Entretien avec Christian Montaignac, auteur de "Les tragiques", récits de destinées de sportifs dont la vie s'est arrêtée brutalement

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Péret
Christian Montaignac
Christian Montaignac | photo Presse Sports

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Christian Montaignac a été l’une des grandes plumes de "L’Equipe" et a couvert notamment les Jeux Olympiques et le Tour de France pendant près de 40 ans. Il vient de publier "Les Tragiques" aux Editions En Exergue, avec pour sous-titre "ils ne sont morts qu’une fois". L’ancien journaliste retrace une cinquantaine de destinées de sportifs qui n’ont pas eu l’opportunité de mourir deux fois… Une première fois, quand ils ont connu la fin de leur carrière, la seconde en fin de vie. Explications.

Comment a germé cette idée de livre ?
Christian Montaignac :
"La destinée tragique de James Dean a été source de nombreux récits pour les fans de cinéma. Pour moi, c’est 'vivre jeune et faire un beau cadavre'… Un vieux tropisme, qui m’a inspiré pour trouver des histoires de sportifs n’ayant pas eu la chance de savourer la deuxième partie de leur vie. J’aurais pu, bien évidemment, retracer le parcours de Marcel Cerdan mais d’autres s’en sont chargés et de belle façon. J’ai aussi écarté de ma liste ceux qui avaient basculé dans la rubrique fait divers comme Marco Pantani ou Franck Vandenbroucke ou ceux qui avaient fini leur carrière et basculé dans la téléréalité à l’instar de Camille Muffat ou Florence Arthaud. Ce qui m’intéressait davantage, c’était d’exhumer de l’oubli le sort par exemple du coureur cycliste Adolphe Hélière, décédé en plein Tour de France en 1910 (NDLR : page 13 du livre)". 

Quand on recense les destinées racontées, il est frappant de noter que la boxe et les sports mécaniques sont les plus cités parmi vos portraits... 
C.M :
"La moto, la formule 1 ou les rallyes sont très représentés. Nous avons tous été émus par les disparitions d’Ayrton Senna, Jules Bianchi ou Patrick Pons pour n’en citer que quelques-uns. Heureusement aujourd’hui, il y a plus de protections qu’auparavant (airbags, matériaux composites plus résistants…). Mais c’est vrai que dans le cas de la boxe, il y a un côté 'la mort en direct'. On estime à plus de 500 le nombre de boxeurs décédés à la suite de combats, depuis que les règles ont été fixées à la fin du 19e siècle… Je n’avais que l’embarras du choix mais j’ai préféré retenir des histoires de sportifs qui m’ont ému. C’est d’ailleurs l’un d’eux qui fait l’objet de la couverture, Mbarick Fall, plus connu sous le surnom de "Battling Siki". C’est un choix de l’éditeur, qui a demandé à Bernard Vivès d’illustrer le livre avec ses croquis. Personnellement, j’aurais plutôt choisi de mettre en exergue Stanley Ketchel, que les spécialistes de la boxe considèrent comme le plus grand poids moyen de tous les temps, malgré la concurrence d’un Carlos Monzon ou d’un Marcel Cerdan (NDLR : page 243 dans le livre). Mais dans le livre, je raconte aussi des histoires de football, de rugby, de basket, d’escrime…"

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Vous avez même été directement lié à l’un des destins que vous racontez...
C.M :
"Vous faites référence à Alain Colas. En 1978, il était l’un des favoris de la première édition de la "Route du Rhum", qui s’élançait de Saint-Malo. Et j’ai participé, à mon modeste niveau, aux recherches lancées à la suite du chavirage de son bateau "Manureva". Mais dans le chapitre sur la voile, j’ai aussi évoqué la disparition en mer Mike McCullen en 1976 et celle de Loïc Caradec en 1984. En concluant par une phrase dite par Olivier de Kersauson à Florence Arthaud : 'pour un marin, il n’y a pas une meilleure façon de mourir'". (NDLR : page 191 dans le livre)

Il y a peu d’histoires de femmes dans votre livre ?
C.M :
"Elles sont peu nombreuses c’est vrai. Il y a bien l’athlète Georgette Gagneux (page 91) ou bien la Britannique Liliane Board, connue en France parce qu’elle fut battue en finale du 400m des JO de Mexico par Colette Besson (page 161), la skieuse Régine Cavagnoud (page 231) ou la spécialiste du concours complet Thaïs Meheust (page 257). Mais j’ai fait un acte manqué ! L’une des premières histoires que j’ai écrites, c’est celle d’une athlète de la Somalie. Samia Yusuf Omar avait participé aux séries du 200m aux JO de Pekin en 2008. Elle aurait dû participer aux JO de Londres 4 ans plus tard mais elle est morte à 22 ans dans les eaux de la Méditerranée, alors qu’elle fuyait pour un monde meilleur… enceinte de 4 mois. Et ce récit, j’ai oublié de l’envoyer à l’éditeur !"

Elle figurera dans le tome 2 ?
C.M :
 "J’espère bien qu’il y aura une suite. Fausto Coppi, Luis Ocana ou Pierre Quinon méritent eux aussi d’être racontés. Le sport est riche en romantisme. Le sport est construit comme une dramaturgie, avec une fin d’étape qui peut être très brutale. Tous repoussent leurs limites mais ils ne savent pas qu’ils peuvent se brûler les ailes."

Paul Péret paul_peret

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