Grosse galère, rendez-vous chez le psy, peinture... une année de pandémie racontée par les sportifs

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
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Le 17 mars 2020, la France se confine pour tenter de contrôler l'épidémie de coronavirus. Pendant deux mois, l'ensemble du pays est mis à l'arrêt, y compris le monde du sport. Un an plus tard, six sportifs nous racontent comment ils ont vécu ce moment inédit et ce qu'il a changé dans leur carrière.

Il y a un an, le 17 mars 2020, la France était mise sous cloche. Confinés chez eux comme l’ensemble de la société française, les sportifs ont vécu une période inédite dont chacun est ressorti marqué. Un an après, Claire Supiot, Mathieu Faivre, Stéphane Houdet, Émeline Gros, Dimitri Pavadé et Audrey Cordon-Ragot nous ont confié leur vécu de ce confinement et ces douze derniers mois si particuliers.  

"À la fin du premier confinement, j’ai ressenti le besoin
de consulter un psychologue"

Claire Supiot, nageuse handisport

"Quand on a appris qu’on allait être confinés, j’ai eu un petit moment de panique. Mais j’ai eu la chance d'être bien entourée par mes entraîneurs. L’annonce du report de ma qualification pour les Jeux olympiques, puis celle du report des JO, ont rajouté un peu de stress car je n’avais pas encore mon billet pour Tokyo, bien que j’étais déjà présélectionnée. À la fin du premier confinement, j’ai ressenti le besoin de consulter un psychologue pour retrouver un équilibre. Auparavant, j’étais suivie sur la préparation mentale mais on s'est rendu compte que cela ne suffirait pas. Car cette crise sanitaire dépassait le cadre sportif.  

Ce travail psychologique a permis de mettre en exergue que j’étais hypersensible et c’est en partie pour cela que j’ai puisé beaucoup d’énergie pendant cette période, au point d’être épuisée. Si je n'avais pas été aussi bien entourée, je serais sûrement en train de sombrer un peu aujourd'hui, et je n'aurais pas battu un record du monde (1'05"60 sur le 100m nage libre). Ce confinement a été un bon révélateur des manques que je pouvais avoir, et qu'on a tout de suite essayé de travailler. Aujourd’hui, je sais que j’en suis ressortie plus forte."

La nageuse Claire Supiot, ici le 19 février 2016, prépare les Jeux paralympiques de Tokyo.
La nageuse Claire Supiot, ici le 19 février 2016, prépare les Jeux paralympiques de Tokyo. © JOSSELIN CLAIR/PHOTOPQR/LE COURRIER DE L'OUEST/MAXPPP

"J'ai réussi à en ressortir plus fort sportivement"

Dimitri Pavadé, athlète handisport, spécialiste du saut en longueur 

"Je suis quelqu’un qui relativise toujours beaucoup. Ainsi, quand on a annoncé le confinement de la France, je me suis dit que je profiterai de ce temps resté chez moi pour me reposer, me remettre en question, et cibler les choses que je devais travailler au niveau du physique et du mental. J’ai notamment énormément travaillé sur les jambes, que je devais muscler. Et le résultat a été positif car au déconfinement, j’ai explosé mon record de France (7,39 mètres). J'ai donc réussi à tirer le positif de la situation pour en ressortir plus fort sportivement. Et comparé à d’autres athlètes, j’avais peut-être moins de pression à la sortie du confinement car j’avais déjà mon billet pour les Jeux de Tokyo, donc on n'attendait pas de moi que je fournisse une grosse performance.” 

L'athlète Dimitri Pavadé, spécialiste du saut en longueur, a notamment participé aux Championnats du monde de Doha, le 13 novembre 2019.
L'athlète Dimitri Pavadé, spécialiste du saut en longueur, a notamment participé aux Championnats du monde de Doha, le 13 novembre 2019. © ALI HAIDER/EPA/NEWSCOM/MAXPPP

"J’ai arrêté mon métier d’infirmière pour ne pas contaminer les filles du XV de France"

Émeline Gros, troisième-ligne du XV de France 

“Comme beaucoup de Français je pense, je n'étais pas prête au confinement et aux mesures aussi drastiques qu’on a connues. La chance que j'ai eue était que j'ai pu continuer à travailler en tant qu’infirmière à l'Ehpad de Vizille (Isère). Je pouvais ainsi continuer à voir mes collègues et les résidents. 

En tant que sportif aussi, l’année 2020 a été compliquée. On était toujours en stand-by. Les informations changeaient très vite. Même si je m’entraînais de mon côté, ce n’était pas suffisant et la reprise fut très difficile. Au déconfinement, il a fallu mettre les bouchées doubles pour retrouver toute la condition physique perdue. Le plus dur à gérer, qui l’est encore aujourd'hui d’ailleurs, a été l’incertitude constante. On s'entraînait dur la semaine, mais on ne savait jamais vraiment si les matchs seraient maintenus. On devait s'adapter tout le temps, et c’est d’ailleurs toujours valable aujourd'hui. Alors, moralement ça peut être difficile.  

Depuis l’été dernier, j’ai décidé de ne plus exercer mon métier d’infirmière pour le moment. Sous contrat avec le XV de France et ne sachant pas comment allait évoluer l’épidémie, je ne voulais pas risquer de contaminer les filles de l’équipe.”  

Émile Gros porte les couleurs du FC Grenoble Amazones et du XV de France. Hors du terrain, elle est aussi infirmière dans un Ehpad isérois.
Émile Gros porte les couleurs du FC Grenoble Amazones et du XV de France. Hors du terrain, elle est aussi infirmière dans un Ehpad isérois. © Alex Ortéga

"Je m’estime extrêmement chanceux d’avoir pu continuer à skier"

Mathieu Faivre, skieur alpin spécialiste du slalom géant 

"Je m’estime extrêmement chanceux de pouvoir vivre de ma passion, d’avoir pu continuer à m’entraîner, à pratiquer le ski, à voyager, vivre dehors, malgré le contexte. Je suis reconnaissant. Nous ne sommes juste pas allés nous préparer à Ushuaia, c’est le principal changement qu’il y a eu par rapport aux années précédentes. Sinon, pour la préparation physique, la pandémie n’a pas changé grand-chose. À l’automne, on a pu skier en France, à Tignes, cela fait partie des quelques modifications mais la Fédération française de ski a fait un sacré boulot. On a récolté des médailles (deux titres mondiaux pour Mathieu Faivre, NDLR), on a fait une belle saison déjà avec l’équipe de France. Être à la maison ça a fait du bien, mais niveau neige ça a été compliqué. En Suisse, on se levait à quatre heures pour aller s’entraîner. C’était épuisant. Mais sinon ça a été une belle année qui finit mieux qu’elle n’a commencé."

Mathieu Faivre a remporté son premier titre mondial en géant, le 19 février 2021 à Cortina d'Ampezzo.
Mathieu Faivre a remporté son premier titre mondial en géant, le 19 février 2021 à Cortina d'Ampezzo. © LIVEMEDIA/LUCA TEDESCHI/IPA Agency/MAXPPP

"À ce moment-là, on ne comprend pas trop ce qui nous tombe dessus"

Audrey Cordon-Ragot, coureuse cycliste 

"Juste avant le début du confinement, on était au tout début de la saison de cyclisme. Au moment de l’annonce, c’était un peu bizarre car j'étais déjà en Hollande pour ma quatrième compétition de l'année et en arrivant à l'hôtel on nous a demandé de faire demi-tour et de rentrer chez nous… C'était un peu choquant et surtout, on avait du mal à y croire. À ce moment-là, on ne comprend pas trop ce qui nous tombe dessus. Je suis rentrée en France en me disant que ça irait, qu’on y verrait plus clair la semaine prochaine. Et en fait, c'était le début d'une grosse galère.   

Si ce début d’année 2020 a été compliqué à gérer, il m’a toutefois été bénéfique car j’ai fait une bonne saison. Comme je ne pouvais pas travailler sur le physique, j'ai beaucoup travaillé sur le mental. Le confinement m'a ainsi donné la force mentale d'adaptation que je n'avais pas forcément ou du moins pas à ce point. Il m'a aussi permis d’être plus forte. Et j'en suis ressortie le couteau entre les dents. À la reprise, j'étais peut-être plus motivée que 70% du peloton, et c'est ce qui a fait que j'avais des bons résultats derrière.

Ce qui est dur aujourd'hui, c’est d'être toujours dans une forme d’incertitude. En ce moment, on sait que la situation dans le Nord de la France est critique. J’espère donc que Paris-Roubaix ne sera pas annulé. Même si on a encore du temps pour voir venir (la course a lieu 11 avril), on s’inquiète forcément un peu. Il s’agit de sa première édition féminine, ce qui représente une grande avancée pour le cyclisme féminin."

La coureuse cycliste Audrey Cordon-Ragot lors des Championnats d'Europe, à Plouay le 27 août 2020.
La coureuse cycliste Audrey Cordon-Ragot lors des Championnats d'Europe, à Plouay le 27 août 2020. © YVES-MARIE QUEMENER/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

"Pendant le confinement, je me suis mis à la peinture"

Stéphane Houdet, joueur de tennis fauteuil 

"Quand le confinement a été annoncé en France, j'étais en tournoi aux États-Unis. La compétition a été interrompue. J'ai d’abord vécu cette annulation comme une bonne surprise car j'étais blessé. Et pour être honnête, ça m'a arrangé au début car je ne savais pas si je pourrais terminer le tournoi. Ensuite, j'ai assimilé ce moment à la période qui a suivi mon accident. Quand on est un accidenté de la vie, qu’on se retrouve à l'hôpital, notre petit monde s'arrête. Mais on se rend compte que la vie continue autour de nous. Avec le confinement, le monde s'est arrêté, et pourtant la Terre a continué de tourner. C'est assez philosophique. Mais je voyais le côté positif car bien que notre monde se soit arrêté, la nature continuait son chemin et nous de vivre. 

Mais ce confinement a été pour moi l’occasion de faire de nouvelles choses. Je me suis par exemple intéressé au monde économique et à la bourse. Je me suis mis aussi à peindre, beaucoup, et à découvrir le monde des oeuvres d’art. Je me suis également marié. Avec ma femme, on a eu une petite option pour partir en Égypte, c’était un voyage fabuleux car il n’y avait personne. Entre les gouttes, j’ai finalement eu une année 2020 extra-sportive extraordinaire. C'était intéressant de faire une pause après toutes ces années où les épreuves sportives s'enchaînaient sans qu'on se pose des questions. On a pu apprécier la vie." 

Avec Adrien Hémard.

Le joueur de tennis fauteuil, Stéphane Houdet, ici le 8 septembre 2019 à l'US Open.
Le joueur de tennis fauteuil, Stéphane Houdet, ici le 8 septembre 2019 à l'US Open. © ELSA GETTY/IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP

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