable de tous les clubs sportifs de France, au premier rang desquels, la JSF Nanterre, représentée par Pascal Donnadieu ce 25 février, est avant tout un organisme d’aide pour les clubs qui en font la demande. Conseils administratifs, juridiques, la FFCO croit très fort que les clubs omnisports sont la base du sport. Cette pyramide qui amène les meilleurs sportifs français à disputer les Jeux Olympiques ne seraient rien sans cette base, vecteur principal de la pratique sportive en France.

C’est sur cette base que s’appuie aussi le livre. Comme le dit Gérard Perreau-Bezouille, "les clubs sont [leur] cœur de cible". Alors qu’aujourd’hui, les valeurs de la société s’étiolent de plus en plus, la reponsabiité du sport devient chaque jour plus grande. Les valeurs de l’olympisme, si chères aux organisateurs et commentateurs, ce sont bel et bien les clubs qui les portent en premier lieu. La FFCO veut aussi faire de ce livre un plaidoyer pour qu’une éventuelle candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques 2024 ou 2028 n’oublie personne. Qu’elle soit le reflet d’un sport français populaire et ouvert.

Paris doit-il candidater ?​

En présence d’un représentant du CNOSF, la candidature de Paris pour 2024 ou 2028 a été évoquée. Dans, la seconde partie, les spécialistes, appelés à se réunir et à échanger en table ronde, se posent la question du bien fondée d’une candidature française à l’organisation de Jeux Olympiques. Si pour eux, la question se place plutôt sur les terrains, géopolitique, financier ou encore du point de vue des infrastructures, la FFCO a tenu à placer le débat sur un autre plan : celui du sport pour tous. Car aujourd’hui, on le voit de plus en plus, c’est autant une ville, qu’un pays, qui organisent les Jeux. L’idée d’une candidature de Paris doit s’appuyer sur un grand nombre de personnes. Pour Gérard Perreau-Bezouille, la grande banlieue doit être partie intégrante du projet. A l’heure du "Grand Paris", l’idée trouve d’ailleurs une répercussion excellente. Pour redonner au sport amateur ses lettres de noblesses, les clubs devront être écoutés. Qui d’autres connaît mieux le sport au quotidien qu’un club omnisport ? La réponse est simple personne.

Pour la FFCO, le constat est clair : un autre sport est possible. Un sport vivant où les femmes et les hommes redeviendraient les acteurs principaux. Les Jeux Olympiques de Sotchi, ou de Pékin dernièrement ont posé les germes d’un débat qui doit être mené avec sérieux : la géopolitique doit-elle compter à l’heure de l’attribution de l’organisation des Jeux Olympiques ? Dans les deux cas, les droits de l’Homme ne sont pas toujours respectés dans les pays en question. Ce qui ne les a pas empêchés de décrocher les JO. Pourquoi ? Parce que le sport a oublié sa base. Pour la FFCO, les auteurs du livre et les spécialistes qui ont donné leur avis, Paris ne doit pas tomber dans cet écueil. Pour que, comme le dit Gérard Perreau-Bezouille dans sa postface du livre, l’olympisme soit : "solidaire, omnisports, démocratique, populaire, féministe, intergénérationnel, éducatif, nord/sud, durable et écologique."

Christophe Gaudot @ChrisGaudot