Kilian Jornet
Kilian Jornet | JEFF PACHOUD / AFP

Kilian Jornet sur le toit du monde

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Kilian Jornet, star de l'ultra-trail, a atteint le sommet de l'Everest, dans la nuit de dimanche à lundi, après une ascension de 26 heures et sans oxygène. Un véritable exploit de l'Espagnol qui a gravi ce monument de l'alpinisme en style alpin, c'est-à-dire sans matériel lourd, sans corde fixe et sans dormir dans les camps d'altitude. Si ce record doit encore être homologué par l'association tibéto-chinoise des alpinistes, il vient conclure en beauté le projet "Summits of my life" de cet athlète hors norme.

On le connaissait pour ses incroyables performances en ultra-trail, on connaît désormais Kilian Jornet pour son record de l'ascension de l'Everest. A seulement 29 ans, le Catalan a conquit les 8 848 mètres du toit du monde dans un temps canon : 26 heures avec plus de 3 800 mètres de dénivelé positif, dont 30 kilomètres de moraines, et 2 300 mètres d’ascension sur une pente à plus de 50 degrés.

La performance est d'autant plus belle qu'elle a été réalisée sans oxygène, sans matériel lourd, sans corde fixe et sans dormir dans les camps d'altitude. "J'ai assisté à un magnifique coucher de soleil et j'ai finalement atteint le sommet à minuit", a raconté Jornet qui a posté les premiers images de son exploit sur son compte Twitter.

Cette ascension ne s'est toutefois pas faite sans difficulté puisqu'à partir de 7500 mètres Kilian Jornet a souffert de maux d’estomac. "Je ne me sentais pas bien et je progressais lentement. Je devais m'arrêter tous les dizaines de mètres et j'avais des crampes et des vomissements. Malgré tout, je me sentais ok avec l’altitude et j’ai décidé de continuer", a expliqué l'Espagnol, qui dit s’être reposé un quart d’heure vers 8300 mètres. 

Un projet et des valeurs

Ce défi s'inscrit dans son projet Summits of my life dont le but était d’établir les records d’ascension et de descente des montagnes les plus importantes de la planète. A travers ce projet, Kilian Jornet souhaitait promouvoir des valeurs qui lui sont chères : lutter pour ses rêves, prendre des risques, respecter l'environnement ou encore apprendre de nos expériences. 

L'Everest, pour lequel il avait effectué une première tentative en 2016, est le point d'orgue de ce défi. Avant cela, il a gravi le Mont-Blanc (4810 m), le Cervin (4478 m), le McKinley (6186 m), l'Elbrouz (5642 m), le Denali (6190 m) et l’Aconcagua (6962 m). 

Record ou pas ?

Son record de l'ascension de l'Everest reste aujourd'hui soumis à une vérification et un enregistrement officiel, habituellement délivré par les autorisés du pays après études de preuves tels que des enregistrement GPS et des photos prises au sommet. L'association tibeto-chinoise des alpinistes, qui valide habituellement les records sur la face nord de la montagne, n'a ainsi pu être jointe pour obtenir confirmation de l'exploit.

Selon le Guinness Book, il existe deux records sur cette même voie tibétaine (la plus dure) suivie par Jornet : celui du Tyrolien Hans Kammerlander (16h45 en 1996) et celui de l'Autrichien Christian Stangl (16h42 en 2006). Mais ces deux records avaient été homologués avec un départ du camp de base avancé, qui se situe beaucoup plus haut, à 6400 m. De manière inhabituelle et donc novatrice, Kilian Jornet est, lui, parti depuis le camp de base pour touristes, à proximité du vieux monastère tibétain de Rongbuk, à 5100 m, allongeant ainsi largement la distance. 

Toujours en quête de défi, Kilian Jornet pourrait, dit-on, retenter prochainement l'ascension de l'Everest. Mais il lui faudra sans doute attendre 2018 car l'arrivée de la mousson, début juin, marquera la fin de la courte saison printanière d'alpinisme. 

Isabelle Trancoën