Le sport amateur est aussi touché par la crise des sponsors

Publié le , modifié le

Auteur·e : Célia Sommer
Sport amateur
Aujourd’hui, à la baisse du nombre d’adhésions dans les clubs amateurs, s’ajoute une autre problématique : le déclin du nombre de sponsors et partenaires. | AFP

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Le sport amateur et ses 17 millions de licenciés, 35 millions de pratiquants et 170 000 clubs sont à bout de souffle. Certains commerces et entreprises, touchés par la Covid, n’ont plus les moyens de sponsoriser les petits clubs. À cela s’ajoute une perte financière non-négligeable habituellement générée par les manifestations, buvettes et tournois. Un manque de rentrées pécuniaires qui n’est pas sans conséquence sur le fonctionnement des clubs et leur avenir.

"Si une décision n’est pas prise rapidement au plus haut niveau de l’Etat pour soutenir le sport amateur et ses clubs, une flopée d’entre eux vont déposer la clef sous la porte", se désole Eric Thomas, président de l’Association Française du Football Amateur. C'est un constat connu de tous : la Covid n’a pas épargné les 170 000 clubs amateurs et associations sportives. Mais aujourd’hui, à la baisse du nombre d’adhésions (-26%) s’ajoute une autre problématique : le déclin du nombre de sponsors et partenaires.

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Floquer la marque de son entreprise sur le maillot d’une équipe, avoir une pancarte au nom de son commerce aux abords d’un terrain de foot ou dans un gymnase : on appelle ça le sponsoring. Tout cela à un coût pour les entreprises partenaires, qui varie selon les prestations demandées et les clubs. Le sponsoring occupe une part souvent importante dans le budget d’une association sportive. Mais cette année, les entreprises et les commerces sont, eux aussi, impactés par la crise sanitaire. Et cela se répercute directement sur leur volonté, ou non, de devenir partenaire d’un club et de lui verser une certaine dotation en échange.

"50% de revenus liés au sponsoring en moins"

Jean-Michel Weber est président d’un club de football amateur de 1 540 licenciés, situé dans la région Grand Est, dont l’équipe première évolue en Régional 2. "Nos partenaires sont tous assujettis à leur business, et ces temps-ci, ça ne fonctionne pas aussi bien qu’ils le souhaiteraient, explique le dirigeant de l’ESME (Entente Sportive Molsheim Ernolsheim). Lorsqu’ils sont contraints de restreindre leur budget communication, les clubs comme nous sont les premiers à en pâtir, puisque le sponsoring n’est pas essentiel et vital pour eux". Suite au premier confinement, l’ESME a perdu 20% de ses partenaires. Le président estime une perte à hauteur de 30 000€ sur le budget annuel, uniquement sur les revenus liés au sponsoring.

À une dizaine de kilomètres de là, au Basket Club d’Eckbolsheim, le constat est le même. Une partie des sponsors habituels manque cette année à l’appel chez le petit club de 300 licenciés. "Il y a une plus grande frilosité de leur part à s’engager. Avec l’interruption de la saison, ça devient beaucoup plus compliqué d’aller faire de la prospection ou de réactiver une partie d’entre eux", regrette la présidente Valérie Leray Michel. La contribution des sponsors dans le budget annuel du club va être revue à la baisse. "On est dans l'incertitude quant à la suite qui va être donnée à tout ça, mais on va tabler, au minimum, sur 50% de revenus de sponsoring en moins", s’attriste la présidente. Elle continue à cibler les domaines professionnels les moins touchés par la crise, et espère pouvoir compter sur l’aide des parents ainsi que des anciens joueurs.

"Le foot, c’est comme le monde du travail : sans réseau c’est compliqué"

Car les clubs l’ont compris : dans le sponsoring, ce qui fonctionne le mieux, c’est le "réseau". Patrice Kapfer est l’un des managers généraux du club de football de l’US Reipertswiller, en Alsace. À côté de cela, il possède quatre agences d’intérim dans le département et il est le premier sponsor de son club. Cette année, malgré la crise, il n’a pas baissé ses dotations. "En tant qu’ancien joueur, le foot m’a beaucoup apporté, pas seulement sportivement, mais aussi professionnellement. Je me suis senti redevable et j’ai eu envie de rendre ce qu’il m’avait apporté, confie le chef d’entreprise. Pour l’instant, le sponsoring de Reipertswiller n’a pas été affecté. Nous avons des liens forts avec nos partenaires." Grâce à l’aide de Patrice Kapfer, le club, en plein développement, effectue chaque année un gros travail sur la recherche de sponsors. "J’ai 150 entreprises clientes. Certains de leurs dirigeants sont devenus mes amis et apportent une aide financière au club à travers le sponsoring. Le foot, c’est comme le monde du travail : aujourd’hui, sans réseau, ça devient compliqué", fait remarquer le manager.

Cette année, d’autres ressources vitales aux clubs ont été mises à mal à cause de la Covid. Parmi elles, les bénéfices générés par les fêtes, les buvettes, les tournois, les stages, ou les plateaux jeunes qui n’ont pas pu avoir lieu. Le Handball Club Meursault (HBCM), club de 200 licenciés, situé dans le département de la Côte-d’Or (Bourgogne-Franche-Comté) fait partie de ces clubs qui en ont pâti. D’après son co-président, Christophe Moingeon, le HBCM a enregistré un manque à gagner entre 10 000€ et 15 000€, sur un budget de 25 000€. Le club compte sur l’arrivée de nouveaux sponsors pour combler ce déficit. Mais rien n’est encore gagné. "À ce jour, il nous manque encore 8000€ de sponsors", affirme le co-président.

Des conséquences sur le fonctionnement des clubs

Ces difficultés à trouver de nouveaux partenaires ne sont pas sans répercussion sur le fonctionnement du club. "Nous indemnisons les encadrants sur leur carburant. Si on fait rentrer moins d’argent dans les caisses, nous sommes obligés de leur donner moins. C’est très gênant, car ce sont eux qui font tourner le club, regrette Christophe Moingeon. Plus on trouvera de sponsors, plus on aura la possibilité d’apporter une valeur ajoutée dans l’encadrement et faire progresser le club."

Au Basket Club d’Eckbolsheim aussi, on craint les conséquences. "On ne va pas pouvoir renouveler certains équipements. On va faire plus attention sur les demandes spécifiques de certains entraîneurs, sur ce qui est peut être proposé aux équipes dans le cadre des actions de cohésion. Finalement, on va devoir restreindre nos dépenses sur tout ce qui fait que les gens ont envie de rester dans le club, c’est-à-dire la convivialité", déplore la présidente.

"Un brouillard total"

Si les clubs ne font pas rentrer d’argent dans les caisses, les frais à destination des fédérations demeurent inchangés. À l’ACSL Furdenheim, club de basket situé dans un petit village de 1200 habitants, le président Arnaud Ferry compte entre 20 et 30% de sponsors en moins cette année. "L’engagement des trois équipes en championnat de France – National féminine 1, National féminine 3 et National masculine 3 - c’est 25 000€, que l’on verse à la fédération. Pour les autres équipes, c’est 15 000€. Cela fait déjà 40 000€ de dépensés, alors que les championnats sont à l’arrêt, pointe du doigt Arnaud Ferry. Nous n’avons pas les mêmes moyens que les grands clubs que nous affrontons au niveau national, donc le manque à gagner se fait vite ressentir dans un club comme le nôtre. Mais si la Fédération Française de Basketball ne reçoit pas cet argent-là, elle sera à son tour en difficulté. C’est un jeu de dominos."

La suite, Arnaud Ferry l’appréhende, surtout d’un point de vue financier. Selon lui, "on ne sent pas de la part du gouvernement que le sport – amateur ou non - soit une priorité". Un constat partagé par le président du Roannais Foot 42 (Loire). "On a l’impression que la répartition se fait beaucoup en haut de la pyramide – du football – et peut-être trop peu en bas".

Pour Eric Thomas, le président de l’Association Française du Football Amateur, "on est dans un brouillard total. On ne sait pas quand on pourra reprendre, dans quelles conditions et si nos partenaires seront toujours là"Selon lui, 4000 clubs de football amateurs ont déposé la clef sous la porte au cours des cinq dernières saisons. Pourtant, la Covid n’existait pas et les sponsors, eux, étaient encore là.

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