Reprise EPS collège
Le collège Notre-Dame Jean-Paul II de Ploemeur (Morbihan) a accueilli des élèves dont l'implication des parents était essentielle dans la gestion de l'épidémie de covid-19. | Manon Caveribère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Réouverture des collèges : entre adaptation et réalités locales, les professeurs d'EPS reprennent dans le flou

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Comme pour les écoles primaires, la réouverture des collèges en zone verte impose un protocole strict aux établissements afin de limiter la propagation du coronavirus. Si l’enseignement va progressivement reprendre, les cours d'éducation physique et sportive (EPS) vont devoir s’adapter aux mesures, au point parfois de se réinventer. Seule la logique du cas par cas s’appliquera.

Après les écoles, c’est autour des collèges. Ce lundi, les établissements situés en zone verte rouvriront leurs portes et accueilleront de nouveau les élèves de 6e et 5e uniquement et sur la base du volontariat. Mais cette reprise n’aura rien d'habituel, notamment pour les cours d'éducation physique et sportive (EPS). “Nous, on ne parle ni de cours, ni de reprise, ni d’EPS, tranche Benoît Hubert, secrétaire général du syndicat national de l'éducation physique (SNEP-FSU). Il n’y a pas de continuité pédagogique au sens propre du terme. Ce n’est pas une reprise des cours avec des contenus spécifiques, c’est plutôt une remise en forme.”

Dans le guide du Protocole sanitaire relatif à la réouverture et au fonctionnement des collèges et des lycées, le ministère de l’Education nationale détaille au fil de ses 54 pages, un ensemble de mesures strictes à appliquer afin de lutter contre la propagation du coronavirus : groupes de 15 élèves maximum, distanciation sociale entre les élèves de 10 mètres pendant la course et de 5 pendant la marche rapide, interdiction des jeux de ballon, privilégier les activités en extérieur, interdiction d'utiliser du matériel sportif ou alors s’assurer de leur désinfection régulière…

De nombreuses questions encore en suspens

Si le protocole est strict et nécessaire, Benoît Hubert reproche au ministère de l’Education nationale de laisser le corps enseignant “se débrouiller” quant à la réalisation concrète des mesures. “Nous n’avons pas d’indication sur les possibles, autrement dit le ministère s’en remet à l’intelligence collective. C’est la grande débrouille”, affirme-t-il. Comme souvent, il n’y aura pas une pratique unique dans l‘adaptation de ce protocole. En fonction des établissements et des réalités locales, chacun optera pour sa solution. “J'ai envie de revoir les élèves bien sûr, mais nous ne sommes pas si sereins que ça. Malgré ce protocole strict, nous n’avons pas tous les moyens pour être sûrs que tout se passe dans de bonnes conditions”, s’inquiète Sophie Lopez, enseignante d’EPS au collège Paul Eluard à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). 

Et pour cause, de nombreuses questions attendent encore leurs réponses. “Le port du masque est-il obligatoire pendant l’EPS ? Les vestiaires sont interdits, mais cela signifie-t-il que les élèves doivent porter toute la journée leurs vêtements de sport ? Ce n’est pas très hygiénique non plus. Quant au matériel sportif, qui est interdit, je pense que certains sont utilisables, affirme le syndicaliste Benoît Hubert. Cela mériterait d’avoir un protocole spécifique qui puisse nous dire dans quel cadre intervenir”, tranche-t-il.

Des chefs d'établissement hésitants sur la reprise de l'EPS

Face à la reprise et à ces questions sans réponses, certains chefs d’établissement ont hésité, voire refuser de faire reprendre les cours d’EPS dans leur collège. “Des chefs d'établissement ne sont pas rassurés quant à la reprise de l’EPS. Ils voient que la pratique physique peut être génératrice de transmission du virus, plus facilement que d'en d'autres matières en salle de classe. C'est pourquoi certains ont interdit la reprise de l'EPS”, explique Benoît Hubert

Une crainte bien présente au collège Paul Eluard à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). “Notre chef d’établissement était hésitant pour reprendre les cours d’EPS. D’abord, parce que les installations sportives autour du collège sont fermées et que nous n’avons qu’une petite cour. Autre problème : le matériel à désinfecter. Nous n’avons pas assez d'agents pour effectuer le nettoyage nécessaire tout comme nous n’avons pas suffisamment de produits désinfectants”, résume Sophie Lopez, enseignante d’EPS. 

Après une réunion de pré-rentrée vendredi, Sophie Lopez proposera donc à ses élèves, non pas un cours d’EPS, mais “un éveil musculaire” avant de rentrer en classe. “Les élèves seront répartis dans la cour de récréation, dans des cerceaux situés à 4 mètres de distance des uns des autres. Sous une forme de petits jeux ludiques, ils devront réaliser des mouvements type yoga, de relaxation, de danse ou de renforcement musculaire”, explique l’enseignante, qui espère pouvoir réaliser cet éveil un maximum de fois par semaine. Une remise en forme plutôt qu’un cours de sport à proprement dit, qui permettra de reprendre en douceur la pratique physique avec une activité modérée. “Les élèves sortent de deux mois de confinement, dont certains, n’ont fait aucune activité physique.” 
 

Depuis le 16 mars, le collège Notre-Dame Jean-Paul II de Ploemeur (Morbihan) accueille des élèves dont l'implication des parents est essentielle dans la gestion de l'épidémie de covid-19.
Depuis le 16 mars, le collège Notre-Dame Jean-Paul II de Ploemeur (Morbihan) accueille des élèves dont l'implication des parents est essentielle dans la gestion de l'épidémie de covid-19. © Manon Caveribère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Une aide aux devoirs qui fait grincer des dents

Cet éveil musculaire précèdera une “aide aux devoirs”. En effet, les enseignants d’EPS seront amenés à faire de l’accompagnement, à défaut de pouvoir réellement enseigner leurs disciplines. “On demande aux professeurs d’EPS d’aider les élèves sur des matières qui ne sont pas les nôtres, comme les maths, l’anglais ou l'histoire”, souligne Sophie Lopez.

Une mesure qui provoque la colère d'enseignants d’EPS. Car au-delà de cette "aide aux devoirs", c’est un dispositif plus large mis en place par les ministères de l'Education nationale et des Sports, les 2S2C - sport, santé, culture, civisme - qui est contesté. Son objectif ? Pendant que les professeurs prendront en charge une partie d’une classe pour leur enseigner les savoirs fondamentaux, l’autre partie de la classe pourrait être confiée à des associations et clubs, aussi bien sportifs que culturels, et ce sur le temps scolaire. "Les activités pratiques et sportives se différencieront de la mise en œuvre des programmes d’Education physique et sportive (EPS) ou des contenus habituels de perfectionnement sportif des écoles sportives de club. Cette offre éducative de qualité a pour objectif de répondre aux enjeux de remobilisation des enfants et des jeunes dans une logique de continuité éducative associant l’ensemble de la communauté éducative", écrit le ministère des Sports sur son site. 

“On ne comprend pas pourquoi nous sommes restreints à de l’aide aux devoirs, qui sera, soyons honnêtes, de la garderie”

Une mesure aberrante pour le corps enseignant. “En tant que prof d’EPS, nous ne pouvons pas faire notre travail parce qu’on nous limite l'accès aux installations, mais les élèves peuvent faire du sport dans des gymnases avec des animateurs de clubs ? On ne comprend pas pourquoi nous sommes restreints à de l’aide aux devoirs, qui sera, soyons honnête, de la garderie”, s’insurge Sophie Lopez. “C'est quand même bête d'avoir 30 000 enseignants formés à bac + 5 et d'aller chercher des compétences moindres ailleurs”, ajoute Benoît Hubert. 

Repenser sa discipline

A Ecommoy (Sarthe), au collège Alfred de Musset, les élèves auront, eux, cours un jour sur deux, par groupe de 15 élèves maximum. Si l’accès au gymnase est interdit, une salle au collège a été réservée pour les cours de sport. Dès lundi, Aline Acciari-Fabre, enseignante d’EPS, proposera à ses élèves des cours de relaxation et du renforcement musculaire, un programme qu’elle avait déjà commencé à distance avec ses classes, pendant le confinement. “En tant que prof d'EPS, on a dû se renouveler pendant le confinement et pour la reprise. J'ai entièrement repensé ma pédagogie et ma discipline. Ainsi, la relaxation colle parfaitement avec la période très anxiogène subie par tout le monde y compris les élèves”, explique-t-elle. 

“Si la météo ne permet pas que l’on soit en extérieur, nous nous installerons dans la salle dédiée à cet effet. Les agents d’entretien devront désinfecter l’intégralité de la pièce avant et après chaque passage, tout comme les professeurs qui devront répéter ces gestes. Au final, ces mesures vont rajouter du temps, mais cette contrainte est nécessaire”, détaille Aline Acciari-Fabre. En plus du nettoyage systématique, un sens de circulation a été mis en place et le port du masque sera obligatoire sauf si les élèves se situent à plus de 5 mètres de distance.

“Les élèves sont contents de revenir au collège et de retrouver leurs copains, mais ils ne s'attendent pas à tout ce dispositif”

Pour la pratique au stade, la réglementation est là encore très stricte. “Dès l’arrivée au stade, tout le monde devra se laver les mains avec du gel hydroalcoolique, enlever le masque, se positionner à une place spécifique et respecter les distances d’au moins 5 mètres. Pour sortir du stade, il faudra là encore suivre le sens de circulation et prendre un nouveau masque pour retourner au collège”, précise l’enseignante. Pour ce qui est de la première séance en revanche, Aline Acciari-Fabre s'attellera à un moment de questions-réponses avec ses élèves afin de reprendre un contact “physique” avec eux. “Les élèves sont contents de revenir au collège et de retrouver leurs copains, mais ils ne s'attendent pas à tout ce dispositif.”

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“Si on reprend l'école, on reprend tout, y compris l’EPS"

Du côté du Tarn-et-Garonne, au collège Jeanne d'Arc à Moissac, la première semaine sera elle aussi centrée sur l’accueil des élèves afin de s’assurer de la bonne reprise. Pour respecter les mesures sanitaires, Maxime Queyret, professeur d’EPS, imagine proposer des cours théoriques à ses élèves. “Pendant le confinement, j'ai travaillé avec mon collègue de SVT sur l'élaboration d'exercices en lien avec la connaissance du corps humain. C’est une option envisagée pour la reprise. J'imagine aussi travailler sur des séries documentaires sur le sport et l’analyse qui en est faite par les élèves”, indique Maxime Queyret.

Si les mesures s’assouplissent, l’enseignant envisage de reprendre la pratique physique. Mais dans l’état actuel et avec les nombreuses mesures à respecter, "je ne me vois pas pour le moment faire cours d'EPS.” Malgré l’improvisation et l'adaptation au cas par cas, la reprise était nécessaire pour ce jeune enseignant. “Si on reprend l'école, on reprend tout, y compris l’EPS. Les élèves sont-ils plus en danger dans une salle de classe fermée ou à l’extérieur en cours de sport ? Je ne suis pas sûr que l'EPS soit plus dangereuse qu'une autre matière”, conclut-il.

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