Serena Williams
Serena Williams après son triomphe à l'US Open 2012 | MATTHEW STOCKMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les retours gagnants de 2012

Publié le , modifié le

L'année 2012 aura été marquée par le retour au premier plan de quelques champions que l'on disait sur la pente descendante, dont on pensait qu'ils allaient simplement tenter d'accompagner au mieux leur fin de carrière, mais que l'on ne croyait aucunement retrouver ainsi sous les sunlights du succès. Être et avoir été n'est pas toujours facile à conjuguer surtout en matière de sport. Voici quelques revenants qui, après avoir été touchés moralement ou physiquement, ont refusé de croire que tout était fini pour venir à nouveau éclabousser le présent de leur talent.

Federer est toujours là

Après deux années sans avoir savouré le goût qui lui est familier des victoires en Grand Chelem, et alors qu'il glissait inexorablement au classement ATP puisqu'il avait terminé l'année 2011 à la 3e place, son plus mauvais classement depuis 2002, beaucoup commençaient à parler de déclin pour le Bâlois de 30 ans. Mais Federer n'est rarement aussi fort que lorsqu'il devient une bête blessée dans son orgueil. Certes, physiquement, il eut quelques quelques passages à vide qui ont sans doute contrarié ses ambitions mais il n'était pas prêt à abdiquer. Ainsi, comme il l'avait déjà fait en 2009 après avoir abandonné son inamovible première place à Nadal, le Suisse a retrouvé des jambes et l'envie de ses vingt ans pour aller chercher une nouvelle couronne sur son gazon fétiche de Wimbledon, en égalant le record de victoires dans le tournoi de Pete Sampras et William Renshaw. 2012 ne serait peut-être pas totalement l'année du renouveau, car l'adversité demeure très forte (Djokovic, Nadal, Murray), mais l'homme de tous les records, a montré qu'il était encore là, qu'il ne fallait pas le condamner trop vite à un simple rôles d'outsider. 

La tornade Serena 

Si la Biélorusse Victoria Azarenka a terminé l'année au rang de numéro un mondiale (avec six titres dont l'Open d'Australie), on peut considérer que Serena Williams lui dispute, et lui ravit sans peine, le titre de joueuse de l'année. Désormais entraînée en France par Patrick Mouratoglou, la cadette des deux soeurs américaines a joué cette saison "à mi-temps" mais a gagné trois titres majeurs et fini à la troisième place mondiale. Décevante en Australie - défaite au troisième tour - et à Roland-Garros où elle fut sortie d'entrée par Virginie Razzano, Serena Williams a ensuite remporté Wimbledon et doublé la mise sur le gazon londonien en s'imposant en simple et en double lors des Jeux Olympiques.

Un été bien rempli conclu par un succès à l'US Open où l'ancienne numéro un mondiale a remporté le 15e titre du Grand Chelem de sa carrière, avant d'achever l'année par une victoire au Masters d'Istanbul. Et tout ceci avec une joie retrouvée, une envie de gagner qu'on ne lui avait plus vue depuis longtemps. Elle semblait s'ennuyer sur un court, où le simple fait de devoir cogner à effets répétitifs, n'avait plus beaucoup d'intérêt pour elle, qui avait largement garni son armoire à trophées.  A 31 ans, c'est à dire 13 ans après sa première victoire à l'US.Open, l'Américaine a retrouvé de la motivation et l'envie de prendre du plaisir. Elle a tout bousculé sur son passage comme une tornade qui n'a pas peur d'emporter ses souvenirs. Car Serena n'a pas toujours été sereine. Elle a connu nombre de blessures toutes plus profondes les unes que les autres, des arrêts forcés, des problèmes personnels, et surtout une opération d'urgence d'une embolie pulmonaire en mars 2011 dont elle dit que c'était une expérience effrayante mais qui l'a rendue plus forte.

Elle ne pensait alors plus au tennis, mais seulement à survivre. C'est ce qui explique sa nouvelle rage de vaincre, car elle a mesuré toute la chance qu'elle avait de pouvoir de nouveau taper dans une balle dans une activité autour de laquelle la pression est finalement futile par rapport à ce qu'elle a traversé. Et c'est cette nouvelle légèreté, cette façon de relativiser, qui lui a permis de redevenir conquérante. Il ne lui reste plus maintenant qu'à glaner encore quelques succès pour finir d'écrire sa légende.

Estanguet en a fini de ramer

Pour Tony Estanguet, 34 ans, il ne s'agit pas à proprement parler d'un retour mais d'un pari réussi. Quatre ans après son échec de Pékin, le Palois a en effet réussi son pari de conquérir un troisième titre olympique en canoë, en slalom, et à devenir le premier sportif français à avoir remporté trois titres olympiques en trois JO différents. Alors qu'il apparaissait difficile pour lui de rester au haut niveau, et que beaucoup d'observateurs considérait que sa contre-performance chinoise avait cassé quelque chose, un élan, une dynamique. C'était mal connaître Estanguet que de penser qu'il en restera là. Car le garçon est intelligent et volontaire. Il a su analyser les raisons de son échec, se remettre en question  et beaucoup travailler, beaucoup s'entraîner pour apprendre à maîtriser le plus justement possible le cours d'une rivière et ses pièges. Confiant dans son potentiel, se préparant tranquillement dans une discipline qui ne fait vraiment d'elle que lors des Jeux, Estanguet a pu ainsi allier la dimension physique à sa puissante volonté de se dépasser. A l'arrivée, au bas du cours d'eau, ce fut plus qu'une surprise, un triomphe jubilatoire. Et une histoire qui se termine en beauté.    

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Laure Manaudou, le dernier chant de la sirène  

Longtemps icône de la natation française, Laurent Manaudou avait disparu des podiums, vaincue par la lassitude et l'envie d'une autre vie. Première championne olympique française en 2004, à 17 ans, elle a fait un retour l'année dernière après un break de trois ans parce qu'elle voulait simplement connaître encore une fois les Jeux et cette fois avec son petit frère Florent. Si ce dernier a brillé, le mois que l'on puisse dire c'est que Laure elle n'a même déçu puisqu'elle n'a même pu défendre ses chances, visiblement à cours d'une préparation suffisante pour un tel rendez-vous. Mais l'odeur de médaille par frérot interposé lui était sans doute remontée aux narines. Ainsi, elle est arrivée aux championnats d'Europe de Chartres avec un peu plus de foncier et l'envie de tenter quelque chose alors que personne ne l'attendait plus. Elle voulait réussir devant le public français, ce qu'elle n'avait jamais encore pu faire et elle s'en est donné les moyens. Au final, grâce à son talent exceptionnel, une victoire sur 50 m dos, un grand  sourire, et une belle façon de sans doute sortir définitivement de l'eau. Car la sirène aime toujours nager mais elle n'a plus tellement envie de souffrir. Et pour gagner, il faut se faire mal et se fixer des priorités. Laure Manaudou voulait simplement montrer qu'elle était capable, en bousculant un peu sa volonté, de retrouver des sensations victorieuses, mais sans doute a-t-elle maintenant d'autres priorités.

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Michalak retrouve les sommets

Frédéric Michalak n'en est plus à une contradiction près. Champion de France à vingt ans avec le stade toulousain, en passant notamment avec culot une pénalité de 50 m, l'ancien joueur vedette de la coupe du monde 2003, alors âgé de 21 ans, s'était ensuite égaré dans des aller-retours avec l'hémisphère sud et des blessures récurrentes et semblait alors perdu pour le XV de France. Remis en selle à Toulon, où il s'est affirmé comme l'un des maîtres à jouer d'une armada sur-armée pour jouer les premiers rôles, il a de fait tout de suite attiré l'attention du nouveau sélectionneur tricolore  Philippe Saint-André, après avoir été ignoré par Marc Lièvremont. Avec plus de maturité, plus de capacité de gestion du jeu, plus d'expérience acquise en Afrique du sud, un nouveau challenge sur la rade dans une ambiance qui lui sied à merveille, l'ex-prodige du rugby français est revenu encore plus fort. Survolant les débats lors de son retour lors du second test de la tournée en Argentine, il a très rapidement rallié les sceptiques à sa cause. S'il reconnaît volontiers n'avoir peut-être pas toujours fait les efforts nécessaires, au sortir de blessures, pour retrouver toute son envergure, il se dit aujourd'hui beaucoup plus en phase avec sa personnalité d'homme et de joueur. A 30 ans, et avec 59 sélections, il peut désormais recommencer à redonner du sens à son rugby, sans cette épée de Damoclès qui a parfois pesé sur les artistes de talent auxquels on n'a passé que peu de choses le jour où il ratait une sortie.

 

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Sans pression, mais ragaillardi par sa cure de jouvence toulonnaise, efficace en diable sur le terrain, créatif mais aussi rigoureux, Frédéric Michalak a retrouvé avec humilité et élégance, le bonheur du jeu en même temps qu'il l'a partage avec tous les supporteurs du XV de France. Nul ne sait s'il pourra aller jusqu'à la prochaine coupe du monde sur ce rythme là, mais à titre personnel, il a déjà pu savourer la satisfaction d'un retour réussi.       

Christian Grégoire

Omnisport