Quand l'activité physique devient une arme contre le cancer

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Malades de Sport
Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier souhaitent promouvoir l'activité physique comme arme contre le cancer. | Emeric Gouëbault

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Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier ont affronté ensemble le cancer. Leur combat, qui a commencé il y a quatre ans lors du cancer du système lymphatique de Vincent, se poursuit aujourd’hui pour mieux faire reconnaître le sport santé et notamment les bienfaits de l’activité physique chez les patients sous chimiothérapie. A l’occasion de la sortie de leur livre “Malades de sport, un remède contre le cancer”, Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier ont raconté leur histoire et leur combat à France tv sport.

Tout commence à l’été 2016. Vincent Guerrier, alors âgé de 23 ans, se plaint de fatigue importante et de démangeaisons persistantes, jour comme nuit, pendant plus de six mois. Les médecins ne parviennent pas tout de suite à en trouver la cause. Cet étudiant en journalisme à l'ESJ pro de Montpellier, féru de sport, a même arrêté la course à pied et le vélo, tant la fatigue prenait le dessus. “J'avais un peu écarté l'idée que ce soit quelque chose de grave car j'avais 23 ans à l'époque, et je ne m'attendais pas à avoir un cancer à cet âge”, explique le Normand, aujourd’hui âgé de 27 ans.

Après une série d’examen, la mauvaise nouvelle tombe. Vincent est atteint d’un cancer du système lymphatique. Commence alors la chimiothérapie. Amoureux de sport, Vincent ne se résout pas à rester cloué au lit. “J’ai demandé à mon hématologue ce qu’il pensait de l'activité physique pendant les traitements, et si j’avais le droit de reprendre le sport. Il était un peu sceptique. Il m’a dit 'Ne vous mettez pas dans un état pas possible, de toute façon votre corps va s'affaiblir au fur et à mesure des chimiothérapies. Reprenez si vous voulez mais faites attention' ”, se souvient Vincent.  

Objectif marathon  

Mais le vrai déclic eu lieu lorsque son cardiologue lui explique les effets secondaires des traitements de radiothérapie et notamment le risque que les rayons détruisent ses cellules saines au niveau poumon, et donc le risque à long terme qu'il ait des capacités respiratoires amoindries. “Il m’a dit, un peu sur le ton de la blague, "vous ne courrez pas un marathon mais on s'en sort bien dans le quotidien", rapporte-t-il. Vincent Guerrier qui ne voulait pas arrêter le sport, ne peut se résoudre à ce constat. Alors, avec Léa Dall'aglio, sa compagne, elle aussi étudiante en journalisme dans la même école, ils décident de reprendre la course à pied ensemble et de se préparer pour courir le marathon à la fin de son traitement. Peu à peu, il reprend ainsi goût à l’effort, de manière adaptée. Avec Léa, toujours à ses côtés.

Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier.
Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier. © Emeric Gouëbault

Cette reprise de l’activité physique fut bénéfique. “Ça allait à l'inverse de tout ce que pouvait me prédire l'hématologue. Avec les traitements, j'avais perdu du poids et du muscle, j'étais déconditionné. Lors des chimios, je comparaissais la sensation éprouvée à celle d’une gueule de bois, qui durait 4 ou 5 jours. On est fatigué, on a envie de rien, juste de rester au lit. Et ces effets-là étaient moins important à la fin des traitements grâce au sport”, affirme Vincent. “A la fin de la chimio, je faisais 3 ou 4 séances de sport par semaine, et j'avais repris du muscle. Entre le début et la fin des chimio, j’étais plus en forme à la fin”, se souvient-il. D’ailleurs, Vincent est allé au bout de son défi puisqu’il a couru le marathon de Lille, en 2017.  

“Il faut que l’activité physique soit systématiquement proposée aux patients dès que le diagnostic est posé, pour que ce ne soit pas une perte de temps pour le patient” 

A la fin des traitements, Vincent parvenait même à aller courir le lendemain ou le sur lendemain des chimio. Une qualité de vie améliorée par l’activité physique et un constat qui a poussé le couple de journaliste, installé aujourd'hui à Caen, à enquêter sur les bienfaits du sport sur les malades, atteint de cancer.  

Peu à peu, cette enquête est devenue un projet de vie pour les deux journalistes. Ils ont d’abord tourné un documentaire, intitulé Malades de sport, qui montrait à travers trois témoignages de patients ainsi qu’un discours scientifique les valeurs du sport et ses effets sur les patients atteints de cancer. Puis, ils ont créé leur site internet, du même nom, qui recense toutes les informations sur ce sujet et qui concerne à la fois le cancer, et d’autres pathologies. Leur dernier projet en date est la sortie de leur livre “Malades de sport, un remède contre le cancer”*. Toujours axé sur l’activité physique et le cancer, l’ouvrage revient aussi sur l’histoire de Vincent. Le couple d’auteurs y dresse également un état des lieux du sport santé en France, avec un point sur les études scientifiques, les initiatives déjà existantes ou encore un bilan législatif. “Pour nous, il faut que l’activité physique soit systématiquement proposée aux patients dès que le diagnostic est posé, pour que ce ne soit pas une perte de temps pour le patient. Après, c’est au patient de décider”, appelle Léa. 

Quand l'activité physique devient une arme contre le cancer
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Aujourd’hui, on peut adapter l’ensemble des pratiques physiques. “On peut faire de la marche nordique, du football en marchant par exemple. L’idée est d’adapté l’intensité et la fréquence, avec des professionnels qui encadrent, pour une pratique en sécurité”, précise Vincent. “Pour commencer, les patients peuvent aller marcher, faire du vélo d’appartement, ou même faire du jardinage, toutes ces choses très simples du quotidien. Il faut essayer d'être le moins sédentaire possible. Plus on va être assis et allongé, plus le corps va se déconditionner et moins le patient va bien supporter les traitements”, ajoute Léa 

40% de risque de récidive en moins 

Aujourd’hui, “notre plus belle victoire est d’avoir convaincu l'hématologue de Vincent. Un ou deux ans après lui, il a mis en place, dans le service hématologie du CHU de Caen, des cours d’activité physique adaptée, deux fois par semaine, et directement proposés dans les chambres des patients. Les lignes bougent et on en parle de plus en plus. Mais il faut mieux informer les médecins traitants et les spécialistes", souligne Léa. Si les choses bougent, c’est notamment parce que les bienfaits du sport sont prouvés. “Les patients atteints de cancer pratiquant une activité physique ont jusqu’à 40% de risque de récidive en moins, ce qui est énorme”, indique Vincent. Et la loi suit elle aussi. En effet, la première grande avancée remonte à 2017, avec la mise en application de la loi du sport sur ordonnance. Les médecins peuvent depuis ainsi prescrire de l'activité physique à leurs patients atteins de maladies chroniques.

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Soudés pour mener le combat contre le cancer, les deux journalistes sont maintenant engagés pour l’élargissement du sport santé. “Notre projet nous porte. Il est un peu devenu une thérapie finalement car on se sent utile. On souhaite que les gens soient nombreux à découvrir ce support et à s'y mettre”, espère Vincent.  

***  “Malades de sport, un remède contre le cancer”, de Léa Dall'aglio et Vincent Guerrier, 188 pages, 18 euros (Editions du Faubourg). En librairie.

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