Thierry Braillard : "Créer un plan Marshall du sport"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Alexandre Boyon
Thierry Braillard
Thierry Braillard, ancien Secrétaire d'Etat aux Sports | MaxPPP - Maxime Jegat

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Thierry Braillard est retourné à "son étude". S’il a repris son métier d’avocat, le Secrétaire d’Etat aux Sports de François Hollande (mai 2014-mai 2017) est toujours aussi passionné. La crise du Coronavirus bouleverse et questionne le monde du sport. Braillard nous apporte son éclairage. Championnats professionnels, aide aux sportifs, Paris 2024... Réflexions et propositions, sans langue de bois.

Quelles sont les répercussions du COVID-19 sur le monde du sport ?
Thierry Braillard : "Mon analyse, c’est que dans un premier temps tout le monde a voulu dresser des plans sur la comète et après 15 jours de confinement, on n’en sait pas plus sur la sortie de ce confinement. On ne sait pas quelles sont les règles même si on se doute bien que l’on ne pourra pas se regrouper avec du public du jour au lendemain. Tout cela interpelle. En ce qui concerne les calendriers, il fallait prendre des décisions sur des compétitions qui parfois engagent une vie, je pense aux Jeux et là, le CIO a très bien fait les choses. Sur les championnats en cours, je suis très dubitatif. J’entends “On va reprendre tel jour, on va jouer à telle période” certains parlent mais n’ont aucun indice sérieux qui leur permette de prendre ces initiatives. C’est comme pour les examens d’études, j’ai un enfant qui doit passer le Bac, or pour l’instant, il n’a même pas l’assurance de pouvoir reprendre les cours le 5 mai."

Et l’impact sur les sportifs ?
TB : "Une chose à laquelle on ne pense pas est liée au syndrome de stress post traumatique que beaucoup de sportifs vont avoir après le confinement. Il ne faut pas croire qu’on reste chez soi pendant un mois et qu’on ressort indemne. Les gens vivent le confinement différemment, il y en a qui craquent déjà, d’autres qui vont craquer. Quand on est sportif de Haut-niveau, qu’on a l’habitude de bouger et que l’on reste entre 4 murs, c’est pas simple à gérer. Le ressenti des sportifs, surtout dans le monde professionnel, n’est absolument pas pris en compte, il va falloir se pencher très sérieusement sur la question."

Un plan Marshall du sport

Comment ?
TB : "Il faut mettre en place un plan Marshall du sport amateur et professionnel. Dans le sport amateur, pas mal de fédérations vont être complètement impactées et dans le monde professionnel, la situation de trésorerie de certains clubs laisse penser que ce sera compliqué. Le sport est un des meilleurs vecteurs d’intégration sociale, essentiel au développement de l’être humain. Les clubs en sont le terreau, il faut donc qu’ils puissent repartir. Ce plan Marshall doit donc forcément passer par un plan financier. On n’ a pas le droit de laisser des clubs mourir suite à cette pandémie, au contraire."

Avec quel argent, quels moyens ?
TB : "Concrètement, il faut un outil. Je pense que la fondation du sport est l’outil idoine pour recevoir ces fonds. Il faut ensuite un comité éthique pour les redistribuer. Avec le CNOSF, l’Agence Nationale du Sport nouvellement créée et les collectivités territoriales, il y  a des atouts et des outils. Tout le monde pourra aider par ce biais. La reconstruction du sport français passera par ce plan Marshall sinon, les clubs qui ont déjà parfois un manque de bénévoles, de reconnaissance, mettront la clef sous la porte."

Période d’incertitude

Avec le coronavirus, les Jeux de Tokyo sont repoussés d’une année, quel peut-être l’impact sur Paris 2024 ?
TB : "Moi, je suis un optimiste. Même si 2020 sera une année noire pour beaucoup d’entreprises, ce que l’on entend de la Banque Centrale Européenne et du côté du gouvernement va dans le bon sens. Ils veulent soutenir les entreprises et elles en auront bien besoin pour relancer l’économie, ce qui est indispensable. Maintenant il faut des partenaires, ce qui est sûr c’est que la sollicitation de certaines grandes entreprises par Paris 2024 va prendre un an de retard. Le budget sera bouclé mais disons qu’il va y avoir une période d’incertitude. Quand on veut organiser les choses au mieux, moins il y a d’incertitudes, mieux on se porte."

La NBA comme modèle

Les championnats professionnels sont–ils en danger ?
TB : 
"Il va falloir se recréer avec différentes approches, et notamment une qui revient ces derniers jours, celle de ligue fermée (Ndlr: comme les championnats professionnels américains type NBA où il n’ y a ni relégation, ni montée). Un modèle qui irait à l’encontre du modèle français du sport, mais les entreprises qui ont beaucoup investi et qui vont perdre de l’argent vont avoir besoin d’être sécurisées d’avantage. Aujourd’hui, suite à l’arrêt Bosman de 1995, on est dans une mondialisation et surtout une européanisation du football. On peut refuser sur le plan de l’éthique mais c’est un choix qu’il faudra assumer si nos voisins espagnols, allemands et italiens y viennent. Ce problème n’est pas franco-français, c’est une question surtout européenne. Le rugby travaille déjà dessus. Le basket va se reposer la question, il devait y avoir une montée et trois descentes là, avec la crise, certains se diront “On perd de l’argent et en plus on descend, quel intérêt ?” Il y a cet instinct de protection qui va rentrer en ligne de compte."

Alexandre Boyon boyonalexandre

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