Éducation : Inquiets, les professeurs d'EPS tentent de faire bouger leurs élèves à distance

Publié le , modifié le

Auteur·e : Matisse Bourdelle
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Depuis le 16 mars et la fermeture de leur collège ou de leur lycée, les professeurs d'EPS du secondaire s'inquiètent pour leurs élèves. Entre difficultés techniques et sécuritaires, ils tentent de maintenir des ados en forme et d'assurer la continuité pédagogique malgré le confinement. Les méthodes et les avis des enseignants divergent alors que les directives des différentes académies se contredisent.

Comme des millions d’autres élèves en France ou dans le reste du monde, les apprentis de Willy ne vont plus en cours. Pourtant, hors de question de rester assis dans leur canapé.  À raison de 3 heures par semaine, ils suivent via l’écran de leur tablette des cours en visioconférence. Mais cette-fois, pas question de plancher sur des maths ou de l’histoire-géographie mais bien sur de l’éducation physique et sportive : "Je me suis transformé en youtubeur", sourit ce professeur d'EPS du lycée général et professionnel Briacé, situé dans la campagne nantaise. "J'ai dû me mettre à jour sur des plateformes et des applis que je ne maîtrisais pas du tout, C'est une bonne chose pour ça." Après une semaine de formation nécessaire pour appréhender les différents outils informatiques, ce prof d'EPS de 46 ans a retrouvé ses premiers élèves lundi pour une première séance obligatoire. "On ne veut pas qu'ils perdent le fil. Il y a des élèves qui ont une relation compliquée avec l'école. Et ils ont l'air d'apprécier. Il y a même une certaine émulation."

De fortes inégalités accrues

Un enseignement qui est loin d’être obligatoire dans la plupart des établissement du secondaire."La disparité, va être énorme entre les élèves", s'inquiète Éric, professeur de 55 ans dans un collège des Yvelines.  Tous n'ont pas de tablette ou d'ordinateur à la maison. Difficile dès lors de suivre en direct les enseignements d'une matière où la pratique est indispensable. "Presque les trois-quarts des élèves renvoient leurs séances", explique Fred, professeur au collège Haffreingue de Boulogne-sur-mer où il a mis en place un défi pour les stimuler. "Le quart restant m'inquiète. On ne veut pas leur mettre la pression mais on sait très bien qu'on va les retrouver en mauvaise forme." "Aujourd'hui ça marche beaucoup à la carotte", concède Guillaume, prof de 32 ans dans le lycée du même groupe scolaire. 

Pour lutter contre cette forme de sédentarité, Claire, prof d'EPS au collège Serpette de Nantes en appelle à la responsabilité des parents : "À eux de jouer leur rôle. J'en ai eu certains au téléphone. Et les cours ont été envoyés avec accusés de réception." Un moyen comme les autres pour tenter de mettre les familles au courant. Cette mise à contribution pose problème à Éric : "C'est une bonne idée de les faire bouger. Les collègues font ce qu'ils peuvent. Mais on transfère aux parents des compétences qu'ils n'ont pas." 

Des débats sur la sécurité et l'hygiène 

Si les parents n'ont pas forcément les connaissances et les outils pour assurer la continuité pédagogique, les élèves non plus. "Je suis dubitatif sur l'autonomie, surtout pour des collégiens", s'interroge-t-il. "Même s'ils ont vécu et appris les consignes avec nous, l'apprentissage n'est pas parfait. Une posture mal faite est vite arrivée." Ces derniers jours, plusieurs cardiologues ont averti de la possible dangerosité d'efforts physiques trop importants lors de cette période de confinement. Certains ont appelé à ne pas dépasser 80 % de la fréquence cardiaque maximale. "Comment vérifier ça à distance pour des ados qui vont avoir envie de se défouler après deux semaines de confinement ?", se demande le prof basé dans les Yvelines.  De son côté, Claire se veut plus rassurante : "Tout dépend de ce qu'on leur demande de faire. Je ne vais pas leur lancer des défis débiles (sic). On les a éduqués à s'écouter. C'est eux qui choisissent le nombre de répétitions."

En cette période de confinement qui risque de durer et de se durcir, le nombre d'activités physiques et sportives devient de plus en plus restreint. "On a vite changé notre fusil d'épaule après la mise en place du confinement", raconte Fred. "On est parti sur des circuits training intérieur plus facilement réalisables." 

Les épreuves du Bac perturbées 

Plébiscité en ce début de période inédite, le renforcement musculaire n'est pas au programme du baccalauréat. Si l'on se réfère aux chiffres de 2019, plus de 750 000 élèves de Terminale ont trois épreuves d'EPS à passer. "La dernière serait prévue pour le 4 mai, date de la rentrée potentielle", réfléchit Guillaume. "Dans ce cas, les élèves devraient les passer sans entraînement et ce n'est pas possible... On se pose beaucoup de questions, on avance dans le brouillard." En cas d'impossibilité de réaliser le dernier cycle, pas de panique ! Celles et ceux qui ont déjà validé deux épreuves se verront attribuer la moyenne de leurs deux notes. En revanche, ceux qui n'ont pour le moment qu'une note verront leur cas être examiné pour savoir s'ils doivent passer une deuxième épreuve. 

Ce flou qui plane au dessus des têtes des élèves et des professeurs d'EPS a le don d'en agacer certains. "Je suis en colère sur la préparation de cette crise", souffle Éric. "On n'était pas prêt." Un sentiment légitime lorsque l'on s'attarde sur les consignes prodiguées par les académies. Celle de Rennes par le biais de ses inspecteurs "pose la question de la responsabilité du professeur notamment au regard des consignes qu'il formulerait aux élèves. L'activité physique peut être guidée, impulsée mais non contrôlée par l'enseignant." Des directives non reçues dans d'autres académies. Une façon de se désengager ? Peut-être.  Dix jours après la fermeture de leur établissement, tous continuent de proposer des contenus originaux et espèrent retrouver leurs élèves le plus rapidement possible et en bonne santé. 

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Matisse Bourdelle

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