La Covid-19, l'autre combat du MMA

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Auteur·e : Martin Boissereau
Landu
Le coup de pied du Français Yves Landu sur Terry Brazier lors du Bellator 248 | FRANCK FIFE / AFP

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La pratique du MMA (Arts Martiaux Mixtes) est devenue légale en France en février 2020, depuis qu’elle est encadrée par la Fédération française de boxe. Cette reconnaissance a mis du temps, tant la discipline était jugée violente et parfois déshumanisante. Et si les deux premiers événements officiels de MMA ont eu lieu au mois d'octobre en région parisienne, huit mois après, un nouvel adversaire a fait son apparition. Encore plus imprévisible et ingérable que ses détracteurs, la Covid-19 menace en effet la pratique de ce sport de contact.

Accepter et s’adapter. Ces deux verbes sont devenus les maîtres mots des membres de la communauté MMA, qu’il s’agisse des combattants et de leurs managers, des gérants de salles, ou encore des membres de la Fédération française de boxe (FFB), chargée d'encadrer la pratique de cette discipline. Accepter la situation de crise sanitaire, dont on ignore la durée, et s’y adapter. Accepter que la pratique loisir du MMA soit pour le moment mise en suspens, également, comme Fernand Lopez, gérant de la MMA Factory, une salle de sport spécialisée en sports de combat pour tous : "On n’est pas au-dessus des arrêtés préfectoraux qui nous empêchent de recevoir du grand public loisir. On s’adapte, on fait avec, en attendant que la circulation du virus baisse et qu’éventuellement l’État vienne à rouvrir les salles."

"Plus de 80% de pertes."

Les conséquences financières de cette non-fréquentation des loisirs sont dramatiques, d’autant que les salles avaient déjà été très impactées par le premier confinement : "On a plus de 80 % de pertes", concède Fernand Lopez, qui continue à payer les charges fixes de la salle. "Ça fait six mois que c’est la dégringolade, poursuit-il. On a eu une petite hausse avec la rentrée qui s’est passée très timidement parce que les gens appréhendaient la deuxième vague. Ça a tout de même donné un petit boost mais, très rapidement, ça s’est éteint."

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Une pratique amateur à l'arrêt et une pratique professionnelle délicate

Si les amateurs sont privés d’entraînement, la pratique professionnelle est "rendue très compliquée" selon Lionel Brézéphin, cadre technique national à la FFB et référant MMA. Dans les salles qui accueillent des athlètes de haut niveau, des protocoles ont été mis en place, comme le décrit Fernand Lopez : "Ils continuent à s’entraîner mais ont l’obligation de nous fournir un test PCR quasiment une fois par mois afin de réduire le risque au maximum. Ensuite, quand ils rentrent dans la salle, il y a des thermomètres muraux : ils se rapprochent du mur, mettent leur front et l’intendant de la salle vérifie la température." Si elle est trop élevée, "l’adhérent est invité à faire demi-tour et voir les spécialistes de la santé".

Conscient qu’"il y a rien de sûr à 100 %" pour éviter des contaminations à la Covid-19, Fernand Lopez s’attelle à ce que les risques soient réduits au maximum. C’est ainsi que dans les cellules de camps d’entraînement, composées de six à huit membres, dont le combattant, les entraîneurs et les sparring, "les personnes sont interdites d’entraînement dans toute autre cellule ou dans un autre groupe. Elles doivent se prémunir de se mélanger avec d’autres personnes, insiste-t-il. C’est ce qu’on appelle 'self quarantaine'".

Vers un statut professionnel pour bénéficier d'aménagements

Alors que l’UFC (Ultimate Fighting Championship), la principale organisation de MMA dans le monde, a créé deux bulles sanitaires à Las Vegas et Abu Dhabi, un tel procédé serait "impossible" en France, selon Lionel Brézéphin. "Ça n’a pas de sens. Ils peuvent se le permettre parce qu’ils gardent des gens pendant quatre semaines. Nous, on ne va pas esseuler les combattants de leur famille et puis en France, la plupart ne vivent pas que de cette activité. On ne peut donc pas les isoler pendant quatre, voire cinq à six semaines." Conséquence ? Les combattants s’entraînent et combattent moins à l’image de Cyril Gane, dont Fernand Lopez est le manager : "Un de ses combats a été annulé mais il a été payé donc financièrement ça va. Sportivement en revanche ce n’est pas terrible parce que ça fait plusieurs mois qu’il ne combat pas. L’organisme reste comme un moteur de voiture qui a besoin d’être entretenu. Il faut qu’il fasse du kilométrage et c’est ce qui nous manque aujourd’hui."

L’encadrement des professionnels est surtout délicat puisque "le statut professionnel n’est pas encore clairement défini pour le MMA comme pour de nombreux sports de combat", ajoute Lionel Brézéphin. Avant de préciser : "La création d’un vrai statut professionnel nous permettrait de bénéficier des mêmes aménagements que ceux prévus dans le sport professionnel. Parce que si on parle de confinement et même des dérogations, elles sont définies pour un certain nombre de sports mais surtout des sports collectifs comme le foot et le rugby et c’est inhérent au déplacement des équipes. Mais nous (le MMA, N.D.L.R.) on n’est pas réellement concernés."

Le cadre technique national de la FFB imagine donc "monter une ligue professionnelle". Un "très gros dossier" selon ses mots, qui fait partie du projet de structuration du MMA. Il compte ainsi sur l’année 2020-2021, la première où la FFB bénéficie de la délégation du MMA pour évaluer la situation, "savoir combien de professionnels sont concernés et avoir des retours du terrain", avant de monter cette ligue. 

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La formation des futurs encadrants impactée

La pratique du MMA n’est toutefois pas la seule à être pénalisée par la situation de crise sanitaire. La formation des futurs entraîneurs, aussi, est impacté puisque "ça compromet les regroupements en présentiels" relate Lionel Brézéphin. Depuis début juillet, la Fédération française de boxe propose en effet une grande partie des contenus de formation à distance avec une plateforme de FOAD (formation ouverte et/ou à distance) dédiée. L'objectif ? Former les futurs encadrants d’une discipline pour laquelle il n’existait aucun diplôme puisqu’elle n’était pas reconnue. Problème, "il faut qu’on puisse évaluer techniquement les apprenants et les stagiaires en formation, explique Lionel Brézéphin. Qu’on puisse les évaluer pédagogiquement aussi : comment ils font pour prendre en main une séance, etc., etc., chose qui va être compliquée à organiser."

Seules les personnes qui avaient des pré-requis et dont la FFB n’a pas jugé utile de les ré-évaluer ont ainsi pu être diplômés. 300 au total, depuis début juillet. "C’est comme ça qu’on a réussi à ne pas être entièrement paralysés", affirme Lionel Brézéphin. "Les gens qui étaient titulaires d’un diplôme fédéral et/ou d’État (de judo, karaté, taekwondo, lutte, muay-thaï, kick-boxing, full-contact, boxe ,etc., N.D.L.R.) ont ainsi pu s’inscrire sur une formation allégée. Ça nous a dispensés d’une évaluation pédagogique." Pour les autres, ceux qui n'ont pas de diplômes, il faudra toutefois procéder à leur évaluation technique. "C’est là que ça va être compliqué", admet le référent MMA de la FFB. Or, moins il y aura de formateurs, moins les combattants pourront pratiquer. 

Voilà une des raisons pour lesquelles Fernand Lopez estime que l"on n’est plus au stade de l’inquiétude, le contexte nous pénalise. C’est délétère pour la pratique, le développement du sport de manière générale et plus spécifiquement du MMA." Le gérant de la MMA Factory insiste sur la nécessité de s'adapter : "Plus rapidement on l’acceptera, et mieux on pourra survivre". Avant de citer Charles Darwin : "Comme disait Darwin : 'Les espèces qui ont survécu ne sont pas les plus fortes et les plus intelligentes mais celles qui se sont adaptées'." Reste à savoir si s'adapter suffira, pour le MMA.

Pas de combats prochainement prévus en France

Pour ce qui est des combats, après la première soirée officielle du MMA Grand Prix à Vitry-sur-Seine (8 octobre) et le Bellator 248 organisé à l'AccorHotels Arena (10 octobre), "pour l’instant il n’y a rien d’autre, pas de dates prévues", affirme Lionel Brézéphin. Deux événements historiques mais dont la qualité n'était "pas terrible" selon Fernand Lopez. Les organisations de MMA auront donc le temps de faire le bilan de ces deux premiers galas avant d'organiser le troisième. À la Covid-19 de décider quand.

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