Charles Coppolani

"Après le sevrage du confinement, les parieurs sportifs peuvent perdre le contrôle", selon le Président de l'Arjel, Charles Coppolani

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Charles Coppolani est le président de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel). Selon lui, les parieurs sportifs, qui se sont massivement reportés sur le poker pendant le confinement, pourraient perdre le contrôle lors de la reprise du sport mondial.

L'Arjel a publié un communiqué en plein confinement, mettant en garde les parieurs sportifs sur les dérives du poker. Pourquoi ? 
Charles Coppolani : "Nous avons constaté pendant ces quelques semaines de confinement qu'il y avait une augmentation très nette de la pratique du poker en ligne. De 300 000 comptes joueurs, nous sommes passés, en quelques jours à 500 000. De plus, le total des dépenses liées aux jeux en ligne, qui ne dépassent pas 5 millions d'euros en temps normal, est passé à 16 millions pendant le confinement. Ce qui veut dire qu'on a plus joué, alors que les rencontres sportives ont totalement cessé. Comme la population des joueurs de paris sportifs et celle du poker sont assez proches en âge (près de 70% de moins de 35 ans) et qu'il n'est pas rare de voir des joueurs de paris sportifs jouer également au poker, nous avons supposé que les parieurs sportifs s'étaient très naturellement reportés sur le poker."

En quoi est-ce un problème que les parieurs sportifs se mettent au poker ? 
CP : "En soi, ce n'est pas un problème. En revanche, l'Arjel se doit de mettre en garde les joueurs contre la perte de contrôle. Comme je l'ai dit, nous avons remarqué que la pratique du pari s'était intensifiée de manière importante. Le risque de perte de contrôle est accru. C'est pourquoi il est aussi primordial de rappeler aux opérateurs (les entreprises de paris sportifs et de poker en ligne) qu'elles ne doivent pas en profiter pour multiplier les incitations au jeu."

Comment les personnes dépendantes aux paris sportifs ont-elles pu réagir à ce manque de compétition ? 
CP : "En temps normal, les joueurs ne peuvent consacrer qu'un temps limité à leur jeu. Ils ont leur vie à vivre : ils vont au travail, vont faire du sport, etc. Là, confinés à la maison, ils ont eu un temps conséquent pour jouer. Et même s'il n'y avait plus de match, il restait le poker, comme je l'ai dit. Après il y avait aussi le regard des proches : en confinement, les joueurs seront plus surveillés s'ils ne vivent pas seuls. Ils pourraient être incités à ne plus jouer. Des joueurs peuvent se dire : 'Je jouais beaucoup, je vais me ressaisir'. D’autres peuvent avoir un comportement inverse : tout ça dépend des individus. Mais il ne faut pas oublier que la grande majorité des joueurs sont récréatifs."

"Lorsque le championnat australien a été ouvert, la première journée a vu 700 000 euros de mises. C'est énorme" 

Les parieurs se sont-ils aussi reportés sur les championnats biélorusse et australien, qui étaient les seuls à se tenir ? 
CP : "Normalement, il y a 10 000 à 30 000 euros de mises sur le championnat biélorusse, ce qui n’a rien à voir avec la Ligue 1 par exemple. Pendant le confinement,  le chiffre est passé à 1 million d'euros. C'est une augmentation considérable. Les parieurs cherchaient à exercer leur activité de parieur et se reportaient sur ce qui était ouvert. Lorsque le championnat australien a été ouvert (en temps normal, il n'est pas autorisé par l'Arjel), la première journée a eu 700 000 euros de mises. C'est énorme. Ça montre bien que les parieurs voulaient absolument poursuivre. Nous avons aussi autorisé les championnats chinois, coréen ; c'était pour que les joueurs puissent trouver malgré tout des paris à faire, et ne pas aller ailleurs sur des compétitions illégales."

La reprise progressive des compétitions comporte-t-elle des risques ? 
CP : "Les joueurs ont été sevrés pendant longtemps à cause de la crise sanitaire. Il faudrait pas que les joueurs se précipitent, et dépensent à tout va. "

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