Remaniement ministériel : Quel bilan pour Roxana Maracineanu au ministère des Sports ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Maracineanu
Roxana Maracineanu. | LUDOVIC MARIN / AFP

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Ce vendredi, Edouard Philippe a remis la démission de son gouvernement. Une démission qui intervient alors qu’un remaniement ministériel était annoncé depuis plusieurs jours. Parmi les changements possibles, celui de la ministre des sports. Arrivée au gouvernement en septembre 2018, Roxana Maracineanu pourrait ainsi quitter ses fonctions après un peu moins de deux ans. Si la ministre a obtenu des avancées notamment sur le dossier des violences sexuelles dans le sport où elle a réussi à briser l'omerta et les tabous, son bilan -provisoire ?- reste toutefois en demi-teinte.

Roxana Maracineanu fera-t-elle les frais du remaniement ministériel consécutif à la nomination du nouveau Premier ministre Jean Castex ? Arrivée le 4 septembre 2018, elle avait succédé à l’ex-escrimeuse Laura Flessel, empêtrée dans une affaire d'omission fiscale. Un peu moins de deux ans plus tard, l'heure est au premier bilan pour l’ancienne nageuse, qui faisait ses premiers pas en politique. Pendant cette période, Maracineanu a dû gérer une actualité intense : homophobie dans les stades, violences sexuelles dans le sport ou encore la crise actuelle du coronavirus. Des sujets brûlants plus ou moins bien gérés. Retour sur les gros dossiers de la ministre. 


► Le dossier des violences sexuelles

Il s’agit sans aucun doute du dossier le plus exposé médiatiquement qu’a dû gérer Roxana Maracineanu au ministère des sports : les violences sexuelles. Tout commence avec la publication, le 30 janvier dernier, du livre de l’ancienne patineuse Sarah AbitbolUn si long silence (éditions Plon), qui raconte les viols et agressions sexuelles qu’elle a subis durant son adolescence par son entraîneur de l’époque Gilles Beyer, qui a reconnu les faits. Des révélations qui ont fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde du sport et qui a contraint Didier Gailhaguet à démissionner. Et cette démission a peut-être été l’une des grandes victoires de la ministre. Alors que le président de la Fédération française des sports de glace, à sa tête depuis plus de 20 ans, niait toute implication dans cette affaire, Roxana Maracineanu a pris position personnellement afin que Didier Gailhaguet démissionne et que cela permettre d’épurer cette fédération largement concernée par des faits d’agressions sexuelles. Courageuse et allant au front, la ministre a permis, sous son influence, de briser les tabous et de libérer la parole des sportifs. 

La ministre ne s’est pas contentée de réagir publiquement dans cette affaire. Le 21 février, elle a lancé une Convention nationale sur la prévention des violences sexuelles dans le sport. Six mois après son lancement, cette cellule, dont l’objectif est donc de lutter contre les violences sexuelles dans le sport, a déjà porté ses fruits. Lors d’une conférence de presse cette semaine, la ministre a ainsi indiqué qu’au 1er juin, 177 agresseurs présumés ont été identifiés par le ministère. Près de 90 procédures judiciaires sont en cours concernant ces affaires, et 16 personnes sont actuellement incarcérées. Parmi les victimes, 98% sont des mineurs. Une attention de l’Etat aux cas de violences qui s’est donc accrue ces derniers mois sous l'influence de Roxana Maracineanu
 

► La crise du coronavirus 

Le passage de la ministre des Sports dans le gouvernement d'Edouard Philippe a aussi été marqué par la crise inédite du Covid-19. La pandémie mondiale a contraint les autorités françaises à confiner la France. Ainsi, le sport, à l’image de toute la société française, s’est arrêté. Face à l’ampleur de la crise, Édouard Philippe avait annoncé fin avril que les saisons de Ligue 1 et Ligue 2 de football ne pourraient pas reprendre avant plusieurs mois. La FFF a ensuite décidé de mettre fin à la saison. Une décision qui avait provoqué la colère de Jean-Michel Aulas, qui a attaqué plusieurs fois la ministre dans la presse ces derniers mois. 

Roxana Maracineanu s’est ainsi illustrée pendant cette crise et ses conséquences, par son franc-parler, en répondant au président de l’OL. La ministre et le président de l’OL ont ensuite échangé plusieurs pics par médias interposés. Face aux nombreuses déclarations d’Aulas, la ministre avait répondu notamment que "les salles de cinéma vont rouvrir bientôt. Si Monsieur Aulas a différents scénarii à proposer, je l'invite à en faire un film et à le proposer en salle puisqu'il y aura du public". 

Mais cette crise du coronavirus a notamment mis en lumière les difficultés de la ministre à communiquer à travers de nombreux rétropédalages. D’abord, en envisageant un huis clos pour de nombreux événements tels que le Tour de France. La ministre avait ensuite déclaré qu’il n’était pas envisageable que le sport reprenne de façon normale sans vaccin. Une déclaration surprenante étant donné qu’un potentiel vaccin ne serait pas accessible avant 2021 au plus tôt. Puis la ministre s’était ravisée en annonçant la possibilité de voir du public sur la Grande Boucle comme dans les stades cet été. Des annonces changeantes et des approximations de la part de la ministre, même si le contexte de l’époque faisait que beaucoup d’éléments étaient encore inconnus sur le virus. 

► Homophobie dans les stades 

Roxana Maracineanu a dû aussi affronter un autre sujet sociétal, malheureusement ancien, l’homophobie dans les stades de foot. Sur ce sujet encore, le bilan est en demi-teinte. Le 23 mars 2019, la ministre des Sports, se disait "horrifiée" par les chants "inadmissibles" de supporters parisiens lors d'un PSG-OM disputé quelques jours plus tôt. Ce match a d’ailleurs déclenché un débat national sur la question des chants homophobes. "J'encourage la Ligue, et j'y travaille avec Nathalie Boy de la Tour (la présidente de la LFP), pour qu'il y ait des pénalités", avait déclaré la ministre. Mais après ses déclarations, la ministre s'est heurtée à la difficulté de mettre en oeuvre la tolérance zéro qu’elle prônait. Au point qu’à l’automne de la même année elle indiquait : "Il y a eu des manifestations inutiles de mépris et d'humiliation [...]. On n'est pas dans l'idée de sanctionner mais plutôt d'expliquer, de prévenir et d'inciter le monde sportif à prendre sa part dans ce combat sociétal."

Ainsi, seul fait notoire qu’a déclenché la prise de position de la ministre, des arbitres de L1 et de L2 ont interrompu des matches en août 2019 en raison de chants jugés homophobes ou discriminatoires. La commission de discipline de la Ligue a elle aussi essayé d’agir en décidant la fermeture de tribunes pour les motifs similaires. Mais passé ces actes, le sujet a été peu à peu oublié pour éteindre la fronde des supporters. En parallèle, elle n’a pas été aidée par le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, aux positions très conservatrices, qui avait demandé en septembre 2019 aux arbitres de ne plus arrêter les matchs. Des chantiers ont certes été lancés par la LFP pour à la fois faire un état des lieux des discriminations dans les stades français et mener également des plans d’actions afin de sensibiliser. Mais aujourd’hui, les avancées sont en stand-by. 

► La création de l’ANS

La ministre des sports a aussi à son actif la création de l’Agence nationale du Sport en avril 2019. Ce groupement d’intérêt public devient ainsi un nouvel opérateur de l’Etat, rattaché au ministère des Sports. Il a pour mission d’accompagner les "politiques publiques et porter les objectifs fixés par la ministre des Sports en matière de haut niveau et de sport pour tous", précise le ministère. En clair, c’est au sein de cette agence, et non plus au ministère, que seront décidés les montants des subventions aux fédérations pour le haut niveau. Ses missions précises étant : "la haute performance et le développement des pratiques dans une seule et même structure", écrit encore le ministère des Sports. L’objectif de la ministre via cette agence est de réussir à créer un lien "plus fort avec les sportifs, les territoires, le monde de l’entreprise", indiquait-t-elle fin juin. 

Si la création de cette nouvelle agence a été critiquée par une partie du milieu sportif qui la voyait comme un "désengagement de l’Etat", la ministre a répondu que l'ANS représentait "un outil complémentaire du ministère et de ses partenaires", qui doit être "plus agile qu'une administration" et "plus ouvert à d'autres acteurs qui veulent participer à la mise en oeuvre des politiques publiques du sport". Pour l'heure, il est encore difficile de faire un bilan sur cette question, mais la communication menée autour de cette réforme a été en tout cas mal comprise. 

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