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Mandela, le sport au service de l'unité

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Disparu ce jeudi soir à l'âge de 95 ans, Nelson Mandela incarnera à jamais le symbole de la lutte contre le régime ségrégationniste de l'Apartheid. Conscient de la puissance unificatrice du football et du rugby, "Madiba" a toujours considéré que "le sport pouvait changer le monde" et être utilisé au profit de la paix et de l'unité.

Nelson Mandela a pris quelques coups dans sa vie. De vingt-sept ans de réclusion, vous en sortez difficilement indemne. Mais "Madiba" ne s'est pas contenté de recevoir : ces coups, il les a rendus. Au sens figuré en abolissant le régime de l'apartheid, et au sens propre, en enfilant les gants. Dans les années 50, le Prix Nobel de la paix venait taper le sac de frappe dans une salle de boxe de Soweto, une banlieue noire située à 15 kilomètres de Johannesbourg. Selon Hugo Porta, rugbyman argentin et ancien ambassadeur à Pretoria, il était "même passionné et très bon". La métaphore est belle : sa vie, à l'image de la boxe, a été un combat permanent.   

"Le sport a le pouvoir de changer le monde"

Nelson Mandela, alors Président de la République Sud-africaine, félicite le capitaine de l'équipe de rugby d'Afrique du Sud, François Pienaar après la victoire des Springboks en finale de la Coupe du Monde de Rugby face à la Nouvelle-Zélande le 24 juin 1995 à Johannesburg.
Nelson Mandela, alors Président de la République Sud-africaine, félicite le capitaine de l'équipe de rugby d'Afrique du Sud, François Pienaar après la victoire des Springboks en finale de la Coupe du Monde de Rugby face à la Nouvelle-Zélande le 24 juin 1995 à Johannesburg.

1995. Nelson Mandela, qui arbore le maillot vert des Springboks, remet la Coupe du Monde à François Pienaar, capitaine de la sélection sud-africaine. Un moment mémorable, qui marquera à jamais l'histoire politique et sportive de l'Afrique du Sud. Et pour cause : c'est un président noir qui confère le précieux sésame à un joueur blanc, capitaine d'une équipe composée quasiment exclusivement de joueurs de type caucasien. Seul Chester Williams, l'ailier génial des Springboks, est noir. Mais "Madiba"  voyait en la Coupe du Monde l'opportunité d'unifier un peuple déchiré pendant plus de quarante ans par l'Apartheid. Il fallait que la devise du pays ("l'unité dans la diversité") prenne enfin son sens. Cette scène emblématique se déroulait quatre ans après l'abolition du régime ségrégationniste, et un an après la première élection nationale et non raciale qui consacrait Nelson Mandela. Depuis, l'ancien président de l'Afrique du Sud n’a jamais manqué une occasion de rappeler tout le bien qu’il pensait du sport. En 2000, il avait ainsi déclaré : "Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’unir les gens d’une manière quasi-unique. Le sport peut créer de l’espoir là où il n’y avait que du désespoir. Il est plus puissant que les gouvernements pour briser les barrières raciales. Le sport se joue de tous les types de discrimination". 

Ségrégation sportive et quotas

Mais l'image de Mandela remettant le trophée aux Springboks, aussi mémorable fut-elle, ne pouvait arracher le rugby sud-africain à ses origines. Car le rugby est le sport identitaire des descendants des premiers colons blancs, les Afrikaners, d’origine hollandaise et française. Mais lorsque qu'il remet en février 1996 le trophée de la CAN à Neil Tovey, le capitaine des "Bafana bafana", après la victoire de l'Afrique du Sud face à la Tunisie (2-0), on saisit l'ambition cachée de l'ancien président : "Madiba" veut rassembler autour du sport, qu'il s'agisse de rugby et de joueurs majoritairement blancs, ou de football et de joueurs plus métissés. 

Mais Nelson Mandela, soucieux d'observer plus de Noirs jouer au rugby, ne verra jamais son voeu véritablement exaucé. Dix-huits ans plus tard et une nouvelle coupe du monde en poche (2007), la proportion de joueurs noirs dans l'équipe nationale sud-africaine n'a guère évolué. En août dernier, le groupe de Springboks appelé à rencontrer l'Argentine au Four Nations comprenait trois joueurs noirs ou métis : les ailiers Bjorn Basson et le Toulonnais Bryan Habana ainsi que le pilier Tendai Mtawarira, né au Zimbabwe. Visiblement, le constat ne satisfait pas les instances du rugby "sud'af".

Dans un pays où la majorité noire représente près de 80% de la population totale, le manque de représentativité des Springboks vis-à-vis de la nation "arc-en-ciel" les inquiète. Alors, la SARU (South Africa Rugby) a annoncé en août dernier la mise en place dans son championnat des provinces de quotas de joueurs noirs au sein des équipes qui y participeront. Son président Oregan Hoskins s'est expliqué en août : "notre impression est qu'il faut franchir un palier pour voir plus de joueurs de couleur éclorent. Les provinces partagent notre point de vue. La Vodacom Cup est essentielle pour le développement et son but est de donner l'opportunité à des jeunes joueurs de se révéler, en particulier ceux de couleur. Le but est d'élargir le nombre de joueurs de couleur sélectionnables". Voilà qui sonne comme un dernier hommage au combat de Nelson Mandela. 

Vidéo : revoir un reportage de Stade 2 signé Cédric Beaudou sur Mandela et la Coupe du monde de rugby à l'occasion de la sortie de Invictus, le film de Clint Eastwood en 2009.

Rendez-vous

  • Vous pourrez voir ou revoir Invictus dimanche à 20h40 sur France 2

Jean Charbon

Omnisport