Justice sportive : le scandale du dopage russe en six actes

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Vladimir Poutine entouré par les "athlètes olympiques de Russie"
Les "athlètes olympiques de Russie" et Vladimir Poutine | AFP

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Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a confirmé jeudi l'exclusion de la Russie des compétitions sportives mondiales, en réduisant cette exclusion de moitié pour la porter à deux ans, contre quatre initialement. Ce feuilleton des sanctions à l'égard de la Russie perdure depuis maintenant six ans. En voici les six grands actes.

Décembre 2014 : la révélation 

Le 3 décembre 2014, la chaîne allemande ARD diffuse une enquête fracassante intitulée "Dossier secret sur le dopage: comment la Russie produit ses vainqueurs". La chaîne, réputée pour ses travaux d'investigation sportive, révèle un dopage systématique couvert par les autorités russes dans l'athlétisme, notamment grâce aux témoignages d'Ioulia et Vitaly Stepanov, deux athlètes russes. Deux jours plus tard, le Comité international olympique (CIO) demande l'ouverture d'une enquête, l'AMA met sur pied une commission d'enquête le 16 décembre. 

Le 9 novembre 2015, soit 10 mois après, le Canadien Dick Pound publie, pour l'Agence mondiale antidopage (AMA), un rapport accablant sur l'athlétisme russe. C'est bien la participation active du gouvernement russe qui est pointée du doigt. Pour le rapporteur, ces cas de dopage n'auraient "pas pu exister" sans l'assentiment du gouvernement. Dans la foulée, l'AMA suspend l'Agence russe antidopage (Rusada). Quatre jours plus tard, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) suspend la Rusaf.

Mai 2016 : la rocambolesque fuite de Grigory Rodchenkov

En mai 2016, un 3e lanceur d'alerte, l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou Grigory Rodchenkov, révèle le système de triche mis en place aux Jeux de Sotchi en 2014.

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Cet ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou était au coeur du système d'après le rapport de l'AMA, et sous la pression, il a fini par fuir son pays et déballer toutes les coulisses de son activité. D’abord dans le documentaire Icare, puis à la justice américaine, à l’AMA et au Comité international olympique. Il fournit aux Américains de nombreux documents (emails, tableurs, disques durs, etc) qui serviront de base au rapport McLaren.

Juillet 2016 : le rapport Mclaren et les JO de Rio

Le premier volet du rapport du juriste canadien Richard McLaren, commandé par l'AMA, dénonce un "système de dopage d'État" élargi à trente sports entre 2011 et 2015. Les JO de Sotchi en 2014, et les Mondiaux d'athlétisme de Moscou en 2013, sont notamment épinglés comme des compétitions où le système de dopage aurait tourné à plein régime. 

Le rapport paraît à trois semaines des JO de Rio. Que faire de la délégation russe ? Le Comité international olympique (CIO) ne suspend pas la délégation, mais confie aux fédérations internationales le soin d'interdire de Jeux les Russes qui ne pourraient prouver être "propres". Dans le stade d'athlétisme, seule la sauteuse en longueur Daria Klishina est autorisée à concourir sous drapeau neutre. 176 sportifs russes prennent part aux compétitions, 111 en sont exclus.

Février 2018 : le premiers désaveu pour l'AMA

Fin 2017,  le Comité international olympique (CIO) suspend le comité olympique russe pour dopage et bannit à vie des Jeux Vitali Moutko, vice-Premier ministre russe, ancien ministre des Sports et proche de Vladimir Poutine, en plus de 43 sportifs Russes. Le CIO retire également treize médailles gagnées à Sotchi (sur 33) à la Russie.

Mais quelques semaines plus tard, le Tribunal arbitral du sport (TAS) casse une partie des sanctions. A dix jours de l'ouverture des JO-2018 à Pyeongchang, les sanctions de l'AMA sont une première fois remises en cause par l'autre grande institution de justice sportive. Au total 169 Russes participent aux Jeux sud-coréens sous drapeau neutre. 

Fin 2019 : sanctions historiques de l'AMA...

Le 23 septembre, l'AMA ouvre une procédure sur des "incohérences" constatées dans les données électroniques des contrôles de l'ancien laboratoire de Moscou. Quelques mois plus tôt, l'agence avait demandé à la Russie de lui fournir tous ses "données" du laboratoire antidopage de Moscou gardées sous séquestre jusqu'ici par le gouvernement.  Mais selon les experts informatiques de l’AMA et de l’université de Lausanne, ces données ont fait l’objet de très nombreuses manipulations. 

Le 10 décembre, l'AMA  exclut la Russie des Jeux olympiques pour quatre ans et de la Coupe du monde 2022 de football au Qatar, pour punir Moscou d'avoir récidivé dans la triche en falsifiant des données remises à l'AMA. C'est une sanction historique dans l'histoire de la justice sportive. Dix-huit jours plus tard, la Russie annonce qu'elle va saisir le TAS pour contester les sanctions de l'AMA, dont son exclusion des compétitions sportives mondiales, sanctions qualifiées d'"injustes" par Vladimir Poutine.

17 décembre 2020 : sanction historique, mais réduite

Le 17 décembre, le TAS confirme l'exclusion de la Russie des grandes compétitions mondiales, mais a réduit de moitié la durée de ce sanction en le portant de quatre à deux ans, ce qui prive la Russie de deux éditions des Jeux olympiques (Jeux d'été de Tokyo en 2021 et d'hiver de Pékin en 2022), mais lui permet de participer aux Jeux de Paris en 2024. 

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Pour justifier sa décision, le TAS affirme avoir "pris en compte des questions de proportionnalité" des sanctions, "et en particulier, le besoin de promouvoir un changement de culture et d'encourager la prochaine génération d'athlètes russes à participer à un sport international propre". De son côté, le président de l'AMA,Witold Banka, s'est dit "déçu" que l'AMA n'ait pas suivi sa recommandation d'exclure la Russie pour quatre ans. 

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