“L'enveloppe du plan de relance accordée au sport n'est pas suffisante”, estime le sénateur Alain Fouché

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Alain Fouché
Alain Fouché, sénateur de la Vienne et rapporteur du rapport “Mutualiser, renouveler et légitimer pour affûter l’esprit d’équipe des fédérations sportives”. | Daniel Pier / NurPhoto / NurPhoto via AFP

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Le 8 septembre, les sénateurs Alain Fouché (groupe Les Indépendants) et Jean-Jacques Lozach (PS) ont présenté, dans le cadre d’une mission d’information du Sénat, les conclusions de leur rapport intitulé “Mutualiser, renouveler et légitimer pour affûter l’esprit d’équipe des fédérations sportives”, qui se penche sur l’avenir et l’organisation des fédérations sportives en France. Pour France tv sport, le sénateur de la Vienne Alain Fouché revient sur les conclusions de ce rapport et les met en perspective avec la crise sanitaire du coronavirus.

Vous êtes le rapporteur d’un rapport intitulé “Mutualiser, renouveler et légitimer pour affûter l’esprit d’équipe des fédérations sportives”. Quel était son objectif ? 

Alain Fouché : "Ce rapport se penche sur le fonctionnement des fédérations sportives, leur organisation et leur gouvernance. J'ai souhaité que Jean-Jacques Lozach, qui est le sénateur de la Creuse et spécialiste du sport, soit à mes côtés. Je suis le rapporteur, il est le président. On a auditionné une quarantaine de personnes, représentantes de tous les secteurs et milieux, que ce soient les fédérations, l’Etat, le comité olympique, les clubs.

Notre rôle n’était pas de critiquer ou d’imposer des choses. Nous avons pris le temps d'écouter et de consulter et en fonction de cela nous avons fait des propositions appelant à renforcer la légitimité des fédérations sportives. Nous souhaitons que nos propositions soient reprises pour soutenir les clubs et améliorer le sort des fédérations."

Les conclusions de votre rapport ont été publiées quelques jours après l’annonce du Plan de relance, présenté par Jean Castex le 3 septembre. L’enveloppe dédiée au sport s’élève à 120 millions d’euros sur deux ans. Est-ce suffisant, selon vous, pour aider les acteurs du sport à s’en sortir alors que la crise du coronavirus a largement fragilisé ce secteur ?  

A. F. : "Ce montant est insuffisant, et d’ailleurs tous les acteurs sportifs le disent. Le sport est depuis très longtemps le parent pauvre du point de vue des finances. Tous les acteurs sportifs de tous niveaux, de tous horizons, se plaignent qu'il n'y a pas eu assez de crédits pour soutenir le sport."

"Le plan de relance est vraiment insuffisant et ne va pas permettre aux clubs et aux fédérations qui ont vécu le confinement de s'en sortir"

Dans cette enveloppe, 30 millions seront dédiés aux clubs amateurs et fédérations sportives, 50 millions pour les équipements sportifs et la rénovation thermique et 40 millions pour l’emploi. Certains secteurs sont-ils délaissés selon vous ? 

A. F. : "Globalement, le sport est très mal traité. Le plan de relance est vraiment insuffisant et ne va pas permettre aux clubs et aux fédérations qui ont vécu le confinement de s'en sortir. On risque d'avoir la disparition de nombreux clubs car ils n’ont plus assez de financement. Le désengagement de l'Etat sur le sport n'est pas d’aujourd’hui, c'est le cas depuis longtemps, peu importe le gouvernement en place. Le sport est le parent pauvre de ce plan de relance, alors qu’il est essentiel dans la vie des gens, pour la santé etc. Dans certains villages, il n'y a que le club sportif qui fait vivre la commune. Si on les fait disparaitre, c'est catastrophique."  

Les sommes perçues par la Taxe Buffet, qui a été mise en place pour financer le sport par le sport (qui prélève une part des droits TV du sport professionnel, ndlr), sont de plus de plus détournées de leur objectif principal, qui est de financer le sport. Si l’intégralité de cette taxe était de nouveau reversée au sport, cela pourrait donner un peu d’air au milieu sportif, durement touché par la crise du covid.  

A. F. : "La taxe Buffet a été créée pour financer le sport par le sport. Elle rapporte aujourd’hui 74 M d'euros. L'Etat a mis la main dessous et aujourd’hui il n'y plus que 40 M qui est reversé au sport. Progressivement, sous plusieurs gouvernements différents qui ont eu besoin d'argent, ils ont prélevé une partie de cette taxe, qu'ils ont mis dans le budget général. Ce n'est pas ça qui avait été prévu. L'intégralité de la taxe Buffet doit revenir au sport, pas seulement les 40 M. Cela baisse progressivement, et si on ne fait rien, un jour il n'y aura plus rien."

Comment expliquez-vous que depuis 2017 les crédits de l’Etat pour le sport ont baissé alors que la France s’apprête à recevoir les Jeux olympiques dans quatre ans ?  

A. F. : "L'état met l'argent ailleurs et sans doute aussi parce que l’Etat ne s’y intéresse pas. Depuis 2017, les crédits ont baissé de 80 millions d’euros, soit 10%, hors Jeux olympiques. Le gouvernement a beau dire ‘non les crédits n'ont pas baissé, on a augmenté les crédits’, oui ils ont augmenté les crédits, mais ils comptent avec ceux des JO. Heureusement, pour les associations, les clubs et les fédérations, les collectivités les soutiennent."

En quoi est-ce important de financer le sport par le sport ?  

A. F. : "Le sport est essentiellement financé aujourd'hui par les collectivités, les villes, départements, régions, et de moins en moins par l'Etat. Il est important pour son autonomie que le sport soit financé par le sport, c’est-à-dire que l'Etat reste le financier majoritaire."

"Progressivement, on a le sentiment que le gouvernement va donner de plus en plus de pouvoir à l'ANS et va faire disparaitre le ministère des Sports"

Vous dites que la création de l'Agence nationale du sport s’est traduite par un "affaiblissement excessif du ministère". En quoi l’ANS affaiblit le ministère des Sports ?  

A. F. : "L’ANS est présidée par une personne qui n'est pas le ou la ministre, et qui prend de plus en plus de poids alors que le ministre en a de moins en moins. Progressivement, on a le sentiment que le gouvernement va donner de plus en plus de pouvoir à l'ANS et va faire disparaître le ministère des Sports. Ce que l'on veut, c'est que l'ANS soit présidée par le ou la ministre des Sports, car la politique du sport est une politique d'Etat, une politique nationale. On veut un ministre à plein temps, et pas un ministre délégué ou un secrétaire d'Etat. On veut, comme les autres, un ministère, il n'y a pas de raison. Progressivement, on est en train d'éliminer ce ministère, qui a de moins en moins de crédits et de personnels, alors que le sport a un rôle essentiel."

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