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Le 26 février dernier, la tenue du match Lyon-Juventus avait fait débat. | AFP

Les rassemblements de masse, facteurs de propagation du coronavirus

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La réunion d'une secte opaque de Corée du Sud, un rassemblement évangélique en Alsace et de grands matchs de football en Europe... Des réunions de masse ont contribué à amplifier la propagation du coronavirus dans le monde, posant de nombreuses questions sur l'organisation des événements en sortie de confinement et à plus long terme.

Alors que la Chine vient d'assouplir les restrictions à Wuhan, d'où la pandémie serait originaire, et que certains pays européens étudient des stratégies de sortie du confinement, des experts mettent en garde contre une levée trop précoce et générale des mesures mises en place pour freiner la transmission du virus. "Le pire scénario serait une sorte de fête de la Victoire avec tout le monde dans la rue, en train de s'embrasser et de se congratuler", prévient David Lalloo, directeur de l'École de médecine tropicale de Liverpool (LSTM).

L'exemple de la grippe espagnole

Dans ce scénario, "Toutes les personnes infectées et asymptomatiques seront encore plus susceptibles de propager la maladie", dit-il à l'AFP, plaidant pour un retour à la normale progressif et "beaucoup plus contrôlé". Le rôle des rassemblements dans la transmission des maladies n'est pas une découverte récente. Le Centre américain de contrôle et prévention des maladies (CDC) a rappelé que l'épidémie de grippe espagnole avait rebondi en 1918 grâce aux célébrations de l'armistice et au retour des soldats dans leurs foyers.

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Un des risques dans les rassemblements est la présence d'un "super-propagateur", une personne capable d'infecter un grand nombre de personnes. Les spécialistes ont en tête le cas du "patient 31", en Corée du sud. Le 10 février, une Sud-Coréenne de 61 ans a ressenti de la fièvre. Cette fidèle de la secte Shincheonji ("nouveau monde") avait assisté à au moins quatre services religieux à Daegu (sud), avant d'être testée positive au Covid-19.

En quelques semaines, des milliers de cas d'infection au coronavirus, la plupart des cas recensés dans le pays, ont été liés à des membres de la secte. "Le schéma est très courant. Vous allez à une réunion de famille ou à un rassemblement religieux et vous attrapez la chose. Puis vous retournez chez vous et la diffusez", explique KK Cheng, directeur de l'Institut de recherche appliquée en santé de l'Université de Birmingham.

Selon lui, l'énorme exode annuel de personnes lors du nouvel an chinois a probablement favorisé la propagation internationale du virus. La France a signalé le premier décès dû au Covid-19 hors d'Asie à la mi-février. Quelques jours après, environ 2.000 chrétiens évangéliques dont plusieurs portaient le virus sans le savoir, se sont rassemblés à Mulhouse, dans l'Est de la France. Ce rassemblement a depuis été lié à des cas dans toute la France et l'Est est l'une des zones les plus touchée du pays

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Des matches de C1 pointés du doigt

Les rassemblements sportifs sont également pointés du doigt, comme le match de Ligue des champions joué le 19 février par l'Atalanta Bergame à Milan, contre le club espagnol de Valence. Le maire de Bergame, Giorgio Gori, a déclaré que 40.000 habitants de sa ville avaient fait le déplacement à Milan tandis que beaucoup d'autres se réunissaient chez eux ou dans des bars pour regarder le match. "Il est clair que ce soir là a été une occasion de forte diffusion du virus", a-t-il affirmé, alors que sa ville a été durement touchée par le Covid-19.

Le club de Valence a fait savoir que 35% de ses effectifs (joueurs et entraîneurs) avaient été testés positifs au coronavirus après le déplacement à Milan. La responsabilité des autorités fait par ailleurs débat. Selon KK Cheng, leur réticence dans certains pays à mettre un terme aux grands événements (le gouvernement britannique n'a imposé des restrictions que fin mars) signifie que "certaines personnes ont pu mourir, d'aucuns diraient inutilement". Mais, a-t-il concédé, les responsables politiques sont confrontés à une nouvelle maladie et il n'y a pas de réponse facile. "Ceux d'entre nous qui n'ont pas à prendre de telles décisions devrions se sentir reconnaissants de ne pas être dans cette situation", dit-il.

Des changements à prévoir

La question de savoir comment et quand restreindre les événements publics a aussi déclenché un débat parmi les experts mondiaux. Un article publié le mois dernier dans la revue britannique The Lancet relevait qu'"historiquement, les manifestations sportives, religieuses, musicales et autres (événements de masse) ont été à l'origine de maladies infectieuses qui se sont propagées à l'échelle mondiale". Mais les auteurs de l'article ont également souligné que les mesures de santé publique avaient contribué à atténuer ce problème ces dernières années.

En réponse, un autre groupe de spécialistes a mis en garde contre une "approbation explicite" d'événements prévus durant une "pandémie mondiale croissante". "Permettre des rassemblements de masse dans ces circonstances peut mettre en danger des millions de participants et, à leur retour, également ceux qui sont restés dans leur pays d'origine", ont déclaré ces spécialistes, qui incluent le vice-ministre de la Santé d'Arabie saoudite, Ziad Memish, directeur du centre de l'OMS pour la médecine de rassemblement de masse.

Au-delà de la question délicate de la sortie du confinement, les spécialistes se demandent en outre quelles conséquences à long terme la crise actuelle pourrait avoir sur l'organisation des grands événements. Pour M. Lalloo, "Il y aura des changements dans notre façon de regarder des événements sportifs ou d'aller au concert à l'avenir".

AFP

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